‹ Foyers et coulisses; panorama des théâtres de ParisChapitre 13 sur 16 · GAIETE · texte numérisé non relu

GAIETE

C'est sans doute parce qu'on craint l'irritabilité des caractères que les foyers des théâtres de Paris sont étriqués et peu commodes. Là s'allument les petites ambitions, les petites jalousies, les petites rancunes, et il y a sagesse, vous le voyez, à tenir à distance les personnages que le foyer semblerait tout d'abord devoir réunir. Diviser pour régner, c'est de la politique : tout directeur doit être diplomate.

Poursuivons notre tâche, rien n'est fait quand il reste quelque chose à faire.

Mme liAMKQUSîir. Elle n'est là , cette comédienne d'élite, que parce qu'on a été maladroit autre part; mais les Variétés viennent de s'en emparer, et, bien certainement, elles ne sont pas disposées à la céder à de plus heureux rivaux.

A ta fébrile voix, à ta tristesse amère, A ces cris de douleur Echappés de ton cœur, Chacun se dit : C'est une mère.

DË^HAYË^. De pareils artistes sont une fortune pour toute direction. Deshayes semble jouer avec l'art, dont il s'est fait une étude sérieuse, et le Champy l'a posé en première

ligne des comédiens d'élite. Tous les genres lui sont bons : le comique, le burlesque, le sérieux, le dramatique ; et, pour ma part, si je ne lui donne qu'un quatrain en échange de ce que je lui dois, ce n'est point par ingratitude, c'est par impuissance.

Tu m'as vu bien souvent frémir à tes douleurs, Toi qui nous peins si bien ton filial martyre; Combien de fois aussi iis-tu couler mes pleurs Sous ton fatal éclat de rire !

Merci, merci, trois fois merci!

FRANCISQUES JEUNU. On aime, en dépit de soi, cette drolatique figure, qui vous amuse d'autant plus qu'il y a quelque chose de mélancolique en elle. Francisque jeune est mon homme du rire, comme Francisque aîné était mon homme des larmes... Ma phrase cloche peut-être par la régularité; mais ma pensée est debout, je n'y toucherai pas.

Mme liACRESSONNIÈRE. Belle et noble personne, charpente ciselée pour le drame, organe plein de sonorité, tout imprégné d'amour et de poésie.

De ce temple éloigné vous êtes vraiment reine, Reine par le talent, reine par la beauté 5

Qu'est-ce donc qu'une souveraine, Si ce n'est la pudeur jointe à la majesté?

UÉO^TrTINE. J'ai du rouge, du blanc, du bleu, du jaune,, dans mon encrier ; mêlons toutes ces nuances, et faisons Léontine.

Tout cela n'est pas vrai, tout cela louche et cloche, C'est un bruit imitant celui d'un tournebroche, C'est quelque chose enfin de faux et d'incomplet... Demandez au titi si cela lui déplaît.

Léontine semble avoir toujours faim sur la scène ; le paradis a toujours faim de Léontine. Bon appétit, mes goulus; bon appétit, ma goulue.

MATIS. Presse-moi la main, mon vieil ami. Il y a longtemps que tu sais ce que je pense de toi, il y a longtemps que

je l'ai écrit; je ne suis pas homme à me démentir, et mes souvenirs te placent bien haut dans mon estime.

^SJRVfiliîiE. On naît comédien comme on naît avec des cheveux bouclés ou des cheveux plats. Surville doit avoir reçu son baptême dans les coulisses d'un théâtre... Il joue les premiers rôles, je le crois bien sans peine : c'est bien là son emploi.

IBEIiAS^TTSEE. Secouez vos habits, voilà un brigand, un scélérat, un ogre, un anthropophage... Ce n'est pas un homme, Delaistre, c'est un cannibale, qui sent le meurtre à dix lieues à la ronde, et cependant on le cherche jusqu'à ce qu'on l'ait trouvé... Quelle génération que la nôtre!

MBIMIBR. Que voulez-vous : il m'est impossible de ne pas sourire à la bonhomie de cet homme; il m'est impossible de ne pas rire aux éclats à ses excentricités joyeuses. Meinier a quelque chose en lui qui s'empare de vous, et cela sans effort, comme une coquette dont le regard vous subjugue, dont la parole vous enivre.

