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INTRODUCTION

4UTOUR de la vie paisible et de

/"\ l'œuvre délicieusement mystique de

Guido da Vicchio, l'artiste florentin

connu dans le monde entier sous le nom

de Fra Angelico, les critiques et les gens

d'église ne cessent de discuter: "C'était,

dit l'un, un homme à la pensée puissante,

une lumière de la foi, un savant qui fut peintre"; un autre reprend: "Vous êtes tout à fait dans Terreur, il a été envoyé du Ciel pour accomplir des vœux de religion."

Ces querelles d'art et de théologie pourraient aisément rappeler l'histoire de ces deux hommes qui, s'étant approchés d'une statue dans des sens différents, affirmaient, l'un que le bouclier était en or, l'autre qu'il était en argent; ils se querellent, se provoquent, se battent et se blessent mutuellement ; un troisième spectateur vient qui leur apprend que d'un côté le bouclier est d'or, que de l'autre il est d'argent.

Il faut se garder d'exagération, savoir tenir un juste milieu, et voir en Fra Angelico, en même temps qu'un artiste remarquable, un saint homme craignant

Dieu, et bien digne des éloges de Giorgio Vasari.

Ce que nous admirons en lui, quand nous pouvons nous libérer suffisamment des contingences modernes, plutôt incrédules, c'est sa sérénité dans la Foi, sa candeur ineffable; il semble vraiment qu'il a connu les Anges, qu'il les a fréquentés, qu'ils ont posé devant lui, qu'il a vécu dans leur intimité ; ce ne sont pas des visions imaginatives, mais une réalité céleste, ce ne sont pas non plus des modèles habillés de robes bleues ou roses, avec des ailes dans le dos, mais des êtres exquisement vivants bien que leurs pieds ne reposent que sur des nuées.

Nous considérons que Fra Angelico ou "Beato a Angelico," comme on l'appelle parfois, fut un des peintres les plus considérables du XVème siècle, et il nous

importe peu de savoir qu'il appartint à Tordre de Saint Dominique; pour certaines personnes pieuses, il est le premier grand artiste de l'Italie ayant su exprimer la maternité de la Vierge, ayant su rendre la figure de l'enfant Divin.

Sur les murs et dans ses tableaux il a apporté la vie, il a exprimé les réels sentiments des personnages qu'il représentait, il nous montre les fleurs qui fleurissaient autour de lui, le paysage où il promenait ses heures de loisir.

De constater cela, et aussi sa technique, le progrès graduel de son dessin, de sa composition, de sa couleur, les modifications qu'il fit dans ses figures, est peut-être plus important que de s'en tenir seulement à sa biographie, d'en déduire que toute sa vie et tout son art furent consacrés à l'Eglise, à la glorification des scènes de

PLANCHE II.— UNE FIGURE DU CHRIST (Au couvent de San Marco, à Florence)

On voit, dans ce fragment, quelle était sa conception du Christ, apparition byzantine, icône mystique, aux cheveux ondes, à la longue barbe, aux regards bons et résignés, aux lèvres douces.

l'Evangile, et prétendre qu'il utilisa ses dons de peinture uniquement pour accomplir sa mission et célébrer Dieu.

La vérité est d'ailleurs fort simple.

Fra Angelico fut un grand artiste auquel son association avec l'Eglise permit de laisser après lui des œuvres remarquables ; ses rétables et ses fresques évoquent la sereine atmosphère d'un âge de foi profonde, et la vie paisible, retirée, dans des Thébaïdes que notre scepticisme jalouse bien souvent.

Il y a des Fra Angelico au Louvre, et voici comment Gustave Geffroy en parle : "L'Angelico, l'artiste qui a interprété avec le plus de douceur, de suavité, de pureté, les conceptions religieuses de son temps. On ne trouvera pourtant chez lui aucune folie mystique, aucune exaltation, mais au contraire une rare finesse, et j'oserai dire

une parfaite mesure, un soin exquis à équilibrer les lignes, à distribuer la couleur. Il est très-miniaturiste, très-attentionné, lorsqu'il met en scène le Martyre de Cosme et Damien, la forteresse et le paysage, le bourreau rouge, les têtes coupées qui roulent à terre avec leur auréole. Il est plus savant, plus maître de son art, lorsqu'il retrace, en trois compartiments, les scènes de la mort de Jean-Baptiste, la danse de Salomé, blonde et souple, la décollation, la tête apportée à Hérode.

Enfin il est admirablement lui-même, avec un chef-d'œuvre, le Couronnement de la Vierge, d'un art si jeune et si touchant, les saints et les anges groupés architecturalement autour du Christ, dressé comme un roi sur son trône et couronnant la Vierge, qui est une délicieuse petite fillette blonde, si gentille, si ingénue, presque sans

corps, sous son manteau bleu qui tombe d'une seule ligne droite. Les robes des anges, des saints et des saintes, sont des couleurs les plus claires et les plus vives, roses, vertes, rouges et bleues, d'un bleu de ciel que seul l'Angelico a su oser, et toutes ces couleurs se tiennent, s'accordent en leur gamme vive et fraîche, soutenue par des ors."

