QUATRIÈME
ALPHABETH ZODIACAL.
XLn examinant l'alphabeth de la langue hébraïque , en étudiant la signification de chacune de ses lettres, la première observation qui devait se présenter , et cependant celle à laquelle personne , je crois , n'a pensé, pas même Court de Gébelin , c'est que ces caractères conservent les élémens d'un alphabet zodiacal ; alpbabeth par conséquent primitif, antérieur à celui de vingt-deux et même de seize lettres.
La tradition avait transmis aux Cabalistes une idée confuse de ce fait; mais il paraît qu'ils ne purent retrouver les véritables caractères alphabétiques du zodiaque , puisqu'ils les prirent des lettres qui entrent dans la composition de ces trois noms donnés à la Divinité.
IÉ ALÈIM TzBAUT
U Eternel -Dieu-de s armées.
On sait que par armée les anciens entendaient ici l'ensemble des constellations. L5 Éternel - Dieu - des armées était V Eternel- Dieu -du ciel ou des astres. Dieu fit au commencement V armée du ciel , dit Moïse ( Genèse 2 , v. i ). « Veillez sur vous, dit-il aux » Hébreux ( Deutéronome 4 y v- *9 ) > de » peur qu'élevant vos yeux vers le ciel , et » qu'y voyant le soleil , la lune et les étoiles » qui sont toute l'armée des deux , vous ne » soyez poussés à vous prosterner devant eux » et à les adorer. »
L'erreur dans laquelle tombèrent les Cabalistes était , en quelque sorte , excusable , puisque la langue hébraïque était, en grande
partie, une langue mystique et formée hiéroglyphiquement, puisqu'une tradition orale de cette composition avait existé , et puisqu'enfin , dans cette langue, tout semblait se rapporter à la Divinité*
M. Gervais de la Prise , frappé sans doute de la signification attachée au nom de la premièrelettre de 1'alphabeth hébreu (i), publia, en i8o3, un ouvrage, intitulé: jiccord du livre de la Genèse avec la Géologie et les monurnens humains , et s'efforça d'y prouver, entre autres choses singulières et paradoxales^ que les douze premières lettres de l'alphabeth ont servi , dans l'ordre qu'elles suivent , de dénomination aux douze signes du zodiaque. Outre l'inconvénient qu'avait ce système de ne point constituer un alphabet , l'auteur se vit contraint de recourir à des explications tellement forcées , qu'elles paraissent absurdes.
A-leph étant le nom du signe du Taureau ; ^ selon lui ,
B-eth appartient aux Gémeaux; et la preuve 3 qu'il en donne, c'est que Beth est la seconde lettre de l'alphabeth , et que les Gémeaux ,
H, A-leph, le Taureau,
( ,34) composés de deux êtres, sont le second signe du zodiaque.
* G-uimel est l'écrevisse , parceque l'auteur
voit un G figurer au troisième signe du zodiaque.
7 taleth est le lion , parceque Del ou Delch
signifie, dit-il, imprimer la crainte, attaquer avec chaleur.
H E-e est la Vierge, parceque E entre dans
le nom d'Eve , la première femme , et par conséquent doit désigner la femme.
1 U, qu'on prononce 'vau , est la balance ,
parceque cette lettre désigne un crochet, et qu'on croche la balance pour peser.
•5 Z, est le scorpion , parcequ'on nommait
Z-ain une arme, un fouet dont les blessures étaient comparées à celles que ferait un scorpion , et parcequ'enfin ce fouet était même nommé Scorpion. Ici l'auteur s'est trouvé placé , par son système , de manière à rencontrer juste; mais c'est par le pur effet du hasard.
ft IL-th; est le sagitaire, parceque le mot été
signifie prendre et répandre la crainte.
ïa Th-eth est le chevreau , parceque Theuth
signifie cacher s et que les entrailles des animaux offerts en sacrifice sont cachées dans le
( i35 ) corps cle ces animaux; or, l'animal le plus communément offert, était un chevreau.
J-od, est le verseau, parceque le mot jod , * qui est le nom de cette lettre, est, selon l'auteur, composé de od , qui signifie butin, dépouille , en sorte que l'auteur fait du vase du verseau une cruche où Ton serre l'or et l'argent.
G-aph, est les poissons, parceque le mot P capl signifie doubler, multiplier, et que dag, poisson, fait duge , multiplier.
Enfin, L-amed est, suivant l'auteur, le h bélier, parceque lem signifie guerre , et qu'on fait usage à la guerre d'un instrument nommé Bélier.
On voit combien ce système est invraissemblable; et certes s'il fallait choisir, j'aimerais mieux admettre celui de la Cabale ou celui de l'anonime, qui, s'inspirant d'elle., voulut prouver que les douze signes du zodiaque étaient relatifs aux douze fils de Jacob.
