‹ Foyers et coulisses; panorama des théâtres de ParisChapitre 12 sur 16 · PALAIS-ROYAL · texte numérisé non relu

PALAIS-ROYAL

Ne vous donnez pas la peine de le chercher, vous ne le trouveriez pas.

Douze personnes debout s'y tiennent à Taise ; il y a là des banquettes qui datent de l'entrée des Israélites dans la terre promise, et sont d'une élasticité de moellon.

Tout le monde y va, comédiens et figurants, musiciens et chef de claque. Celui-ci est un homme d'intelligence qui vous dira le fort et le faible d'une pièce sans se tromper d'un iota; le maître de musique a doté le Vaudeville d'un grand nombre d'airs si jolis, si frais, si gracieux, que Tourterel, Doche et Blanchard voudraient les avoir signés.

Voyons défiler l'héroïque phalange de Dormeuil, implantée là comme le Mont-Blanc sur sa base.

Et d'abord, pour arriver au sanctuaire, vous gravissez trois escaliers rapides en zigzag, et, lorsque vous avez atteint le sommet, vous heurtez à gauche une porte ouvrant sur ce qu'on appelle la Régie.

Il y a de la place pour trois ; quatre y étoufferaient, cinq y sont impossibles.

Place, messieurs ! place, mesdames ! l'armée défile au pas accéléré.

Quand un fléau ronge une ville Et promène sur elle un venin corrupteur, Vous proposez souvent un habile docteur, Moi, pour la dérider, je propose Sainville, Qui peut faire la queue au barbier de Séville.

ïl a ouvert le théâtre dans le prologue, et, depuis lors, il a marché grandissant, grandissant comme ces fleuves américains qui commencent en ruisseaux et finissent en Océan.

Je vous défie de ne pas rire si Sainville vous l'ordonne. Le nombre de pièces qu'il a soutenues, vous le trouverez dans le nombre d'actes qu'il a joués.

©EUVAïi. Pourquoi ce comédien d'élite est-il resté à ce petit théâtre? C'est qu'il est des affections qui vous tiennent fortement au cœur. Je dois bien de la reconnaissance à Derval, qui m'a gardé debout quand j'étais prêt à tomber. Bonjour, mon ami Cléobule.

IiIIÉIEITIEf&. De quoi donc a-t-il hérité? De la verve,

de l'entrain, du sans-façon des acteurs qui connaissent leur terrain.

CrRASSOT. C'est encore à moi que vous le devez. Il était mon pensionnaire à Rouen, où, certes, je l'aurais toujours gardé, si je n'avais quitté moi-même la direction des théâtres de la capitale normande.

Amis, voici Grassot, Le jovial apôtre.

-— Comment? lui gras, lui sot ?

Ah ! je vous jure bien qu'il n'est ni l'un ni l'autre.

RJLYEIi. Il a droit à un quatrain, il aurait droit à deux, à trois, si je voulais dire, à l'aide d'hémistiches et de rimes, ce que vaut ce comédien, qui ferait à lui seul la fortune d'un théâtre... Quel Étourneau que ce Ravel ! ! !

Il est poule ou renard, il est mâle ou femelle, Il est jeune, il est vieux, droit, preste ou contrefait; Il est vieille portière ou gente damoiselle, Enfin il est parfait, il est plus que parfait.

IjACOUMÈRE. Mes lecteurs ne me pardonneraient pas de l'oublier ; ils savent qu'il ne fait jamais ombre au tableau, et qu'il se pose, quand il le veut, en première ligne... Lacourière veut souvent, presque toujours.

KAIdEKAIME. Rien ne me serait plus aisé qu'un distique sur ce nom propre, que je pourrais opposer au granit et au quartz. Mais il faut parler sérieusement d'un acteur sérieux, et la facétie tombe d'elle-même.

HYACIUTTHE. Il a un grand nez, de grandes mains, de grands pieds, et il plaît malgré tout cela, ou peut-être même à cause de tout cela. Quant à moi, je n'hésiterais pas à confier à Hyacinthe un rôle de responsabilité ; tant d'autres s'en sont bien trouvés !

AMAMT. Puisqu'il est modeste, laissons-le dans le clairobscur; lorsqu'il en sortira, nous vous le dirons.

V.AJLAIRE. Si ce comédien de mérite ne se fait pas plus souvent applaudir, c'est qu'on ne veut pas d'amoureux à ce théâtre, consacré tout entier au genre comique. Valaire n'est pas là véritablement à sa place.

