‹ Fragmens philosophiquesChapitre 1 sur 27 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Les morceaux qui composent ce volume, bien que présentés au public sous la forme de fragmens, ont été écrits de suite, sous l’empire d’une pensée unique, et conçus comme des parties d’un même système philosophique. Cependant la difficulté de traiter convenablement dans toute son étendue l’immense sujet qui s’offrait à sa pensée, a déterminé l’auteur à aborder, dans des essais détachés, les points les plus importans de ses recherches, sans s’astreindre à les lier toujours entre eux de manière à les fondre dans un tout harmoniquement disposé.

Proposer une solution complète du grand problème qui consiste à reconnaître et à déterminer les origines réelles des croyances et des opinions de l’humanité; exposer les antéoédens historiciues de cette question; montrer comment les travaux des différentes écoles philosophiques, en ont préparé et avancé la solution; telle eût été l'ambition de l’écrivain, si ses forces eussent répondu à ses désirs. Pénétré du sentiment de son impuissance vis-à-vis d’un si grand ouvrage, il se contente d’offrir au public le produit de ses méditations sur ce vaste sujet, sans se laisser décourager par la nécessité où il s’est trouvé, de laisser dans la série de ses déductions des lacunes nombreuses, et d’effleurer à peine beaucoup d’importantes questions.

Cherchant principalement à s’éclairer lui-même, en appelant sur des problèmes aussi délicats que graves, l’attention des rares amis des sciences purement spéculatives, il a pensé que son livre aurait une unité suffisante en vertu de l’idée principale, sous l’empire de laquelle il était conçu.

11 doit ajouter à cette explication préliminaire, une observation sur le sens d’une expression qui s’est rencontrée bien souvent sous sa plume. En proclamant le besoin d’une philosophie transcendante, il n’a pas entendu désigner exclusivement par cette expression la doctrine de Kant, à laquelle l’usage de certains écrivains paraissait avoir restreint cette

épithète. Tout en reconnaissant la portée du génie do ce profond penseur, nous ne pourrons jamais admettre qu’il ait trouvé une solution complète et définitive du problème de l’origine des connaissances humaines. Sa doctrine nous paraît môme fort défectueuse en plusieurs points capitaux; mais nous croyons utile de conserver dans la science les expressions de principes transcendans , et de questions transcendantes, locutions expressives qu’il a, plus que tout autre, contribué à mettre en usage.

11 faut néanmoins restituer à ces mots leur acception propre. Transcenderez en latin, signifie dépasser, et nous appellerons transcendant tout ce qui est supérieur, ou simplement antérieur k l’expérience ; soit un principe qui rende l’expérience possible , soit une formule qui, dépassant l’expérience, embrasse dans son application non seulement le monde réel, mais encore le monde infini des possibilités idéales.

Nous emploirons donc ces expressions dans un sens fort différent de celui auquel Kant a voulu les restreindre. Nous appellerons transcendant, non pas ce qui dépasse les bornes de notre connaissance, mais sinV plement ce qui dépasse celles de notre expérience, et que néanmoins nous pouvons souvent légitimement affirmer en vertu d’un principe supérieur.

Nous nous félicitons, en môme tems, de ce qu’un fréquent usage a fait perdre k ce mot toute apparence étrange et technique, ce qui rend plus facile

son introduction dans le langage habituel. En effet, l’emploi de cette expression, souvent commode, parfois indispensable, nous paratt à l’avenir devoir faire partie du langage commun à tous les philosophes, et ne plus pouvoir servir à caractériser une école particulière qui en a introduit l’usage, mais n’a pourtant pas pu en faire sa propriété exclusive.

m MARCHE ET LE CARACTÈRE GÉNÉRAL

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