LES PREMIÈRES ANNÉES
Lorsque Guido da Vicchio naquit, en 1387, dans la petite ville fortifiée dont il a pris le
nom, la famille des Médicis commençait à avoir à Florence la suprématie qui devait être si favorable à l'art; Sylvestre de Médicis avait organisé " le Tumulte de Ciompi;" l'ère du gouvernement démocratique tirait à sa fin.
Au-delà de Florence les divers Etats italiens étaient en pleine discorde, le trône de Saint Pierre était ébranlé par un schisme. Pape et anti-pape luttaient l'un contre l'autre. Ce fut une période féconde en saints et en pécheurs, en hommes de plaisir et en ascètes.
Sans doute quelques échos de ces dissensions pénétrèrent dans les murs de Vicchio alors que Guido y était un petit garçonnet. Vivant dans une ville fortifiée, construite en vue de la guerre, apprenant les violences qui éclataient de toutes parts, il eut dès lors, par une antithèse
bien naturelle, l'esprit porté vers des préoccupations toutes opposées : son tempérament paisible, son âme de tendresse, le poussaient à fuir cette ambiance de luttes et de meurtres.
On peut supposer qu'au sortir de l'enfance il entra dans l'atelier d'un peintre de la localité et s'y découvrit des dispositions artistiques, mais on ne possède pas de renseignement exact. Le nom et l'histoire de ce maître ne présentent aucun caractère d'authenticité.
Déjà, à ce moment, dans Florence, les premières lueurs de la Renaissance littéraire brillaient parmi les factions en hostilité.
Les devoirs et les joies de la vie religieuse étaient proclamés avec ferveur et éloquence par un prédicateur de talent, Jean le dominicain, qui semble avoir voulu réformer les règles un peu relâchées de
son ordre. Il allait de ville en ville, à pied ainsi qu'un pèlerin, exhortant les pécheurs au repentir, les engageant à se joindre à lui, dans sa communauté, afin de quitter la route périlleuse et incertaine de la vie. L'art et la littérature étaient en faveur à Florence qui devenait peu à peu le centre d'un grand mouvement, mais il en résulta aussi une recrudescence de luxe, une immoralité flagrante.
Jean le dominicain prêcha-t-il à Vicchio ? Est-ce là ou dans une autre ville que Guido et son jeune frère Benedetto l'entendirent et furent touchés de la grâce? Peut-être, car il est établi qu'en l'année 1407, alors que Fra Angelico venait d'atteindre sa vingtième année, lui et Benedetto s'en allèrent sur la colline de Fiesole au couvent des Dominicains, et sollicitèrent leur admission dans l'ordre.