‹ Foyers et coulisses; panorama des théâtres de ParisChapitre 16 sur 16 · DÉLASSEMENTS-COMIQUES · texte numérisé non relu

DÉLASSEMENTS-COMIQUES

Entrez ; mais emparez-vous vite de la rampe qui vous guidera au milieu des ténèbres. Montez, montez encore; un frais gazouillement s'échappe d'une petite salle flanquée de banquettes usées : c'est là.

J'ai vu ce foyer il y a quelques années ; on y disait des choses étranges, on y entendait des refrains de cabaret, on y échangeait des regards et des syllabes à brûler à la fois la pensée et le cœur... Glissons sur cette triste époque.

Aujourd'hui, c'est un foyer d'où la gaieté n'est pas bannie, où l'on rit, où l'on batifole, où l'on parait heureux.

Emile Taigny, en prenant la direction des Délassements, a voulu qu'il en fût ainsi; il l'a voulu si fermement, que tout ce qui sortait du cercle honnête n'a plus reparu, et est allé porter ailleurs ses excentricités de caserne.

Voyons la petite troupe de la petite salle où s'agitent de petits talents, où se heurtent de petites ambitions :

M. ET Mme EMïIiE T AIGiSra.

Applaudir le mari c'est applaudir la femme,

Un rayon pour tous deux, une âme dans une âme ;

Et, quand l'un montera vers le divin parvis, On lira sur sa tombe : Ici sont deux amis.

Cela est touchant, cela est consolateur, je vous assure, que cette douce et sainte affection du couple artiste qui s'es! fait une grande réputation parmi nous, et qui, à lui seul, esî une fortune pour ce théâtre, comme il Ta été pour bien d'autres.

AliF'MOSJ^I^S. Peste ! fichtre!! bigre!!! sacrebleu!!!! C'est Alphonsine qui entre en scène, se pose fièrement devant la rampe, provoque le parterre et les loges, et, sans sourciller, ferait face à un régiment de Royal-Cravate. Est-ce du talent? Oui. La fusée éclaire. J'aime Alphonsine, je l'aime là, surtout, et cependant elle ne serait pas déplacée sur une plus vaste scène, si, au lieu de l'éperon, on lui donnait un frein... Bah ! bah ! laissons-la chevaucher aux applaudissements de la foule, elle est de race.

D'plus folle il n'en est pas de Paris jusqu'à Rome,. On ignore le jour ousqu'elle commença.

Combien s'en iaut-il donc pour que ce soit un homme? Y n' s'en faut pas d' ça.

Mme MATfflïIiTOE. C'est un joli nom, c'est une charmante personne, c'est un gracieux talent... Bravo! bravii brava !

31ARKAI8. Il amuse, il fait rire ; il n'a pas d'autres prétentions : modestie va bien au mérite.

E. VIEL/LARI&. C'est le premier comique du lieu, il n'a pas volé son titre ; l'urne a tort d'avoir fait sortir son nom après celui de Markais. Villard, n'oubliez pas que les grands théâtres se recrutent des petits ; je sais quelqu'un qui vous lorgne par le côté qui rapproche.

BE1AUD. Chapeau bas ! voici le père noble des Délassements, qui joue avec le cœur, et connaît parfaitement ses planches.

MIKEIi. Laissez-le marcher dans la vie, et vous verrez qu'il se fera une excellente réputation. Mikel a commencé

ici; il se consolide à chacune de ses créations ; il fait sa base large, et il est aimé de ses camarades autant que du public, qui le traite en enfant gâté.

«JOSSE.— ftBRPBÉ- ©OIVATIE^. Il parait que Ton veut beaucoup de comiques dans ce théâtre; car après Josse, par qui Ton rit, viennent encore Gerpré et Donatien, qui occupent bien leurs places.

FRANK. Voici un Franc amoureux, ou un amoureux Frank, comme vous voudrez ; il est à bonne école, il fait des progrés, il élargit ses ailes.

ïiUCIEîtf. C'est un finassier... Non, je me trompe, c'est un financier ; on l'appelle aussi Raisonneur. Tout cela, c'est de la comédie.

GOBERT— AliEXIS — BÏ,OItf DEMET— MNGE. (les quatre noms sont fêtés par les habitués des Délassements, et c'est justice. Emile Taigny n'est pas assez maladroit pour s'en séparer.

Le chef d'orchestre, M. Kriezel, est d'une intelligence rare : je n'avais garde de l'oublier. Quelque chose cloche à ce théâtre : c'est le régisseur en chef. Mais quelle activité, quel zèle et quelle langue! J'allais d,ve quelle blague ( le mot est consacré). Il faut pourtant tout cela pour faire marcher cette lourde machine qu'on appelle théâtre ; et M. Armand est, après Emile Taigny, le ressort le plus puissant de l'horloge.

Messieurs Denizard, Launois, Gonnet et Bertin, je vous serre les mains pou. vos politesses de tous les spirs.

Paris. — Imprimerie Simon Riiçun ctCie,rau ct'Erfurth, 1.

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