‹ Fractures du corps du tibia: Contribution à l'étude des fractures du corps du tibiaChapitre 4 sur 16 · MÉCANISME · texte numérisé non relu

MÉCANISME

Etudions le mécanisme de ces différentes fractures. Celui des fractures directes n'a pas lieu d’être expliqué. L’os se brise au point d'application de la force vulnérante. S'il peut finir devant elle, il y a fracture sans écrasement ; dans le cas contraire, il y a broiement, comme dans le cas où la jambe est prise entre le pavé et la roue d’une voiture chargée.

Les fractures directes ne peuvent être limitées à une région précise, car la force brisante, pierré, éclat d’obus, agit au lieu même d'application.

D'aprés Bougiat, la solution de continuité ne se fait pas toujours exactement au point d'application de la violence. Lorsque la résistance du tibia au point frappé est supérieure à la pression directe, la rupture a lieu en un point plus ou moins éloignée, où la cohésion des molécules osseuses est moindre. La fracture du tibia en apparence directe peut donc être une fracture par contre-coup.

Le mécanisme des fractures indirectes est un des points les plus intéressants du tibia. Elles se produisent de deux façons différentes, ou par flexion simple ou bien par flexion eltorsion.

Voici comment se font les fractures par flexion, Le pied

est pris dans un trou ou dans un marchepied, lhomme tombe à la renverse’ et son tibia se fracture entre les 2 forces qui agissent sur lui à chacune de ses extrémités, d’une part la résistance, qui maintient le pied, d'autre part le poids du corps qui agit sur l'extrémité supérieure de l'os. Il se brise à sa partie moyenne comme on fait d’une règle qu'on casse entre ses mains, sans point d'appui.

Il y a flexion libre et dans ce cas se produit la fracture en bec de flûte que nous étudierons à l'anatomie pathologique.

Mais il peut aussi y avoir fracture par flexion avec point d'appui, comme cela se passe quand on casse sur son genou une branche de bois trop résistante. C’est ainsi que cela peut se faire quand un homme tombé d’une échelle et a la jambe prise entre deux échelons. Le tibia appuie sur un des échelons et se fracture à ce niveau.

Il se produit dans ce cas une fracture transversale.

Les fractures du tibia, les plus graves, les plus intéréressantes, celles qui ont donné lieu aux plus de controverses, tantau point de vue de la pathogénie que du traitement, sont celles qui sont dues à la flexion combinée à la torsion. Ce sont les fractures en V, encore appelées fractures cunéennes, obliques, en pas de vis, spiroïides, par torsion, en Y, hélicoïdes. C’est à Leriche et à Tillaux que l’on doit la connaissance exacte de la façon dont elles se produisent. Un homme tombe, son pied est immobilisé pour une cause quelconque, inégalité de terrain, trou, bord d’un trottoir, le tronc tombe en avant ou en arrière, en même temps qu'il éprouve un mouvement de torsion brusque sur la jambe; et le tibia se casse. Ce n’est pas en tombant que le blessé se casse la jambe, mais il tombe

ARRAUTIN EE

parce qu'il a la jambe cassée. La flexion a déterminé une fracture en V, un V supérieur en saillie, un V inférieur en creux. La torsion va achever la fracture en lui donnant son cachet spécial, la fissure descendante. En effet par. suite de cette torsion le V supérieur presse latéralement sur les bords du V inférieur et fait éclater l'os. Sisur une pièce on met en place les deux fragments, et qui immobilisant le segment inférieur de la main gauche, on imprime de la droite au supérieur un mouvement de torsion, on trouve qu’en faisant subir ainsi à l’un des bords du V inférieur une pression latérale, on entr’ouvre la fissure.

Pour Koch et Biermann il serait inutile de faire intervenir la pression latérale des bords du V supérieur. En effet, pour eux, le tibia cylindroïde se romperait avec une longue fissure sous l'influence d'une forte torsion, comme tout corps cylindrique, sous la même influence, se rompt suivant une hélice.

Gosselin, pour expliquer la formation de la fissure, invoquait non pas une pression latérale, mais une pression verticale. Le fragment supérieur s’enfoncerait comme un coin dans le fragment inférieur et le ferait éclater, d’où le nom de cunéennes donné à ces fractures.

Houe] rejette l'explication de Gosselin.

[ n’admet pas l’écrasement du fragment inférieur par le fragment supérieur « laillé en lame d’épée mince et fragile. »

En somme, de toutes ces explications, celle de Tillaux et Leriche reste comme la plus plausible.

Nous ne terminerons pas ce chapitre du mécanisme, sans dire un mot des opinions diverses qui ont été émises sur le mode de production des fractures intra-utérines.

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