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ANTIQUITÉ DES NATIONS

. Parmi les peuples connus, il en est deux, les Chinois et les Egyptiens, dont les annales et les monumens ont été souvent opposés à la chronologie de nos livres sacrés. « Est-ce » à nous , disait Yoltaire , en parlant des » Chinois , à leur contester une chronologie » unanimement reçue chez eux ? » Mais, en cela , Voltaire se trompait , et son erreur devait entraîner celle de beaucoup d'autres. Il est certain , contre son assertion, que les lettrés de la Chine eux-mêmes ne font aucun cas de tout ce que les historiens racontent de l'b-Hi et de Puon-Kou. L'auteur de l'Essai sur l'antiquité des Chinois, né luimême à la Chine , et versé dans la connaissance tant des historiens de cette nation que de ceux de l'europe, le démontre évidemment. « Si l'antiquité qu'on donne à notre » monarchie était fondée, dit-il, et contraire » à l'écriture sainte , comment tant de sa- » ges et d'habiles lettrés de la dynastie passée » et de la régnante, auraient-ils embrassé la » religion chrétienne au péril de leur for- » tune , de leur repos , de leur vie. L'au-

( «9i ) » teur de la philosophie de l'histoire , ajoute-

» t-il , n'a pas de bons mots pour détruire

» ce fait et en infirmer les conséquences ».

Les traditions fabuleuses des autres peuples de Flnde fixent aujourd'hui les regards de plusieurs savans ; mais les objections qu'on peut tirer de récits aussi faux et aussi incertains, ne sont pas de nature à nous convaincre. Si quelques écrivains en abusent , pour supposer que des nations civilisées ont existé dans des siècles antérieurs à ceux dont l'histoire a gardé le souvenir, on peut dire de ces systèmes ce que d'Alembert disait du rêve de Bailly sur un peuple ancien qui nous a tout appris , excepté son nom et son existence , cela est bon à faire des phrases.

En général, les peuples ont toujours eu la prétention de reculer indéfiniment l'époque de leur origine ; et pour prouver leur ancienneté, il n'est pas de mensonges qu'ils n'aient inventés. Les hommes aiment à plonger leur pensée dans le vague de ces successions d'âges et de bouleversemens , dont le temps est accusé de nous avoir dérobé toutes les circonstances. Les systèmes de ce genre nous plaisent, parcequ'ils exigent beaucoup d'adresse et d'esprit; mais ils ne persuadent

( *92 ) pas ; de l'aveu des plus célèbres et des plus sages archéologues , les difficultés que présente la chronologie de nos livres sacrés, ne sont rien comparées à celles qu'il faut surmonter quand on l'abandonne. « Quelle est, » dit le savant orientaliste de Fourmont , la » nation assez téméraire pour dater au-delà » de l'écriture ? »

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