E. B©^:ISOB§>. Encore un amoureux! on en fourre partout, et partout ils sont les bien reçus, parce qu'ils parlent la langue du cœur, qui vaut infiniment mieux que celle de la tête.

MXVMMLE. L'Ecriture dit que les premiers seront les derniers, et les derniers les premiers. Te souviens-tu de Chabert, ami? Je ne l'ai pas oublié, moi, qui ai fait rejaillir sur toi seul les applaudissements de la salle. La reconnaissance est parfois un rude fardeau; si je ne t'en devais pas, tu aurais quelques lignes plus élogieuses.

!»È^IftT. — BOXîUBT- On appelle celui-là raisonneur, celui-ci un amoureux : ils sont bien placés tous deux dans leurs emplois.

IiMIUS. — SANDRE.-- FRESNE.-BIiOT.—

CJAIiAISEMT. — - ALEIATOEB. — RICHE. Je n'ai pas d'équipage, je ne puis pas toujours me donner l'omnibus;

aussi , suis-je peu familier avec les talents secondaires des théâtres éloignés de ma pauvre demeure. J'en entends parler avec éloge, je recueille le nom des artistes qui ne doivent pas vivre dans l'oubli, je remplis mon devoir : impuissance n'est pas crime.

iggiie THSJIMLIER. Quand on m'annonça son arrivée à Paris, je m'en réjouis pour la capitale; aujourd'hui, je m'en félicite doublement pour le théâtre qui s'en est enrichi.

Toi dont l'œil est baigné de si brûlantes larmes, Et semblés à plaisir te bercer dans ton deuil, On dirait à te voir répandre tes alarmes, Que ia Dorval n'est pas descendue au cercueil.

IIORT&M&E «JOïJVE. Elle est vive, elle est accorte, elle est soubrette de la tête aux pieds, elle l'est des pieds à la tête.

I^A^JîSEI^Tïj^E. On en dit beaucoup de bien; son titre est amoureuse. L'êtes-vous, mademoiselle? Allez, allez, parlez sans crainte, je ne vous verrai pas rougir. Et puis encore, il n'y a pas de mal à aimer, alors surtout qu'un doux échange a lieu. Si vous aimez quelqu'un chez vous comme sur le théâtre, bien des gens envieront son bonheur. Je vous crois le cœur placé plus haut que la tête.

M1,e ©AUBRUISë. Si c'est vous que j'ai vue au Vaudeville, et à qui j'ai confié votre rôle de début; si c'est toi que j'ai applaudie à la Porte-Saint-Martin, trois fois: Bravo ! à Holstein, qui n'a pas voulu te laisser dans tes loisirs. Tu es belle, vous êtes comédienne , tu devrais te rapprocher de nous. Pourquoi te plairais-tu au boulevard du crime, toi qui n'en commets pas, toi qui ne connais que la générosité?

«IKAJLT. Voici la doublure de madame Lambquin : la* belle étoffe devient un voisinage dangereux.

&Ë3WIS. Je t'ai connue bien gentille; mes voisins m'assurent que tu n'es pas changée. Dés lors, ta main, je te prie, et un remerciment du pauvre Bélisaire, barricadé dans ses

ténèbres.

AX'XA POTËR.. C'est Anna, ce n'est pas Pauline, ce n'est pas Pauline, c'est Anna que j'ai trouvée bien jeune, bien novice, chez l'oculiste qui nous soignait tous deux. Elle a été plus heureuse que moi, elle l'est encore davantage... Que Dieu te garde ta gaieté.... Je ne parle pas du théâtre; je parle de ta joyeuseté d'enfant, de tes valses échevelées et de tes caprices du Château-Rouge, où Ton faisait cercle autour de toi.

FREDERICK MM AITH13 . Il vient de dire adieu à ce théâtre; il a porté ailleurs son imprévu, sa jeunesse de cinquante ans, sa virilité de vingt-quatre; il va; faire pleurer et rire en même temps; il va émouvoir, étonner, subjuguer... Nous serons là pour l'enthousiasme.

En valet, en seigneur, en casaque, en manteau, Armé de sa cravache ou Lien de son couteau,

Dès qu'on le voit paraître On écoute, on admire, on dit : Voilà le Maître!

Page 1