ACIIARD. Vous savez comme il chante, vous savez comme il joue, vous savez comme il parle, vous savez comme on l'applaudit, ou vous ne savez rien du tout. Paris, la province et Carpentras se disputent Achard et se l'enlèvent à tour de rôle. Le plus heureux est celui qui le garde le plus longtemps.

PEULiERITC. On en dit du bien autour de moi, je ne l'ai .pas vu, je ne l'ai pas entendu; je crois et j'écris.

AXIjVE IMUVAIi.

Vive et mutine comme un page, Son esprit incisif ne connaît point de frein. De son beau livre d'or feuilletez chaque page,

C'est toujours le môme refrain.

IIme IHJPSJIS. J'ai dit autre part tout ce que je pensais de cette charmante comédienne; à quoi bon me répéter pour ne rien apprendre à mes lecteurs?

Mlle SCRI\VA\E€K. J'aurais dû donner un démenti au hasard et tirer ce nom de l'urne à mon premier appel. Elle est gracieuse, svelte, coquette; elle dit avec esprit, elle jette son regard bleu sur la foule, qui l'applaudit des mains et du cœur. La mère avait beaucoup de talent, la fille en a plus que la mère; j'ai battu des mains à toutes les deux.

M1,e DURAND. Mes voisins me fatiguent les oreilles à force de me dire qu'elle est jolie; mes voisines me fatiguent la pensée à force de me le répéter. Je sais, moi, que c'est une comédienne de goût, et que les écrivains de l'endroit ne se font pas faute de lui confier les rôles les plus délicats... Mon tour viendra peut-être.

Mlle PAUMTOE. Je ne suis pas toujours heureux dans mes visites à ce théâtre ; j'ai souvent entendu faire l'éloge de

Pauline, cette ravissante jeune fille, et je n'ai jamais pu le corroborer : mademoiselle ne jouait pas.

3H«e PELLETIER. Vive et accorte, soubrette provocatrice jetant ses saillies au delà de la rampe comme au foyer : une de vos mains en emprisonnerait aisément quatre des siennes.

AZIMONT. Pristi, quelle jolie fille! pristi, quel gracieux talent ! pristi, que vous êtes heureux de la voir ! Je souligne ces deux derniers mots de peur que le prote n'en fasse qu'un seul, ce qui, du reste, ne changerait pas trop ma pensée.

Mme I>ARCY. Je viendrais plus souvent visiter Coupart, si je savais que mademoiselle Darcy fit quelques poses à la Régie; c'est un rendez-vous que je donne.

Mlle TOÉSIRÉE. C'était une des pierres les plus précieuses de l'écrin du Gymnase; elle n'a perdu ici ni de son éclat, ni de sa pureté. Les auteurs doivent s'estimer heureux que mademoiselle Désirée leur vienne en aide dans un jour de détresse; la sirène sauve les naufragés au lieu de les entraîner dans le gouffre.

$Ille GALLOIS». Je vous la donne pour une franche commère; prenez-la et dites-moi merci.

Mlle J&LEItf E. Il y a loin du boulevard du crime au théâtre du Palais-Royal. Mademoiselle Rleine a franchi la distance, et Mouriez s'est mordu les lèvres au sourire de Coupart.

lllle LAMBERT. J'en suis fâché pour vous, mademoiselle, mais vous êtes trop inconstante pour que je vous consacre autre chose que deux lignes. A quoi bon fuir les lieux où vous êtes aimée, où vous êtes fêtée, non pas seulement parce que vous êtes belle, mais encore parce que vous êtes une comédienne distinguée?... Vous voyez que je vous garde rancune.

Mlle CÉLINE MOXTALAMT. Le calembour serait

trop facile, tout le monde l'a déjà fait : je ne veux pas être l'écho de tout le monde.

Léontine Fay enrichit le Gymnase alors qu'elle avait six ans à peine; Céline Montalant est fillette à enrichir tous les théâtres assez heureux pour se l'approprier... Ce n'est pas seulement une vocation, un éclair: c'est une révélation tout entière ; Léontine revit en elle, Léontine nous est rendue avec toutes ses grâces, avec tout son entrain, avec toute son âme. Baissez la tête, regardez à vos pieds, afin de ne pas marcher sur le front de cette jeune merveille.

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