‹ Foyers et coulisses; panorama des théâtres de ParisChapitre 8 sur 16 · VARIETES · texte numérisé non relu

VARIETES

Ni grand, ni petit, ni trop brillant, ni trop modeste. Ban-

quettes assez souples, salle propre et régulière où ont trôné puissants les Potier, les Brunet, les Tiercelin, les Gavaudan, les Vernet, les Bouffé, les Élomire, les Cuizot, les Pauline, dont le souvenir vivra longtemps dans la mémoire et le cœur de ceux qui aiment les grands talents, les nobles caractères, la grâce, l'esprit, la délicatesse.

Le buste de Potier orne ce foyer; les nouveaux venus seuls le saluent avec respect. Rien ne mène à l'indifférence comme l'habitude.

Vous qui passez devant ce buste Au front si radieux, Inclinez-vous comme le fait l'arbuste Auprès du peuplier dont la tête est aux deux.

Mettons la main dans l'urne et lisons les bulletins :

Hier dans le foyer j'écoutais ta parole,

Qu'on aime et qu'on bénit, qui charme et qai console.

J'étais à peine à quelques pas, Mais ce regard si pur, ces lèvres si vermeilles, Ce front si radieux et mille autres merveilles

Que je rêvais tout bas, Plains-moi, ma belle enfant, je ne les voyais pas.

Cette toute ravissante personne joue le drame et le rire avec un égal succès; et bien des pièces, grâce à elle, ont traversé sans naufrage l'heure de la tempête.

La Russie nous l'avait volée, la Russie nous Ta rendue; j'ai déjà dit quelque part que le czar n'avait pas le sens commun.. Se priver volontiers de la plus brillante Page de notre histoire !... On n'est pas plus Moscovite que ça.

Il y a, vous le savez, de fort jolies figures qui ne plaisent pas à de certaines personnes d'un goût épuré. Eh bien ! mademoiselle Page n'est point de ce nombre, et chacun s'écrie dés qu'elle se montre : Dieu! quelle tête ravissante!

Si, dans le silence, mademoiselle Page fait la conquête des plus tièdes, des plus difficiles et des plus capricieux, qu'estce donc quand elle a parlé? Rien n'est plus doux et plus caressant que son organe , rien n'est plus dominateur que sa parole, et le cœur se laisse doucement bercer à cette mu-

sique, comme aux plus heureuses mélodies des Schubert, des David, des Auber et des Boïeldieu, d'harmonieuse mémoire. Pardon, Madeleine; pardon, Luther, Figeac, Pauline, Decroix, Fix, Cico, Judith, Rimblot, Marthe, Tata ; mais je me fais ici l'écho de la foule, qui proclame mademoiselle Page la plus*jolie actrice de Paris; moi, je soutiens qu'elle est une des meilleures.

BOISGOOTTIBR.

Elle dit le mot cru si naturellement, Si franchement, si crânement; Elle esche si bien ce qu'il offre de louche, Qu'on irait volontiers le chercher sur sa houche.

On rit à voir Boisgontier, on rit à l'entendre ; puis on sort en disant : Je suis sûr que tf est là une bonne fille.

PÉBET.

Il amuse, chacun le dit, Avec son air niais et sa drôle de tête; Le coquin doit avoir, certes, beaucoup d'esprit Pour se montrer si bête.

Si mon quatrain n'exprime pas toute ma pensée, s'il ne dit pas que Pérey est un comédien par excellence, j'ai manqué mon but.

Mlle OZ¥. Va pour elle ! la voilà lancée, gare dessous !

La fusée est partie, on la suit de l'œil, on l'applaudit des

mains...

Oh ! garde ta cambrure, T3 coquette figure, Et ta vive encolure, Ainsi qu'il nous en faut; On te dit fort rieuse, Assez peu langoureuse, Et très-aventureuse :

Tant mieux; peut-on aimer qui n'a point de défaut?

J'écris ceci le 19 janvier 18o2; à dater d'hier tu as grandi de vingt coudées, et madame Jolibois est toute une révélation.

PASJIiSSkE POTEÏi. Qu'importe qu'elle soit si petite,

puisqu'on la cherche, puisqu'on la trouve et qu'on la quitte à regret?

J'ai vanté bien longtemps ta naïve candeur, Le piquant de ta voix, la bonté de ton cœur, El ta petite main à l'aiguille occupée... Pauline, qu'as tu fait, hélas ! de ta poupée?

ARWAIj. Arnal entre; c'est Arnal! Il vient de désopiler la rate du public;, on rit de souvenir.

