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I.c philosophe élevé dans l’incrédulité, et cherchant de

bonne foi la vérité, ne peut ici en appeler à sa propre expérience; mais celle des autres peut lui servir. S’il voit des hommes pratiquer avec facilité et joie des vertus difflciles; s’il en voit d’autres, d’abord coupables et même criminels, changés, et en quelque sorte transformés par le repentir; s’il voit surtout s’accomplir sans regret de grands et héroïques sacrifices, marqués au coin d’un total dévouement de soi-méme; et si les hommes qui lui offrent ce spectacle extraordinaire, assurent hautement, que ce u’est point par des efforts extrêmes de volonté qu’ils sont parvenus à ce but, mais par l’influence d’un sentiment inspiré à la suite de la pratique du culte chrétien; alors la pensée ne doit-elle pas reconnaître qu’il y a dans ces cérémonies chrétiennes, en apparence, ineflicaces, une puissance cachée, mais indubitable, qui agit sur le cœur et la volonté de l’homme?

Or, répéterons-nous encore, ce seul point une fois admis, toutes les autres déductions n’ofl'rent que des difficultés facilement surmontables: la logique nous fournit des moyens victorieux d’y rattacher tout le système chrétien.

Il n’y a réellement de pénible et de difficile pour la raison, que le premier pas; celui par lequel, pour parler l’ancien langage des écoles, elle passe de l’ordre naturel à l’ordre surnaturel, ou, comme nous dirions aujourd’hui, des vérités philosophiques aux vérités purement religieuses.

Mais notons bien que le christianisme lui-méme a constamment proclamé la difficulté de ce passage, qu’il attribue bien moins à l’évidence de ses preuves, qu’à une prédisposition morale du cœur. Il entre, nous est-il dit, dans l’ordre de la Providence, que les preuves du christianisme

ne forcent pas l’intelligence comme des preuves matliématiques, mais qu’il faille un cœur droit et pnr pour les trouver claires et resplendissantes de lumière, tandis qu’elles doivent rester obscures et ténébreuses pour celui qui fait le mal, et par conséquent redoute la lumière (1).

Ainsi, tandis que les sociétés antiques ont abandonné le paganisme, sur la foi des miracles qui accompagnaient la promulgation de la nouvelle doctrine , il pent se faire aujourd’hui , et il doit arriver fort souvent , que des sceptiques modernes, revenus au christianisme, finissent par croire aux miracles de l’Evangile, sur la foi que leur inspire le sentiment de la sainteté de ses doctrines et de l’efficacité de son action pénétrante. Cette marche nous parait être de beaucoup la plus praticable pour réveiller la foi assoupie des incrédules de notre siècle; car nul témoignage historique ne peut avoir à leurs yeux assez de valeur pour établir la réalité d’un miracle, tant qu’ils regardent a priori tout miracle comme absolument impossible. Pour convaincre de pareils esprits, le spectacle de la puissante action que le christianisme a exercée et exerce toujours sur les âmes qu’il remplit tout entières, fournit un genre de preuves internes et intimes, qui doivent exercer plus d’influence, que toutes les preuves historiques, qu’il était peut-être convenable dans d’autres tems de placer en première ligne.

Cependant, s’il est vrai que la moralité et la bonté du chrétien, forment pour les incrédules une des preuves les plus fortes de la vérité du christianisme, et nous ajouterons

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encore, la seule accessible aux esprils dénués d’une insstruction assez étendue pour apprécier la valeur des té' moignages historiques; il est également nécessaire de s’attacher à exposer dans tout son jour le critérium négatif de la doctrine chrétienne, c’est-à-dire, à montrer sa cohérence et son analogie avec les principes de la raison. £n effet, quoique ces deux dernières conditions ne snfllsent pas pour établir une démonstration complète, si elles manquaient réellement, nulle preuve de fait ne pourrait étayer une doctrine défectueuse par elle-même.

