‹ Foyers et coulissesChapitre 6 sur 19 · A M'^*' JUDIC · texte numérisé non relu

A M'^*' JUDIC

SOUVENIR DU CONCERT EN FAVEUR DES BLESSÉS FRANÇAIS, LE 22 JANVIER 1871.

A peine de retour à Paris pacifié, et redemandant à cor et à cri ses distractions habirtuelles, Judic fut appelée à la Gaîté par Victorien Sardoii et OïTenhacli, pour créer le rôle de la princesse Gunégoiide, dans le Boi Curette, à raison de 100 francs par soirée, mais cet opéra bouffe-féerie (c'est ainsi que son auteur l'appelait), n'étant pas encore prêta entrer en répétition, MM. Albessard et Gomy, les intelligents directeurs de l'Alcazar de Mar-

seille, engagèrent Judic pour dix représentations, qui se prolongèrent un grand mois. L'enthousiasme du midi ne le céda en rien à l'enthousiasme du nord. Le jour où la mignonne diva fit ses adieux à la cité phocéenne, plus de trois cents personnes au moins ne purent trouver de places dans la salle, mais 150 plus favorisées restèrent dans les coulisses pendant qu'elle chantait. On peut dire que ce soir-là Judic vit tomber du paradis... de l'Alcazar une véritable pluie de roses.

L'orchestre et les loges lui envoyèrent plus de cent bouquets et couronnes à son chiffre. Le nouveau directeur des Folies-Bergères, M. Sari, qui voulait le succès à tout prix, courut chez Judic, dèqu'il la sut revenue de Marseille, et l'ens gagea pour son spectacle d'ouverture , composé de : la République des lettres, fantaisie de Clairville et Siraudin, la Mer et les Cocottes (ballet), et d'exercices acrobatiques. Judic chanta Ne me chatouillez pas, éclat de rire en six couplets, qui fit à lui seul plus d'effet que la pièce, les tours et le ballet. La vogue était acquise aux Folies-Bergères, et elle ne les a pas quittées depuis. Un jour qu'on demandait à Judic comment elle était arrivée à exécuter si parfaitement les mignardises du jeune âge , la gracieuse artiste répondit avec le plus grand natu-

rel : « c'est mon fils, qui a trois ans et demi qui me les a montrées. »

Judic fut encore ravissante à ces mêmes Folies-Bergères , dans Memnon , opéra comique de M. Grisard, un jeune compositeur, qui tient à justifier le proverbe : noblesse oblige, et qui, prochainement aux Bouffes, dans la Quenouille de Verre, saura nous prouver que Memnon ne doit pas être son seul et unique succès. C'est dans Memnon que Judic paraissait sous sept costumes différents, et chantait merveilleusement la chanson de l'huissier:

A Vingt ans on croque la pomme. A cette époque ^I. Sari faillit se passer une corde au cou pour se pendre à un des lustres de sa salle. En effet, qu'on juge de son désespoir. Les répétitions du Roi Carotte allaient commencer, et la Gaîté réclamait cette charmante Judic, dont le dessinateur Grevin avait bien tiré l'horoscope, lorsqu'il avait dit dans le Journal Amusant : «Vous verrez que cette petite Judic deviendra grande. »

Le Roi Carotte parut, et dans cette erreur à grand spectacle, de I\L Sardou, 1-3 public put apprécier Judic, sur un vrai théâtre, avec un vrai rôle, et c'est-à-dire non plus seulement comme exellente chan-

PHOTOGRAPHIE GASTON et MATHIEl"

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