Arnal, disent quelques médisants, est un mauvais coucheur; eh bien! corbleuî n'allez pas coucher avec lui; qui vous y force, messieurs? Ah î pardon, c'est mesdames que je voulais dire. Quand Arnal joue, recelte double; quand il se repose, il y a un peu de vide dans la salle.

Duvert et Lauzanne, Lockroy, Bayard, Varin, Arnal, voilà une fortune, en voilà deux, en voilà dix à l'épreuve des jeux de bourse et des jeux de révolution, bien autrement périlleux ou stupides.

Il était jeune encore, il débutait à peine, Potier lorgnait Arnal qui ne répondait rien, Quand tout à coup le maître de la scène S'écria : Cet Arnal est un vrai comédien !

Potier prophétisait.

M«e FAVART.

A te voir si coquette, à te voir si gentille, Par la réflexion étudier ton art, On se prend à sourire au beau nom de Favart, Et, joyeux, on se dit : Elle est de la famille.

Elle n'a pas prétendu descendre en allant des Français aux Variétés; on joue la comédie ici comme là.

Mademoiselle Favart a de la distinction dans l'organe, de la distinction dans les gestes, de la distinction dans toute sa personne, et, si elle parvient à secouer la poussière du Conservatoire qui la voile un peu, ce sera ravissant et presque sans reproches... Emancipez-vous, mademoiselle... ceci sans calembour.

Mlle VIRGINIE MJCIiAY.

Elle saute, elle rit, elle pleure, elle chante;

C'est un sylphe, un zéphyr, un bon ange, un lutin,

Un papillon à peine éclos dès le matin,

Et cependant partout on dit qu'elle aime et chante.

Eh bien ! non elle ne l'est pas, et mon calembour ne vaut pas le diable... Que mademoiselle Duclay me le pardonne !

CACHARDY. Tu m'appartenais à Rouen, tu es encore mon homme à Paris : si ce n'était par amitié, ce serait par reconnaissance, puisque ton premier début au Gymnase a eu lieu dans une pièce de moi, qui avais besoin d'appui... Merci, vaurien 1

DA^TEB^Y. De la verdeur, de l'entrain, une fougue toute méridionale, et une excellente façon de phraser le couplet, voilà l'esquisse, le portrait; c'est à vous de l'achever.

IIE3ïirc AMX. Nouveau venu, je me trompe, nouveau bienvenu, et le directeur maraudeur de ce théâtre fait à la sourdine des coups de main qui assurent sa fortune.

MUTÉE. Il n'est pas drôle, il est très-drôle; il n'est pas amusant, il est très-amusant. Moi qui dissèque l'artiste, j'ai besoin de plus d'un superlatif pour écrire ce qu'il vaut, pour dire combien il est apprécié.

SIOBEAU^AIMTI. Le père, la mère, le fils, remarquable trinité ; celui-ci chante avec goût, phrase admirablement le couplet, et fera parler de lui... La prophétie ne me coûte guère.

M1Ie CÉLESTE. A ce nom à peu prés inconnu, j'en pourrais ajouter un sonore, retentissant, celui de Mogador -r mais quelque esprit de travers me dirait c'est leste, et je veux lui épargner un ridicule.

Céleste-Mogador est cette bayadère rivale des Maria, des Frisette, des Pomaré, des Clara, de délirante mémoire, dont les jardins publics de la capitale se sont fait honneur, et qu'on suivait encore plus aisément de la pensée que du regard.

Celle-ci joue admirablement des castagnettes et frotesque à ravir. Comme actrice, Page ne la redoute pas, la vaniteuse qu'elle est!

^EAUI^T. Tant de lettres pour une syllabe! que notre langue est absurde! Servons-nous-en, toutefois, pour dire que Jo n'est déplacé nulle part, à moins qu'on ne lui donne un rôle d'amoureux ou de duègne.

M]le CO^OTAltf €BS. Elle a de beaux yeux, de très-beaux yeux, des yeux magnifiques... Avec cela on joue le vaudeville et l'on est applaudi.

KOPF. C'est un nom étranger, c'est un comique de tous les pays, et ses charges sont toujours de bon goût: j'aime Kopp.

IMLJVERTCOYS. Il fallait compléter la troupe : on voulait la mettre au niveau des meilleures de la capitale, et l'on fit l'acquisition de Duvernoys.

CHARRIER.—- REMERRE.— RÉAÎi. Vous voyez que rien ne manque à la bande joyeuse, pas même les utiles utilités.