Ainsi l’oflice et le devoir de l’apologiste chrétien se trouve nettement établi. S’agit-il du dogme lui-méme, il serait absurde de vouloir prouver, par des moyens naturels, ce qui nous est donné comme naturellement caché. La possibilité et la cohérence de la doctrine sont tout ce qu’il s’agit d’éclaircir; il faut montrer que l’on ne croit rien d’absurde, mais non pas que l’on ne croit rien de surnaturel. S’agit-ii de prouver le fait de la révélation, l’apologiste doit changer de rôle. Si jusque-là il s’était tenu sur la défensive, se limitant surtout à parer les attaques, maintenant c’est à lui à prouver, à établir, non pas, prenons y bien garde, une théorie, mais un fait; ce qui peut se faire de plusieurs manières, suivant les circonstances où l’on se trouve, et les personnes auxquelles on s’adresse.

Kéciproquement, le philosophe de bonne foi n’a pas le droit de rien exiger de plus. Sa raison ne lui fournit aucun principe, d’après lequel il puisse déclarer impossible tout ce qui sort do cours ordinaire de la nature; s’il peut douter de la réalité d’une révélation, il ne peut p^iint en nier

la possibilité. Une saine philosophie sent à cet égard sa faiblesse et son impuissance; par conséquent elle prouve à l’homme qu’il n’est point en droit de montrer à ce sujet un orgueilleux dédain , en traitant d’inventions et de fables, tout ce que les hommes religieux font profession de croire sur une manifestation directe de Dieu à l’homme.

Les progrès de la philosophie doivent donc éclaircir graduellement des questions qui , trop souvent mal posées, ont amené des luttes déplorables et interminables entre des adversaires qui ne pouvaient s’entendre. Il importe de déterminer clairement le caractère particulier des preuves du christianisme; d’établir que, s’agissant d’une doctrine qui proclame la nécessité de lu fui , il est contradictoire de lui demander ce genre de preuves que l’on nomme évidentes, et qui forcent l’assentiment de tout esprit, à ce litre seul qu’il est intelligent. Si cette vérité fort simple était plus généralement connue , on ne verrait pas un zèle amer et mal dirigé porter plusieurs défenseurs du christianisme à prodiguer à leurs adversaires des injures qui ne peuvent que les aigrir. On ne verrait pas non plus des incrédules croire triompher en développant des objections qui leur paraissent victorieuses, et qui n’ont souvent aucune valeur logique, parce qu’en établissant que les preuves du christianisme n’ont pas le caractère de l’évidence mathématique , on n’ébranle nullement les fondemens de la doctrine chrétienne. On ne fait que confirmer par là ce qu’elle même a enseigné aux hommes, dès son principe, sur la nécessité préalable d’un cœur pur et de la grâce divine, pour accorder à ses preuves cet assentiment plein et entier que l’on nomme la foi.

Quand ces principes seront généralement reconnus et professés, et que le champ de la discussion sera ainsi clairement déterminé, et resserré dans ses bornes légitimes, l’esprit d’aigreur et de haine qui envenime bien souvent les controverses religieuses, devra nécessairement se dissiper et s’évanouir. Deux hommes raisonnables, discutant de bonne foi , doivent toujours nécessairement aboutir, si non à se persuader, du moins à reconnaître et à coml>rendre la cause de leur dissidence , qui ne peut jamais être, pour des esprits bien faits, un juste sujet d’amerlume et de haine, mais uniquement une cause de regrets et de chagrin.

Mil

DE LA TENDAINCE ACTUELLE DE L’ESl’RIT HUMAIIV VERS UN RETOUR AUX DOCTRINES CHRÉTIENNES

Nous venons d’achever la rapide revue que nous avions entreprise des fundemens des croyances humaines. Nous avons réduit à trois principes la source de toute vraie connaissance possédée par l’horntiic. Nous avuns reconnu que ces trois bases étaient le témoignage des sens, l’intelligence elle-inème avec ses principes transcendans supérieurs à l’expérience, et enfin, la foi religieuse.

