‹ Fr. Schubert: sa vie, ses œuvres, son tempsChapitre 7 sur 33 · LETTRE A FERDINAND SCHUBERT · texte numérisé non relu

LETTRE A FERDINAND SCHUBERT

Steyer» le 15 Juillet 1810.

Cher frère ,

Je pense que cette lettre te trouvera bien portant à Vienne. Je t*écris particulièrement afln que tu m'envoies le plus tdt possible le Stabat Mater, que nous voulons exécuter (1). Je me trouve très-bien jusqu'à présent, seulement je crains que Thiver ne me soit défavorable. Le 12, il y a eu un fort orage; la foudre est tombée à Steyer, a tué une femme et paralysé deux hommes. Dans la maison que j'habite se trouvent huit jeunes filles, presque toutes jolies. Tu vois qu'il y a fort à faire. La jeune fillette de M . de KoUer, chez qui je dîne tous les jours avec Yogi , est charmante ; elle joue bravemeni du piano et chantera plusieurs de mes lieder.

Je te prie d'expédier la lettre ci-jointe. Tu vois que je ne suis pas si perfide que tu le crois peut-être (3).

Salut aux parents, aux frères et sœurs, h ta femme et à toutes les connais^nces. N'oublie pas le Stabat Mater.

Ton frère éternellement fidèle,

Franz.

Les environs de Steyer sont beaux au delà de toute idée.

(1) Ce Statut ne paraît pu aToir été Joaé.

(9) AUnaion à ane circonatance ineonnne.

LETTRE A HATRHOFER.

Lin2, le 19 août 1819.

Cher Mayrhofer,

Si tu vas comme moi, tu te portes bien. Je me trouve présentement à Linz. J'ai fait la connaissance de la mère de Spaun, chez laquelle j'ai vu Kenner, Kreil, et aussi le docteur Ottenwald (1), auquel j'ai chanté sa Berceuse^ avec une musique de ma composition. A Steyer, j'étais très-bien, et je serai bien ici. Comme à Sleyer, les environs sont célestes. Dans quelques jours , nous (c'est-à-dire Vogl et moi) devons faire une excursion à Salzburg. Je m'en fais une fête. Je te recommande d'une manière toute particulière le porteur de cette lettre, un étudiant de Kremsmûnster, du nom de Kahl, qui va, par Vienne, à Idria, chez ses parents. Je te prie, pendant tout le temps de son séjour, de lui abandonner mon lit (2). Je désire surtout que tu cultives sa connaissance, car c'est un brave et excellent garçon.

Je salue madame V. S — As-tu fait quelque chose de bien? Je l'espère. Nous avons fêté l'anniversaire de la naissance de Vogl par une cantate de ma composition sur des poésies de Stadier. Elle a bien réussi. Maintenant porte-toi bien jusqu'à la moitié de septembre.

Ton ami,

Franz SCHUBERT.

M. Vogl te salue. Mes compliments à Spaun.

(1) Marié à Marie de Spann.

(2) Schubert logeait, à Vienne, dans le même apoarlempnt que Hayrliofer,

ijUESTION D'ARGENT - ALFONSO ET ESTRELLA

iras

(Henri Kreiitle, p. S31 et tuiniitet) LETTRE A JOSEPH DE SPÀUN

Cher ami,

Ta lettre m'a comblé d'aise, et je souhaite que tu trouves une continuelle satisfaction. — Maintenant, il faut que je t'avertisse que mes dédicaces ont fait leur effet. Le patriarche (1) m'a envoyé douze ducats et Friess (2) vingt, grâce aux instances de Vogl. Cela tria fait grand bien.

Tu devrais bien être assez bon pour glisser, dans ta correspondance avec le patriarche, un mol de remercîment convenable et pour lui et pour moi. L'opéra de Schober (3) est bien développé jusqu'au troisième acte , et je serais bien désireux que tu en prisses connaissance. Nous fondons sur lui un grand espoir. Le théâtre de la Porte de Carinthie et le Wiediter Theater sont maintenant loués à Barbaja, et il entre en possession en décembre. Maintenant porte-toi bien. Mes compliments à nos connaissances, principalement à la sœur et à ton frère.

Ton ami,

Franz SCHUBERT.

Écris-nous bien vite. Envoie-moi la Berceuse d'Ottenwald.

(1) Schubert avait dédié au patriarche Ladislas Pyrker l'OBavre h de ses lieder : ie Vaya' geur. Chant de Nuit du Voyageur, Chant du Matin» (3) Schubert avait dédié au comte Morix de Friess rOEuvre 9, Marguerite au Bouet» (s) Alfonso et Bstrelia.

MÀLADie - DÉCOURAGEMENT

LETTRE A KUPELWIKSKR (^)

— iM4 —

(Henri Krebdei p. 310 et rahantei )

31 mars 1826.

Mon cher Kupelwieser ,

Voilà longtemps que j'ai envie de t*écrii*e sans avoir jamais p^ savoir ni d*où ni où ; mais enfin l'occasion m'est offerte par le moyen de Smii^h, et je puis donc, encore une fois, ouvrir mon ^me à un ami. Ton cœur est si bon et si honnête que tu me pardonneras ce que d'autres m'imputeraient à crime. En un mot, sache que je m'estime le plus malheureux et le plus infortuné du monde.

