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LE SPHINX

État des arts en Egypte du temps de Joseph, fils de Jacob.

Le sphinx est de tous les ouvrages symboliques des sculpteurs égyptiens le plus beau et le plus connu. Son nom, SPHINX ou SPHING , ne peut exister dans l'hébreu avec la signification propre qu'il avait en Egypte , sans jeter quelque lumière sur l'état des arts dans cette contrée à l'époque pour laquelle il a fallu l'employer. Si nous consultons les

Dictionnaires hébreux et toutes les traductions connues de nos livres sacrés, nous l'y chercherons vainement , et nous serons , en apparence , fondés à croire que ce mot n'y existe pas. 11 s'y trouve néanmoins, non isolé, mais soutenu par des dérivés en assez grand nombre , et qui tous se rattachent à la valeur hiéroglyphique du symbole par des significations qui en résultent évidemment.

Comment ces rapports ont-ils échappé à la sagacité des interprètes? c'est ce que Ton ne peut expliquer que par leur obstination à vouloir faire de l'hébreu une langue absolument différente de l'ancien égyptien.

J'ai dit, dans le premier fragment, que les Égyptiens nommaient A mbriques , Hébriques ou Hébraïques les livres sacrés dans lesquels les prêtres consignaient tout ce qui était relatif aux mystères et à la sainte doctrine. J'ai fait voir qu'on donnait à la science des choses saintes le nom SRO ou SPhO ; j'ai dévoilé la force hiéroglyphique de ce mot ; et l'on a vu que non seulement il désignait la langue hébraïque , mais encore que cette langue recevait , avec ce nom , la qualification de langue pure y sincère , pleine de promesses et de beautés ; j'ai dit enfin que le hiéroglyphe de

la sainte science était le SPhO, le SPhON, le SPhUNjleSPMNX. (Voy. pag. 3o, 3i,"3a).

Je vais développer cette dernière assertion. Je n'ai pas besoin d'entrer dans quelques détails préliminaires auxquels le lecteur suppléera facilement ; il sait que le sphinx désignait la science en général , et sur-tout la science cachée au vulgaire.

Le mot SPHING tient à la racine hébraïysw que SPHO qui , prononcée avec le son nazal que prennent souvent les voyelles , donne le mot SPHON et SPHONG.

Si ce mot a désigné le sphinx , ou s'il a servi de radical au nom du sphinx ^ il doit, ainsi que ses dérivés , avoir des significations qui s'accordent avec l'usage et la forme de cette figure hiéroglyphique.

SPIIONG signifie inondation , débordement impétueux ; abondance y amas , récolte abondante. La réunion de ces significations qui paraissent opposées , prouve déjà que le mot est égyptien ; car c'est en Egypte , et non chez les Hébreux , qu'on a pu dire que l'inondation et les grands débordemens étaient le principe de l'abondance et de la fécondité.

Le sphinx était représenté avec le visage et la poitrine d'une jeune fille ; c'est ce que

rappelle le mot SPhÉ , une jeune fille , une TOï2j esclave ; laquelle se tient à l'entrée de la maison, ce qui la distingue de la jeune fille, de la vierge OLME , qui se tient au contraire TVûhy cachée dans les lieux retirés.

Le sphinx était effectivement placé à l'entrée des temples, il en gardait la principale avenue ; de là, avec une légère modification , le mot SPHÉ ou TSPHÉ , demeurer, se te dr H3^ t)D a Ventrée , rester sur le seuil de la porte , être sous le vestibule.

Sa position était celle d'un surveillant, à' une sentinelle en repos ^ à' une personne qui attend une chose ; c'est ce qu'expriment les mots SPHY , TSPHÉ , TSPHYI , TSPHyN. n^, nw, V»

Couché , étendu sur un banc élevé , sur une estrade , sur une élévation, il donne à ces objets leurs noms SPHÉ, SPHA, SoPHAH. nst», ^5l2>

Attentif aux progrès du Nil , il proclame les avis salutaires des sages ( SoPHôN ) qui coawv portent son nom, et leurs discours, leur langage distingué du langage vulgaire en prend sa dénomination SPHE. ^XSO

Ces sages cachant leur science dans ces mêmes temples, dont le sphinx garde les avenues, font donner à ce nom, SPHIN, la sig- *^ ^ nification de cacher > couvrir, tenir dans l'ombre du mjstère.

Le sphinx , comme l'explique très Lien l'auteur de l'histoire du ciel , était un symbole salutaire à ceux qui le consultaient et qui suivaient les avis qu'il donnait : « Cette fi- » gure, dit il, composée d'une tête déjeune » fille et du corps d'un lion couché, signi- » fiait qu'il fallait s'attendre à demeurer oi- » sif sur les terrains élevés tant que Tinonda- » tion durerait, et qu'elle continuerait au » moins pendant deux mois dans sa force , » savoir, tout le temps que le soleil mettrait » à parcourir les signes du lion et de la » vierge. »

11 résulte de cette explication fort simple et fort juste , que ceux qui négligeaient les avis du sphinx , ou qui ne pouvaient interpréter le sens des instructions en hiéroglyphes dont sa base était couverte , devenaient victimes de leur ignorance ou de leur indocilité ; de là, pour le mot SPH1N, la signification de sauver ou sauveur > rendre sain et sauf.