La sensibilité et l’iutelligencc sont essentielles à l’homiiie, innées en lui, et on ne peut le concevoir sans ces facultés |)riinitives. La foi religieuse n’est nullement innée; mais, inoculée dans notre àme, elle nous vient du dehors. A cette nécessilé d’une liansmission de la foi se rattache

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la doctrine qui montre dans le christianisme, non seulement un système harmonieux de vérités spéculatives, mais un moyen assuré de rectifier la volonté et toutes les tendances pratiques de l’homme.

Maintenant , il nous reste à nous demander si la doctrine que nous venons de développer, a des chances probables de rallier à elle les esprits, dans leurs dispositions actuelles, et si les tendances de la philosophie moderne semblent indiquer que l’on puisse l’amener à reconnaître des dogmes, envers lesquels elle professe encore une certaine répugnance.

Pour répondre à cette question, il faut s’élever un peu haut par la pensée , et considérer dans son ensemble l’histoire de la philosophie européenne. Noos croyons que le spectacle qu’elle présente, doit inspirer une confiance qui n’a rien de téméraire, dans les résultats de la marche <jue cette philosophie suit aujourd’hui.

Tout dans ce monde semble soumis à la loi du développement. Cela est surtout vrai dans l’empire des intelligences, parce que la pensée de l’homme s’empresse toujours d’ajouter de nouvelles conséquences à la chaîne des déductions qu’elle a déjà tirées de ses principes. De là vient que les vérités comme les erreurs sont toujours fécondes, les unes pour le bien, les autres pour le mal. Seulement le progrès dans la vérité est illimité et indéfini ; le progrès dans l’erreur a toujours un terme nécessaire, parce que l’erreur en grossissant devient de plus en plus visible , et qu’elle finit par se heurter contre les principes premiers et indestructibles de l’intelligence.

L’histoire géiiérale de la pensée des tiges inodeinos.

nous présente d’éclalans exemples k l’appui de ce [»rincif>e. Ainsi, cette histoire, ramenée à son expression la plus simple, s’est résumée pour nous en une immense réaction contre le principe d’autorité qui avait présidé au travail d’organisation de la société nouvelle, quand celle-ci renaissait des ruines du monde Romain tombé en dissolution sous le poids de ses vices et les coups des barbares.

Dans cette réaction il y avait, comme il y a toujours dans les grands mouvemens de l’humanité, une part légitime, et une part k assigner k la passion, k l’entrainement et k l’erreur. Sans doute, l’individualité avait souvent été beaucoup trop comprimée et en quelque sorte écrasée dans le moyen âge. Le bras de fer du baron féodal avait souvent pesé d’un poids intollérable sur les intérêts privés; comme la suffisance orgueilleust^ des docteurs des universités, sur les intelligences qui cherchaient k se développer dans des routes nouvelles.

Mais la fougue impétueuse d’un esclave brisant ses fers, comme celle du jeune homme qui échappe avec transport aux restrictions de l’autorité paternelle, ne savent guères se contenir dans de justes limites. De la liberté k la licence, le passage est glissant. La pensée européenne se précipitant avec ardeur dans la voie de l’indépendance abs(»lue, devait arriver jusqu’au dernier terme possible k atteindre dans cette carrière; elle devait aboutir au scepticisme absolu, et elle y aboutit en eftét.

Le scepticisme pourtant n’offre point k l’esprit humain un point de repos. Porté trop loin , c’est la mort de l’intelligence; il détruirait la [>ensée en niant toute vérité. Il fallait dune aviser k rebâtir sur de nonveanx fondemens

l’éditice ébraulë des cruyances de l’Iiuiuauilé. Descartes fut le premier organe de celle nécessité; il ténia d’élablir scienliüquement cet éditice sur un terrain déblayé par le doute méthodique; mais il avait devancé son siècle: le moment où le scepticisme absolu devait atteindre toute sa puissance éphémère, n’était pas encore venu. Aussi la philosophie Cartésienne conserva-t-elle, des anciennes traditions et des autorités longuement vénérées, bien plus de souvenirs qu’elle ne se l’avouait elle-même.