Il y a de ses œuvres à la National Gallery, et le même Gustave Geffroy nous les décrit: "Après ce soucieux de sincérité (Vittore Pisano dit Pisanello), qui a exprimé dans sa peinture, comme dans ses dessins et ses médailles, son goût de l'art vivant, réel, animé, vient l'artiste mystique, le peintre des félicités célestes, le visionnaire délicieux et harmonieux du Paradis chrétien, Fra Giovanni de Fiesole, dit l'Angelico. Il ne faut pas espérer retrouver

à Londres le concert unique, l'exquise symphonie en bleu et rose de notre Couronnement de U Vierge, mais il y a certainement un charme dans cette Adoration des Mages, en avant de la lourdeur et de la dureté du paysage de montagnes; un sentiment et une beauté se dégagent de l'expression enfantine et attendrie des visages, de l'orientalisme ingénu des tuniques et des couronnes. L'œuvre peinte dans le silence des après-midi italiennes, à l'ombre d'un cloître du val d'Arno est paisible, spontanée, inspirée, comme l'âme du maître angélique qui l'a créée de ses mains sans adresse, de son esprit enthousiaste et fervent."

Il y a encore des Fra Angelico à Rome, à Pérouse, mais surtout à Florence où l'on trouve les séries peintes pour décorer la "Silver Press" de l'Annonciation;

aux Offices la célèbre Madone du Linagnoli et le Couronnement de la Vierge de Santa Maria Nuova ; au couvent de San Marco où la communauté de Saint Dominique vint en 1346 de Fiesole sont les célèbres fresques du cloître, de la maison du chapitre et des cellules.

Bien qu'il y ait d'autres œuvres de Fra Angelico à Fiesole, à Pérouse, à Rome, c'est à Florence qu'il faut aller l'étudier et l'admirer comme on va à Madrid pour Velazquez, à Anvers pour Rubens, à Amsterdam et à La Haye pour Rembrandt.

Malgré l'envahissement des touristes dans cette ville de Florence, l'une des plus visitées de l'Italie, on peut cependant s'isoler parmi ce décor d'autrefois, retrouver un peu de cette atmosphère sereine dans laquelle vécut l'artiste, et, plus qu'à l'Académie et

aux Offices, on subit l'enchantement dans les cellules du couvent de San Marco où la grande lumière blanche du jour pénètre douce et amortie. Autour le cloître, le jardin, la maison du chapitre, des fleurs parmi les vieilles pierres, un calme de béatitude, les témoins d'une existence paisible et dévotieuse, un parfum de silence, toute l'idéale demeure de la retraite et de la prière. Dans une de ses admirables peintures murales, Puvis de Chavannes, voulant conter les débuts de la peinture, a représenté le moine célèbre travaillant au milieu de ses frères en religion, et comme en extase lui-même devant son œuvre pieuse.

Florence est, comme Venise, une villemusée, un "vaste reliquaire d'art," où l'on erre dans une constante joie esthétique, chaque monument, chaque église vous

PLANCHE III.— DEUX ANGES AVEC DES TROMPETTES (Aux Offices, à Florence)

Ce sont des spécimens des premières œuvres de l'artiste qui ont été vulgarisés par la reproduction, et qu'on trouve dans toute l'Italie sur les cartes postales.

offrant des chefs-d'œuvre à contempler; au Baptistère, les portes du Ghiberti et le mausolée de Donatello et Michelozzo ; à Santa Maria Novella, la Madone de Cimabue; à Sainte-Maria-de-la-Fleur, la coupole de Brunelleschi, audacieuse conception dont Michelet a dit : " Sans charpente, ni contre-fort, ni arc-boutant, sans secours d'appui extérieur, se dressa la colossale église simplement, naturellement, comme un homme fort se lève le matin de son lit, sans chercher bâton ni béquille. Et au grand effroi de tous, le puissant calculateur lui mit hardiment sur la tête son pesant chapeau de marbre, la lanterne, riant de leurs craintes et disant : Cette masse elle-même ajoute à la solidité."

Le Pâlazzo Vecchio, sorte de citadelle dans l'ombre de laquelle s'ouvre la fameuse Loggia dei Lanzi ; le palais

Strozzi, masse carrée que couronne une élégante corniche; le palais Riccardi avec ses assises farouches et ses fenêtres grillagées; le palais du Podestat qui ressemble à une Bastille; le palais Pitti avec ses entassements de matériaux ; toutes ces constructions où ça et là se révèle la préoccupation d'une race artiste, évoquent les luttes intestines, les assauts, les émeutes, les guelfes et les gibelins, toute une aventure historique ensanglantée. Et l'antithèse est curieuse de trouver là une aussi magnifique efflorescence d'art; les fresques de Giotto, le petit gardeur de moutons, la Madone de Filippo Lippi, les idéalismes de Botticelli, le naturalisme du Masaccio, les Rois Mages de Gozzoli, les bambini de Verrochio, les dessins de Lorenzo di Credi, la noblesse de Ghirlandajo, la grâce d'Andréa del Sarto.

On ne peut en quelques pages citer tous les trésors d'art que renferme Florence, le souvenir du visiteur s'attache surtout au St. Jean-Baptiste et au David de Donatello, aux bas-reliefs de Luca délia Robbia, au Paradis d'Orcagna, à l'Annonciation de Léonard de Vinci, au Printemps de Botticelli, aux fresques du Pérugin, au tombeau des Médicis par Michel-Ange dans la nouvelle sacristie de Saint Laurent, au Persêe de Benvenuto Cellini, au Mercure de Jean de Bologne, aux Vierges de Raphaël, à la Flora du Titien, à la collection de portraits des Offices, etc.

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