‹ Fragmens philosophiquesChapitre 26 sur 27 · DES PREL'VRS DU FAIT DE LA RÉVÉLATION · texte numérisé non relu

DES PREL'VRS DU FAIT DE LA RÉVÉLATION

La révélation devant nécessairement être un fait réel, mais en même teins surnaturel, sa vérité ne peut être prouvée ni par des considérations tirées uni(|ueiiient de l’ordre métaphysique et des idées, ni par l’étude de la nature. La réalité d’un fait ne se prouve que [lar des témoignages, ou par d’autres faits nécessairement liés avec celui qu’il s’agit de prouver. Or, la doctrine chrétienne forme un système de vérités si intimement connexes, et s’impliquant si nécessairement les unes les autres, qu’il suffit souvent d’en prouver une, pour que toutes les autres se trouvent srilideinent établies.

Ainsi l’établissement du christianisme nous esNil représenté comme opéré au moyen de miracles qui ne prouvaient directement qu’une seule chose, la mission divine de ses premiers apôtres; mais cela une fuis admis, tout le reste s’en déduisait nécessairement. Aujourd’hui que nos yeux ne sont plus frappés par le spectacle de pareils prodiges, pour arriver à une conviction raisonnée, il se présente d’autres moyens, qui sont peut-être propres à frapper les esprits dans leurs dispositions actuelles. En effet, dès que l’on sort des preuves de cette nature irré- . fragable qui caractérise l’évidence mathématique, il faut s’attendre à ce que, suivant les antécédens des ditl'érens individus, ils soient plus ou moins accessibles aux argumens qu’on leur présente pour faire naître en eux une complète conviction.

Les nombreux et habiles apologistes du christianisme, jusqu’ici ont surtout insisté sur les preuves historiques, qui par leur nombre, leur harmonie et leur ensemble, ont réellement une grande puissance pour déterminer l’assentiment de la pensée. Mais précisément, parce que c’est là un sujet rebattu, et en quelque sorte épuisé par tout ce qui a été dit de solide à cet égard, nous n’insisterons pas sur ce point. Nous préférons nous attacher à relever l’importance d’un autre genre de preuve, qui peut conduire an même résultat par une voie différente; qui a été moins souvent indiqué; et qui, pour certains esprits, peut même avoir plus de valeur et de force que toutes les preuves historiques..

Nous avons vu que le christianisme se propose à l’humanité, non pas seulement comme une doctrine donnant

la vraie sctiulion du problème de la destinée humaine, mais surtout comme un moyen assuré d’arriver à l’accomplissement de cette destinée. Nous avons dit que la doctrine chrétienne pose comme donnée fondamentale, la néces.sité d’une première grâce, qu’il est impossible de mériter, mais que l’on peut infailliblement attirer sur soi par le moyen de certaines cérémonies, qu’il a plu à Dieu de rendre eflicaces, par un acte de sa volonté entièrement libre, et nous oserions même dire totalement arbitraire. Nous avons remarqué que la doctrine de la grâce serait cruelle et inhumaine, si elle n’avait pour complément, nous dirions presque pour correctif, celle des sacremens; car il serait désolant pour l’homme de penser qu’il ne peut être heureux sans une faveur du Ciel, qu’il est absurde de prétendre mériter, puisqu’elle doit être un don gratuit, et que l’on ne pourrait d’ailleurs être assuré d’obtenir.

Mais ce fait mystérieux de l’eOicacité des sacremens, est tellement lié à toute la doctrine chrétienne, qu’une foi admis, tout le reste s’établit sans une grande dilTiculté. Or, c’est là un fait qui est susceptible d’être constaté |tar l’expérience, seule voie de prouver les vérités de fait.

Ainsi , le chrétien assailli par des doutes philosophiques, peut à bon droit faire un appel à sa propre expérience, et fixant son attention sur le pouvoir moralisant qu’à une époque antérieure de sa vie exerçaient sur lui les pratiques de son culte, il peut y reconnaître un indice certain de l’efficacité de ces pratiques, et par là même se convaincre de la réalité de l’action mystérieuse qu’il a appris à leur attribuer.

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