Locke vit avec raison que l’œuvre était k recommencer! il l’entreprit de rechef; et, comme il était naturel de s’y attendre, des trois sources des connaissances humaines, «Mi fut surtout à la plus ap{>arente qu’il s’attacha. Il reconnut l’importance de la sensation; mais, méconnaissant presqu’entièrement celle de rinlelligence elle-même, il ne sut point apercevoir la nécessité des principes transcendans supérieurs à l’expérienee. Quant k la troisième source de nos notions, la foi religieuse, il la négligea entièrement.

Il fallut quelque teins i>our que l’insuflisance de l’école sensualiste fût mise en plein jour. Cela arriva néanmoins «piand elle eut dit son dernier mot par la bouche d’Helvétius, de Saint Lambert , de La-Meltrie et d’autres esprits de la même trempe. On vit clairement alors qu’elle ne pouvait expliquer les faits de la nature humaine, et qu’elle aboutissait k des paradoxes qui révoltaient le sens commun. Alors s’éleva une nouvelle philosophie, qui consentit k tenir compte de la seconde source de nos connaissances, et qui admit la réalité des principes Iranscendaus de l’intelligence, en les appelant successivement, vérités premières,

principes du sens commun, formes de l’enlendement. Celte école rationualisle a reiu|x>rté aujourd’hui une victoire pleine et entière sur le pur sensualisme. Celui-ci ne compte plus que de ces adhérens routiniers, qui restent toujours attachés aux débris des causes perdues, comme on rencontre toujours des trainards à la queue des armées en déroule.

Mais la philosophie rationnaliste, enivrée de son triomphe, et dans l’exaltation de ses succès, ne s’aperçoit pas encore de son insufûsance. Que lui manque-t-il cependant? Rien lie plus que de reconnaître encore le troisième point de départ de la pensée. Sans répudier aucune des deux sources du savoir qu’elle sait déjà distinguer, elle doit encore se convaincre qu’il s’en trouve une troisième dans la fui religieuse.

Déjà le raliunnalisme reconnaît la nécessité d’une foi. Kant, Fichle et leurs successeurs, l’ont hautement proclamée. Mais cette fui, ils veulent qu’elle résulte d’un élément inné et naturel de la jiensée, tandis que le christianisme lui assigne une origine surnaturelle, et enseigne qu’elle a besoin d’èlre inoculée à l’homme par une action extérieure.

Comment se videra cette grande question ? L’ex[)ériencc est le seul moyen auquel on puisse en appeler. Que l’on nous montre l’enseignement du pur raliunnalisme religieu.x l>roduirc une foi vive et active , source de vertus admirables et de dévouement sublime; que la prétendue foi rationnelle opère les prodiges que depuis dix-huit siècles la foi chrétienne opère dans les âmes croyantes, et alors nous reconnaîtrons au rationnalismc le droit de se poser en

anlagüiiistc du ubrisliauisme , duiit il pourra se dire le rival el l’éniule.

Mais nous pouvons prédire sans lémérilé les résultats de cette épreuve. Autant le rationnalisme a eu beau jeu en combattant le sensualisme, autant il est condamné à montrer de faiblesse toutes, les fois qu’il tentera sérieusement de donner à lui seul une solution satisfaisante et complète du grand problème de la destinée bumaine. Cette impuissance radicale du rationnalisme nous parait sullisamment démontrée par l’bistoire de la philosopbie moderne. Il y a sans doute beaucoup de choses à reprendre dans le système de Kant; mais depuis le jour où ce penseur , aussi profond que bardi , proclama hautement que la pure raison était incapable de répondre un seul mut à la grande question qu’implique cette destinée, tout ce que l’on a essayé et tenté à cet égard, n’a fait que mettre dans un jour plus clair que là se trouve une énigme dont la raison, réduite à ses propres forces, n’a pas, et ne l>eut point trouver le mot.