Si, laissant de coté tous ces systèmes, et avant d'en avoir conçu un nouveau , Ton examine , comme je l'ai dit , l'alphabeth hébreu , on trouvera ,
Qu'Aleph est le nom du Taureau; âSa
Beth, celui de la Vierge-, ^2
( '36) D'» Que Mem est le nom des deux ondes du
Verseau ; yo Nun , celui des Poissons ;
W) Thau, celui du Chevreau;
nn Eth, celui des Gémeaux ;
yty Oy n , c e 1 u i d u Bélier.
Or , si le nom de ces sept lettres est le nom de sept signes du zodiaque , n'est-il pas probable que les noms des cinq signes restans doivent se trouver dans les autres lettres de l'alphabetb, et que s'ils s'y font moins remarquer, cela tient sans doute à des circonstances qui ont un peu changé la signification des noms donnés à ces lettres, et qui même ont pu la faire perdre entièrement? Je vais prouver que ces autres signes se trouvent désignés de la manière suivante :
Les serres , les crochets de l'Ecrevisse par VI la lettre Y , qu'on nomme Vau, *wb Le Lion par le Lamed.
La Balance ou les bassins de la balance, tp par le Caph.
yç Le Scorpion par le Zain.
baj Et le Sagittaire par le Guimel.
En étudiant la composition des douze mots qui désignent les douze lettres zodiacales, il est facile de reconnaître qu'ils sont, en grande
C i37 ) partie , la transcription en caractères alphabétiques des hiéroglyphes employés pour chaque signe ; cela est particulièrement sensible pour le verseau , les poissons et l'écrevisse qui, présentant des objets doubles, ont formé des mots d'un seul caractère répété deux fois; MM, les deux lignes ondulées , les deux ondes du verseau ; WN , les deux poissons ; YY, les deux serres, pinces ou crochets de récréasse.
Que l'on compare maintenant îa forme hébraïque de ces lettres M, N, Y, à celle n>^,tt des signes dont elles sont la dénomination, et Ton verra qu'elles en dérivent certainement. J'ai déjà donné l'étymologie hiéroglyphique des lettres M et E ; j'ai fait voir que n,ft l'une venait des ondulations symboliques de l'eau ( pag. 45 )•
et l'autre, de l'union de l'homme et de la femme.
L'Y hébreu, 1, qui signifie pinces , crochet à
( i38) en a la forme, et cette forme est encore plus approchante des pinces de l'écrevisse dans la lettre grecque Y ,
Un semblable rapport n'est pas moins sensible dans la lettre N des Hébreux, ? , où il faut retrouver la forme du poisson , tracé d'abord de cette manière :
puis ainsi ,
d'où Ton a formé :
Dans l'Éthiopien v\ y dans le Grec N ,
( et
( »39) vous retrouverez exactement le signe des pois< sons dessiné ainsi sur les zodiaques :
d'où notre
qui représente deux poissons attachés > ac-* croches l'un à Vautre par l'hameçon ; ce qu'exprime parfaitement le mot N-Y-N , qui est le nom même de cette lettre 5 puisque l'Y ou le Croc est représentatif, en Hébreu , de la conjonction ET. Ainsi , en transcrivant lettre pour hiéroglyphe, on aura exactement i
N-Y-N mot à mot , poisson-joint à-poisson ou pois* son-et-poisson. Observons que , dans les hiéroglyphes chinois primitifs, celui des poissons est également double , le voici ;
La lettre T, dont le nom hébreu est TaUj désigne , sous cette dénomination, la chèvre sauvage, Y Oryx y que les Egyptiens avaient en aversion , et dont ils avaient fait un des symboles du mal. Or , n' est-il pas bien remarquable que, dans le zodiaque égyptien, le chevreau soit représenté avec une queue de poisson ,
le poisson étant également le symbole de l'aversion , de la haine ?
La lettre L appartient au signe du Lion | et, en effet, elle entre, comme radicale, dans presque tous les noms de cet animal (i). Tout me fait présumer que , dans Talphabeth
(i) Même dans le mot AR ( Itf ) , parceque l'intonation R n'est qu'une modification de celle L. Ainsi, un enfant dit Malaine et Malle pour Maraine et Marie ; comme les Chinois qui n'ont point dans leur langue la lettre R , et qui disent Ma-li-ya , Cu-lu-su , Su-pi-li- tu-su ? pour Maria, Crux et Spirilus.