On voit ici l'origine de ce que la fable dit touchant les énigmes proposées par le sphinx.

En admettant cette fable dans leur mytho-

cyi*i% logie , les Grecs adoptèrent le nom.au sphinx,

et ils en firent le radical de sphingèin , près-

( 207 ) ser , contraindre , et de quelques dérivés

simples ou composés.

Enfin , chargé d'instruire le peuple en lui découvrant une partie des observations faites par les chefs du sacerdoce ; en lui faisant part de leur science et de leurs conseils , le sphinx devint le symbole de la science , nommée , en égyptien, SBo ou SPHO et SPHON.

Le sphinx fut encore , et par suite de cet emploi, le symbole de la sagesse, de la prudence ; son nom passant dans le grec , et du grec dans les langues savantes , y devint la racine du nom de la sagesse ( SoPHIa ) , et <yooia celui des philo -SoPHes qui la pratiquent ( SoPHOI ). ,o?ot

Ces étymologies hiéroglyphiques, ces rapprochemens qui, déjà me paraissent offrir un véritable intérêt , vont en acquérir un plus grand encore , en nous fixant sur les progrès que les Egyptiens avaient faits dans les arts près de dix-huit siècles avant l'ère chrétienne, et plus de deux cents ans avant l'époque où Cécrops quittant l'Egypte , vint tenter de civiliser les peuples sauvages de l'Attique»

Le séjour des Hébreux en Egypte est un fait sur lequel on ne peut avoir aucun doute. Ce séjour fut de 43o ans, selon Moïse lui-

*33-tt>K

( 208 ) même qui nous a transmis les détails de cette migration du peuple hébreux. Il nous apprend qu'un jeune Israélite, nommé Joseph, ayant été vendu par ses frères à des marchands arabes , fut conduit en Egypte par ces mêmes marchands , et que bientôt la réputation qu'il s'acquit par son savoir et sa sagesse le fit connaître et entrer au conseil du prince.

Elevé dans le culte des ancêtres , culte professé secrètement en Egypte ; éclairé de bonne heure par la science des choses saintes que les prêtres de l'Egypte conservaient dans l'intérieur des temples, et qu'ils ne révélaient qu'à leurs disciples, Joseph parut à la cour de Pharaon comme un initié de Dieu même , et fut admis de suite dans Tordre des JNazaréens de première classe ( Voyez planche 10 }.

^3 Appelé alors à la qualité de NaBI ou de

N uBI , c'est-à-dire, de devin, de prophète ; car alors avoir V intelligence d'une chose , l 'annoncer j l'enseigner , conseiller, instruire, c'était prophétiser ; élevé au rang des princes de l'empire; en un mot, créé AS-JNUBI ou A-NUBI-S , dénomination de rang ou de dignité , dont on a fait ensuite le nom d'une

( s°9 ) divinité , Joseph reçut des mains de Pharaon le RaBID ou collier, symbole de la grandeur, ^^r\ de la puissance > de l'élévation (Voy. pag. xxix et xxxix, et pi. 10), et passa ainsi du rang des esclaves à celui des princes de l'état, nommés RaBIN (i). V3"1

Pharaon lui remit en outre le TeBOTh ou Vanneau des immersions , des inondations du Nil; le Tho à anse, la clef des canaux de l'Egypte. ( Voy. pag. xxxix ).

Ce TeBoTh était la marque hiéroglyphique des fonctions auxquelles il était appelé.

Ce n'est pas ici le lieu de justifier une explication si nouvelle du texte de Moïse en ce

(i) Non est NuBIN , ^33 , et ECM, rOT\ > sicut tu. Le mot ECM désignait les sages qui avaient la conaissance et l'intelligence des lois , des statuts , des lois saintes et religieuses conservées dans V intérieur des temples , que le premier Hermès avait gravées ou sculptées en figures } en hiéroglyphes sur deux thermes, deux bornes, deux colonnes hermétiques ( EQ , pn )• Deux tables avaient , dans l'écriture alphabétique , remplacé les deux bornes d'Hermès.

qui concerne l'élévation de Joseph. Je préviens seulement que je n'emploie que les expressions mêmes de l'auteur sacré, mais que je les traduis dans toute l'étendue de leur valeur hiéroglyphique , justifiée par celle du mot hébreu.

J'ai parlé de NuBI en traitant des Cohens ou Cénates > dans un fragment publié en i8i5 (i) Leur nom que je n'ai point analysé, ^ 313 se compose de NO ou Nub , parole, discours > parole indubitable > comme celle de Dieu et *2 des prophètes > et de Bï , ce qui est intérieur dans l'homme , le jugement , la compréhension; Y intelligence des choses. Ainsi NuBI signifie discours divin et prophétique de l'intelligence et du savoir (2).