Pourquoi l’homme est-il ici bas? Quel est le rùle qu’il y joue? Quel est le vrai but de sa destinée? Qu’a-t-il à espérer ou à craindre au-delà du tombeau ? Voilà de ces questions capitales, sur lesquelles l’humanité ne peut rester indilTércntc; qu’il faut nécessairement qu’elle s’adresse; sur lesquelles un besoin impérieux l’oblige à avoir des convictions précises et une doctrine arrêtée.

Nous ne saurions mieux peindre cette im|)éricuse nécessité, qu’en empruntant ici les vives expressions d’un rationnalistc moderne d’un talent distingué. Dans la leçon que nous avons déjà citée sur le problème de la destinée

humaine, M. JouttVoy s’exprime ainsi: « U n’y a pins de R repos pour l’humanité, du jour où elle ne possède plus •< une solution , qu’elle puisse regarder comme vraie, du « problème de sa destinée. Et, en effet, comment voulez- « vous que l’homme vive en paix , quand sa raison, chargée « de la conduite de la vie, tombe dans l’incertitude sur « la vie elle-mème, et ne sait rien de ce qu’il faut qu’elle <' sache pour remplir sa mission ? Comment vivre en paix,

« quand on ne sait, ni d’où l’on vient, ni où l’on va, ni « ce qu’oii a à faire ici bas; quand on ignore ce que signi- « fient et l’homme, et l’espèce, et la création ; quand tout « est énigme, mystère, sujet de doutes et d’alarmes? R Vivre en paix dans cette ignorance est une chose contra- « dictoire et impossible. Si quelques hommes à force de U distraction et d’insouciance , peuvent s’endormir dans « une telle situation, c’est une exception qui n’atteint pas « les masses. Dès que le doute les envahit, elles s’agitent; « elles ne retrouvent la paix que quand il a disparu (1) ».

Voilà donc deux faits capitaux que l’état actuel des connaissances philosophiques a mis dans le plus grand jour: l’un, que le rationnalisme est inhabile à donner une solution complète du problème de la destinée humaine; l’autre, que l’humanité ne peut se reposer dans l’indifférence et le doute sur une question si vitale. Il est une

(I) .Mt'Ianges pliilosophiqiics par Théodore JoulTrov. Paris 1833, page 481. Nous devons ici déplorer haulemeiU que le morceau dont nous avons extrait ces paroles, qut est si remarquable par la gramieur des pensées cl la mâle éloquence de son slj le, se termine par une assertion aussi fausse que celle qu’émet l'auteur, en avançant que le christianisme se relire des esprits <à mesure qu’ils s’éclairent en philosophie.

Iruisiëine vérité qui u’u pas besoin de dévelupi>eniens, el dont tout homme éclairé est aujourd’hui cunvaiucu; c’est que de toutes les religions qui régnent sur la surface du globe, une seule , et c’est le christianisme, se concilie et s’accorde parfaitement avec la raison. Non que la raison seule suffise sans la foi, à établir la vérité de la doctrine chrétienne, mais parce que celte doctrine religieuse est la seule où la raison ne puisse relever, ni absurdité, ni incohérence.

Or, de ces trois faits importans, une conséquence découle nécessairement. C’est qu’on peut affirmer sans crainte, qu’un retour de l’opinion publique européenne vers les pures doctrines du christianisme, est dans la nature et dans la foice des choses; que les lois immuables de l’esprit humain noos y appellent; et cpie les indices nombreux qui depuis plusieurs années semblent présager ce retour, ne sont pas des phénomènes passagers et éphémères, mais qu’ils ont une profonde raison philosophique qui en garantit la continuation et la solidité.