( Voyez Musœum Sinicum de Bayer ).
de vingt-deux lettres , le mot Lamed a remplacé le mot Lis de l'alphabetn zodiacal ; en Xiç, tth voici la preuve : LIS désigne un vieux lion ; ce mot est évidemment composé de Li , ra- ^ cine du mot Lion, et de IS ou S., qui est la *iB' transcription du serpent , et qui marque , comme ce reptile , Y existence permanente, qui dure long-temps ; ce qui est ancien > vieux , cassé de vieillesse. L-IS est donc mot à mot, Lion-Serpent ; et dans le zodiaque égyptien , le lion est, en effet, placé sur un serpent.
Le mot SEL, qui est la transcription du ^> même hiéroglyphe, prise dans un autre sens , a , ce qui prouve l'étymologie , la double signification de lion et serpent.
Quant au mot Lamed 3 nom grammatical de la lettre L , il fut composé pour désigner un lion plein de force, au milieu de sa carrière; mais il a perdu cette signification , parcequ'elle existait déjà sous le mot LeBA. La- ^b med est en effet composé de La , nom pri- S
1)2 mitif et monosyllabique du Lion et de MAD, qui veut dire force.
La lettre C appartient au signe de la Ba-
5p lance ; le nom de cette lettre , Caphj désigne
:, t une chose cave3 creuse, une coupe , un bas-
r-^ ^ si/ij les bassins d'une balance. Deux coupes
.. u» ont peut-être, dans le principe, occupé le
^-==a signe de la Balance..
Le hiéroglyphe de ce signe entraîne l'idée | ; ^ à' égalité , de parité j et le mot CaPh ou CaPhA ■*&-* prend ces significations. On pourrait demander pourquoi la lettre C n'est pas doublée dans ce mot , comme dans ceux qu'on a vu plus haut, puisqu'il désigne deux objets de forme pareille, les deux bassins de la Balance. Ceci mérite une observation. Le mot C C , qui aurait résulté de cette transcription, aurait appartenu à un hiéroglyphe tout différent de celui de la Balance.
C désigne un objet de forme concave, une coupe , un vase , et formant un demi- cercle ; en sorte que CC aurait été le nom du cercle entier. Remarquez , pour preuve de cela y que , dans tous les mots qui désignent un cercle entier, la lettre C, qui est radicale, est toujours doublée, Ainsi, vous aurez en héaXD xiç-xex; breu Gill-CeB^ un cercle ; en Grec, Kir-Kos
et Ky-Rlos; en français, Cer-ceau, , Cer-cle , xu-xW Cy-cle , Cir-cuit , Cir-culer- en latin, Circulus ,. Cir-cum. En hébreu, Ci CeB , une 33-2 étoile, toute chose brillante et circulaire. Le mot GuiL-GuiL, roue , quoiqu'il appar- h>-bx tienne à un autre radical , du moins en apparence , est toujours une preuve du principe. En voici une plus évidente. Le grec, Dis-Kos, disque, rond , cercle solaire , est àicxo; visiblement composé de Dis qui signifie deux, $Kdeux fois , et de Kos qui doit alors désigner Xoç un demi-cercle.
La même singularité se retrouve dans les hiéroglyphes primitifs de la Chine , puisque cette figure
y désigne le soleil 3 le disque solaire; et celle-ci
la lune , le disque lunaire.
Il résulte de cette observation que les hiéroglyphes ne représentent pas toujours l'objet qu'ils désignent. La lettre Z , pour le Scorpion, est un exemple de cet échange de sig-
nifications. Le mot Zain, qui lui appartient, a formé, dans l'arabe, Zen-anet, qui est le nom donné à la station de la lune , depuis le 26. me degré de la Balance jusqu'au 9.me du Scorpion.
Zin est le nom d'une arme , d'une espèce de fouet armé de pointes en fer ou de nœuds en fer, et ayant la forme même de la lettre Zain.
2npy On nommait cette arme, ce fouet OQïleB, le
Scorpion , à cause de cette forme même, et
des blessures douloureuses qu'il faisait.
La lettre Gui convient au Sagittaire ; le
«^ ^13 mot GuiR ou GuIRA signifie lancer des flèches
•wi* ou simplement une flèche. GuiRAE est le
nom du Sagittaire. Ce mot est composé de
£*> *-Y Gui et de IRE ou IRA qui veut dire jeter,
lancer un trait ; en sorte que le monosyllabe
Gui est certainement le radical primitif qui
désigne la flèche. La lettre hébraïque en a même la forme
Le nom grammatical de la lette G est
GuimeL Ce mot est composé de Gui et de MeL ou Mul, qui signifie briser, exterminer 3 couper >j et qui s'emploie en parlant des flèches. La jlèche x le trait, le dard était , chez les anciens , le symhole de la mort et de celui qui la donne. Gui étant le nom de \a flèche, Gui-MeL signifie mot à mot Jlèche exterminatrice ou celui qui extermine à coups de flèches , significations qui rendent parfaitement l'idée que fait naître la vue du Sagittaire.
bn Vin
ta*