Figui'e-toi un homme dont la santé ne se i^efera jamais, et qui, par le chagrin que cela lui cause, empire la chose au lieu de l'améliorer; figui-ctoi un homme, dis-je, dont les plus brillantes espéi-ances sont tournées à rien, à qui l'amour et l'amitié ne donnent que des chagrins, chez lequel l'enthousiasme (tout au moins celui qui vous soutient et vous exalte] et le sens du beau menacent de s'évanouir, et demande-toi si cet homme n'est pas malheureux et misérable? Mon cœur est lourd, la paix m'a fuit je ne

(1) L. Kupelwieser, né en 17M à Piiliog (Autriche inférieare), fut piofesieur et conleiUer impérial à rAcâdémie des Beaux-Arts de Vienoe, et mourut dans cette ville le 17 noTembre 1802.

la trouverai pliLs jamais ^ voilà ce que chaque jour je puis dire; car chaque soir j'espère que mon sommeil n'aura pas de réveil, et chaque matin m'apporte en présent les soucis de la veille. C'est ainsi que, sans joie, sans ami, je passerais tous mes jours si Schwind ne venait pas me visiter souvent et m'apporter un rayon de ces jours si doux d'autrefois. — Notre réunion de lecture (1), vu l'adjonction d'un public brutal, s'est suicidée avec la bière et la saucisse, ainsi que tu le sais déjà peut-être ; sa clôture aura lieu dans deux jours. Pour moi, depuis ton départ, je n'y allais plus. — Leidcsdorf (2), avec qui je suis lié maintenant, est un homme bon et sérieux, mais si mélancolique, que je crains d'avoir, en son commerce, gagné plus de tristesse que ce n'est nécessaire ; de plus , ses affaires et les miennes vont mal, l'argent manque. — L'opéra de ton frère (3), qui a eu tort de quitter le théâtre, a été déclaré impossible, et, avec lui, ma musique a dû succomber. — L'opéra de Castelli, les Conjurés, a eu du succès à Berlin; la musique est d'un auteur du cru (4). De cette façon, j'en suis pour deux partitions inutiles. En lieder (5), j'ai peu fait de nouveau, m'étant occupé d'œuvres instrumentales , car j'ai composé deux quatuors pour violons, alto, et violoncelle, et un ottetto, et je vais encore écrire un quatuor (6). Je veux, par ce moyen, me faciliter la route pour arriver à la grande symphonie.

La nouvelle du jour, à Vienne, c'est le concert de Beethoven; il y doit donner sa nouvelle symphonie, trois morceaux de sa nouvelle messe, et une nouvelle ouverture (7). Si Dieu le permet, je me propose de donner aussi Tan pi-ochain un vrai concert (8). Je termine pour ne pas user trop de papier, et je t'embrasse mille fois. Si tu voulais m'écrire où tu en es de ton art et de tes projets, tu me réjouirais.

Ton ami fidèle,

PaANZ SCHUBERT.

Si tu m'écris, adresse ta lettre à la maison Sauer et Leidesdorf, car au commencemeat de mars (9) j'irai en Hongrie avec Esterhazy.

(1) Ces lectures, faites le soir eo commun cbei Schober et Bruchmann, roulaient sur les classiques et Homère. Schubert se plaisait à ces exercices d'esthétique; les lecieurs ordinaires étaient Schober et Bruchmann (llls).

(3) lieide^dorf, marchand de musique et d'objets d'art à Vienne » s'établit pins tard à Florence. l\ édita une partie des œuvres de Schubert

(3) iosepb Kupelwieser, auteur du texte de Topera Fierabras.

(4) Je n'ai pn savoir de qui était la musique des Conjurés (nota de H. Kreissle).

(5) Le Catalogue n'en donne que six.

(6) Ces quatuors sont bien connus, ce sont ceux en la mineur, mi bémol et mi naturel.

(7) La neayième symphonie, la messe rnD, l'outerture (op. ISA). Le concert eui lieu le 7 mai.

(8) Ce projet ne se réalisa qu'en 1SS8.

(9) Il veut dire mai.

On trouve romine pendant de cette lettre mélancolique les notes courantes qui suivent :

La douleur aiguise l'intelligence et affermit le cieur; par contre, le bonheur a peu d'influence sur Tune et rend l'autre mou et frivole.

Je hais du plus profond de mon cœur cette partialité dans les jugements, cause du malheur de tant d'individus, et qui consiste à exalter ce qu'ils font par le mépris des œuvres cjui leur sont étrangères. Sans doute, un chef-d'œuvre doit profiter à toute la vie d'un honmie, mais faut-il pour cela que tout le reste soit compté pour rien?

27 mars : On no comprend ni la douleur ni la joie du prochain. On s'imagine que l'on pénètre quelqu'un ; on ne fait que le côtoyer. Mais, que cette découverte est dure !

Mes œuvres musicales sont les produits de l'intelligence et de mes douleurs ; celles que la douleur m'a inspirées sont celles que le monde accueille avec le plus de plaisir.

L'inspiration à son dernier degré est bien voisine du ridicule, comme la profonde sagesse touche à l'imbécillité.

L'homme commence par la Foi ; il continue sa route par l'Intelligence et le Savoir; donc, pour comprendre quelque chose, il faut que je croie à quelque chose. La Foi est la base sur laquelle notre faible intelligence doit appuyer tout raisonnement démonstratif. L'Intelligence n'est que la Foi analysée.

29 mars : fantaisie! souixe impénétrable où s'abreuvent artistes et savants! bien que i)eu te connaissent et t'honorent, ne nous abandonne pas et préserve-nous de ce qu'on api)ellc la Lucidité, ce squelette sans chair ni sang.

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