11 est d’ailleurs visible, aux yeux de tous les obsen ateurs qui ne s’arrêtent point à la surface des choses, que le grand mouvement de réaction contre les autorités vénérées au moyen âge, el contre les institutions de cette éi>oque, s’est profondément modifié. Il subsiste encore dans les masses; l’ordre politique se ressent encore violemment de son influence; mais il a entièrement cessé dans les hautes régions de l’intelligence.

Les penseurs sentent aujourd’hui que le premier besoin de la science est de tout comprendre et de tout expliquer; que |M)ur arriver à ce but , il faut accepter les faits

(le l’Iiisloire, tels (ju’ils se sont accomplis ; que pour bien apprécier le passé il ne faut avoir envers lui ni haine, ni colère; enlin, que c’est |H>ur les hommes loyaux, d’opinions différentes, lorsqu’ils se trouvent en contact, un devoir positif de chercher à se comprendre, afin de ne pas se calomnier, lors même que l’on n’a pu s’accorder.

Or, cet esprit d’équité et d’impartialité, ne peut rester long-teius confiné chez les penseurs d’élite. L’opinion générale suit toujours, quoique de loin, la marche des intelligences supérieures. Les vérités importantes descendent l>eu-à-peu dans les masses, après avoir éclairé les esprits philosophiques qui forment l’avant-garde de l’espèce humaine sous le rapport des doctrines.

Maintenant nous voyons la saine philosophie aboutir à un aveu sincère de son insuffisance à l’égard de la solution du grand problème de la destination de l’homme. Nous ne lui en demandons pas davantage. Quand les masses en seront là ; quand il n’y aura de choix raisonnable laissé à l’homme, sinon entre un doute absolu sur cette grande question, ou l’acceptation sincère de la solution présentée par le christianisme, nous en attestons la nature humaine et ses indestructibles tendances, ce n’est pas dans le sein d’un pareil doute que les peuples pourront jamais se reposer.

La philosophie du doute sur les grandes questions de la murale et de la religion, est condamnée par sa nature même, à ne [miivoir exercer sur les intelligences et sur les cœurs un empire stable et permanent. Le doute sur c('s points capitaux détruit en effet ces sentimens <jui sont la vie morale des âmes, cl qui leur indi(]ueul seuls

un but supérieur à l’ulilité materielle et immédiate, lin pareil scepticisme a pour symbole le Sphynx de la fable. C’est un monstre intellectuel, dont la puissance s’exerce en dévorant la vie morale des hommes qui, après l’avoir écouté et avoir pris plaisir aux çnigmes qu’il pose, ne peuvent ensuite arriver à en trouver une solution satisfaisante. Agent rédoutable de destruction, il peut désoler l’humanité, mais non la gouverner.

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CONCLUSIOIN

La philosophie, appliquée à l’histoire de l’huraanilé, nous inoutre les grands événemens sociaux et les vicissitudes de l’ordre politique, entièrement déterminés par les idées. Les idées elles-mêmes nous paraissent se succéder et s’enchaîner d’après des lois régulières et positives, que plusieurs écrivains modernes nomment fatales, mais que nous tenons pour providentielles.

Noos avons essayé, dans ces faibles essais, de montrer par quelles causes secondes, et par quelles voies, la Providence nous paraît aujourd’hui ramener les esprits aux doctrines chrétiennes, après avoir permis, dans des vues profondes, que les fondemens de toutes les croyances humaines subissent une épreuve redoutable et décisive, en passant au creuset du doute et du scepticisme.

Sincères partisans des progrès de l’intelligence et de riuimanité, nous croyons que là se trouvent les vrais et solides progrès auxquels le monde est réservé. Nous acceptons de la bouche du rationnalisme moderne Taveu que le christianisme est bien loin d’avoir accompli sa mission sur la terre. ’ Nous pensons avec lui que cette ‘ mission consiste à achever l’éducation du genre humain, surtout sous le rapport moral (1). Mais nous nous séparons de lui, en ce que c’est dans un autre ordre de choses, entièrement nouveau , que nous espérons recueillir les fruits de cette éducation.