Mme ESTHER. Elle a fait sa trouée, elle avance chaque jour vers la rampe, mais il ne faut pas qu'elle enjambe l'orchestre; de trop près les petits défauts s'aperçoivent; et qui n'a pas les siens?

IjASSACWE. Il nous arrive des Folies; quelle folie de l'y avoir laissé si longtemps ! L'œil de M. Carpier a visé sa proie, et le directeur s'est enrichi bien plus qu'il ne le croyait tout d'abord, car il a fait capture à la fois d'un niais, d'un sot, d'un matois, d'un rusé, d'un ivrogne, d'un portier, d'un soldat, d'un Picard, d'un Normand; en un mot d'un comédien multiple qui a planté sa tente aux Variétés, et que les Variétés ne donneront plus à personne.

ÎWrafeÉÏUY.— GAUTIER. J'ai bien envie de me pincer jusqu'au sang, puisque je n'ai pas présents à la mémoire les meilleurs rôles de ces deux artistes, que le public aime du parterre aux loges, des loges au cintre.

CARA-FITZ-JfAMES. Si je ne me trompe, j'ai usé le

bout de ma canne au profit de cette comédienne lors de ses débuts à Latour-d'Auvergne. J'ai cru reconnaître sa voix fraîche et bien timbrée, et il m'a semblé retrouver ses allures de soubrette accorte, qui ont acquis de l'ampleur et de l'aisance... Vienne un joli rôle, et la critique taillera sa plume pour mademoiselle Fitz- James.

SIlle PÉîiAQIË. Bonjour, Lyonnaise. C'est entre le Rhône et la Saône que vous vous êtes lancée sur la scène, où vous naviguez en pleine eau. N'importe, vous êtes encore bien trop jeune pour les duègnes, et vous avez tant de sans-façon, que la jeunesse semble glisser puissante dans vos artères... Bonsoir, Lyonnaise.

mjFFAUT. En voici un qui souffle; c'est le souffleur du lieu. Homme d'esprit et de tact, il souffle non-seulement le mot, mais l'intention de l'auteur, et plus d'un comédien lui doit ce qu'on appelle dans les coulisses un effet. Je vous en prie, Duffaut, soyez là quand on jouera mes pièces.

UECÏiÈI&E. Le sort, mon brave ami, t'a fait sortir un des derniers de l'urne; le sort te réservait pour la bonne bouche, comme on dit dans le monde élégant et dans le monde bourgeois. *

Ah ! c'est que les uns comme les autres te reconnaissent aujourd'hui acteur éminent, comique sans charge, aventureux parfois, toujours vrai, toujours communicatif, toujours inspiré.

A ton arrivée au Vaudeville, on doutait de toi; tu n'as pas tardé à prouver qu'on avait tort, et que j'avais raison, moi, ton directeur à Rouen, de te prédire le poste élevé que tu occupes aujourd'hui.

Tes succès, Leclére, ont retenti jusqu'à moi à travers les océans, et je t'en applaudis de Taïti la parfumée et à Noukaïva la sauvage, où Mohama, de hideuse mémoire, voulait faire du pauvre aveugle un repas du matin... Ai-je bien fait de ne point apaiser son appétit de cannibale?

Quand je te fais venir du pays de la pomme,

De ce frujt dangereux par qui se damna l'homme, ]

Je savais bien, mon cher, qu'en t'appelant ici, Je verrais tout Paris me dire un jour : Merci !

AUGUSTE et NARGEOT, ciiefs d'orchestre. Tous deux viennent souvent au foyer : le premier avec ses causeries charmantes, ses joyeuses anecdotes et ses façons d'homme bien élevé; tout le monde l'aime, tout le monde lui presse la main avec plaisir.

Le deuxième est imprégné de mélodies, et les motifs dont il enrichit le répertoire de son théâtre disent une éducation musicale au niveau de celles qui font les réputations. Que tardestu donc à accepter un poëme que l'Opéra-Comique accueillerait à coup sûr avec bonheur : ta musique lui servirait de passe-port. Un peu de modestie, c'est bien; trop de méfiance, c'est mal... M. Nargeot doit oser, nous sommes sa caution.

M. DE SAVIGTOY. L'un est le distributeur des grâces du patron : c'est la bienveillance dans tout ce qu'elle a d'exquis, et je vous défie de lui garder rancune d'un refus. L'autre est le metteur en scène : adroit , intelligent comme les plus habiles, il seconde si bien les auteurs, qu'on pourrait le nommer, sans injustice, après chaque succès.

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