Nous croyons toujours, comme on l’a cru dans les siècles de ferveur, que l’homme est un voyageur sur cette terre, et que sa vraie patrie est ailleurs. Nous en concluons que l’éducation du genre humain ne sera Unie, et que le christianisme n’aura accompli sa mission, qu’à cette grande époque, qui nous est annoncée comme la fin des tems, où les hommes n’auront plus besoin d’enseignemens de leurs semblables, parce que tous ils connaîtront la vérité sans figures et sans voiles (Ü); où ils n’auront plus besoin de temples et de symboles, parce que le sentiment de la présence du Dieu vivant régnera dans tous les cœurs (5). Mais alors aussi il faudra que tout soit renouvelé (4), qu’un soleil plus brillant éclaire

(1) Voyez les Mélanges philosophiques déjà cités, par M. JoufTroy. Page 49o.

(2) Et non docebit ultra vir proximum suum. . . otnnes enim cognosceni me a minimo eorum mque' ad maximum, ait Dominus. Jerem. cap. XXI , vers. 34.

(3) Et templum non vidi in ea , Dominus rnim Drus omnipotens teinplum ittius*est. Apoc., cap. XXI, vers. 22.

^1) Eccfi nom fado omnia. Apoc., cap. XX ( , vers.

ce monde rajeuni (1), et que les âmes, désormais en possession d’un bonheur immuable, aient retrouvé des corps immortels.

Cependant, s’il est incontestable que la vertu consiste principalement dans le désintéressement, et que le bien moral forme sa préoccupation exclusive, il est vrai également, que la Providence dispose les choses de manière à ce que le bien-être et la prospérité suivent ordinairement la pratique de la vertu, même dans l’ordre actuel de l’univers (St). Une société qui serait profondément morale, jouirait donc sur la terre d’un lot, non point parfait, mais très-enviable, de tranquillité et de bonheur. Or c’est là ce que nous espérons pour l’avenir terrestre de l’humanité.

A mesure que des saines doctrines morales et religieuses pénétreront davantage dans l’esprit des peuples, on verra s’approcher ces jours heureux annoncés par l’écriture, où les peuples de la terre changeront le fer de leurs épées en socs de charrues , et celui de leurs baïonnettes en faucilles de moissonneurs(3). Alors ils se tendront l’un l’autre une main fraternelle, et contracteront une alliance vraiment sainte , fondée sur la justice, les lumières et la bienveillance.

Les haines et les rivalités nationales, qui déjà commencent à s’affaiblir et à s’effacer chez les peuples les plus civilisés, auront alors entièrement disparu; la prospérité

(1) Et crit lux limae siciit lux aolis, et lux tolia erit aeptempliciter. Is, cap. XXX, vers. 26.

(2) Quaerite primum regtium Del et jualitiam ejua, et haec omnia adiicientur coWs.Luc., cap. XII, vers. 31,

(3) Conflabunt gladioa auos in vorneres, et lanceaa auas in falcea: non levabit gêna contra gentem gladium, nec exercelmntur ultra ad praelium. Is. cap. Il , vers. 4.

des uns ne formera plus pour les autres un objet d’envie; et si une calamité publique vient encore affliger une nation quelconque, toutes les autres déploreront ce malheur.

Le philosophe ne dira point ici avec le poëte sublime de Mantoue ; Que je serais heureux de voir luire un pareil jour (1)! Non; nous devons savoir que nos cendres auront long-tems réposé dans la tombe, quand cette pérspective de bonheur se réalisera. Mais dès aujourd’hui on peut l’entrevoir, en étudiant les destinées de l’humanité à l’aide des lumières de la philosophie et de celles de la religion. Tout esprit pénétré de ces lumières doit ressentir une joie pure et sans mélange, en prévoyant cet état heureux (pii doit un jour se réaliser au proût de nos arrière-neveux.

O! m>hi lam longafi manenl pars ulthna vitae! Virgll. Églogue 4.

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