Quant au sens symbolique que je donne à l'anneau de Joseph , sens qui résulte de la signification radicale du mot, je dirai seule-

(1) Ce fragment avait pour objet de justifier les anciennes castes sacerdotales , calomniées par Boulanger , et de faire connaître , sans en divulguer les moyens , le système que je propose aujourd'hui pour interpréter les hiéroglyphes.

(2) NOU, chez les Égyptiens , signifiait Dieu, d'où vient le grec vouç, esprit , intelligence ; le latin NUM-en. De Nou vient NAM , D**3 , parole certaine , digne de foi; discours indubitable ; oracle.

ment que l'emploi d'un semblable symbole , pour désigner les fonctions , n'est pas étranger à l'Egypte ; les militaires y portaient des anneaux sur lesquels étaient gravés un scararabée. Plutarque dit que c'était, parceque le soldat doit être, ainsi que le scarabée, considéré comme n'ayant poirt de famille , et s'élant engendré de lui-même. Cette explication n'est pas celle qu'auraient donné les inventeurs du symbole. Le scarabée, dont il est ici question, est la moucbe du désert (i) , le terrible zimb des Arabes, le ZeBB ou ZeBuB 331 des Cbaldéens , le BeL-ZeBuB des idolâtres. Elle a donné son nom OReB ou EReB aux lieux ^V 21H qu elle rend déserts , à la guerre , à la dévastation, à ïépée. Ainsi, l'anneau joint au scarabée , et souvent le scarabée seul , désignaient, en Egypte, Yhommed'épée, Y homme de guerre, la guerre, le guerrier , etc.

Josepb lit usage de son pouvoir en assurant l'existence du peuple qui devait lui obéir , et auquel une de ses fonctions était d'annoncer , d'expliquer , d'interpréter les instructions rendues publiques, mais en hiéroglyphes, par le moyen des sphinx. La con-

(i) Esaie», chap. 7 , v. 18 et 19.

naissance de cette fonction se tire encore du texte même de Moïse : Pharaon , dit-il , nomma ÎW3 ÏMW joseph TSPHIN-OT PHoNE , mots dont aucun Dictionnaire , aucun traducteur n'a jusqu'ici donné la signification propre 5 qu'ils traduisent bien imparfaitement par ceux-ci : interprète des choses cachées , sauveur du monde, et qui, conséquemment à tout ce que j'ai dit de ce même mot TSPHIJN ^ au pluriel féminin TSPH11N-OT), et d^s autres dérivés de SPHON, signifient, d'une manière évidente, interprète des sphinx (i).

Il est facile d'entrevoir quelle lumière celte interprétation jette sur l'histoire de l'art chez les Égyptiens.

Il en résulte , en effet , qu'à l'époque où Joseph fut conduit en Egypte, les arts y étaient depuis long-temps cultivés et même

(i) On a voulu chercher ces mots dans le copte ; et pour en venir a bout, il a fallu défigurer le mot principal de manière à le rendre .méconnaissable ; de TZPIÏi- NOT PIIoNE on a fait PSONTHON PHANEK , ^OClTOtt $&ttH5C . Doctor abstruwrum (Kircher prodr. copt. , et chr. Blurnberg , Fundamenta linguœ copticœ ).

Les Arabes de l'Egypte ont conservé une faible tradition des faits qu'on vient de voir ; ils attribuent à Joseph les premières mesures du Nil et l'invention du Nilomètre. ( Voy. Merveilles de l'Egypte , pag. 21 5 ).

perfectionnés, et qu'ils y avaient fait les progrès que nous admirons dans les plus anciens monumens de l'Egypte ; ces monumens existaient déjà, puisque le sphinx, qui les accompagne presque toujours , était depuis long temps inventé.

Des sphinx étaient ordinairement placés à l'entrée des temples et comme pour en garder J'avenue ; cette place paraît leur avoir été consacrée par les artistes qui conçurent les plans de ces temples. On peut en conclure que les temples égyptiens du temps de Joseph étaient conformes à ceux que nous connaissons ; et comme la conception de ces monumens est réellement sublime ; comme le style , quoique étranger à celui des temples grecs et romains , n'en est pas moins très beau , très noble et très grandiose , il en résulte qu'à l'époque où Joseph fut conduit en Egypte, l'architecture y était cultivée avec les plus grands succès , et par conséquent depuis plusieurs siècles.

Disons plus, la construction des pyramides , le choix des matériaux qui y furent employés , ne s'accordent point avec ce que Moïse rapporte des travaux auxquels les Hébreux de son temps étaient contraints en Egypte. Ces monumens , qu'on sait , à n'en pouvoir

douter , être aussi anciens que lui , étaient gardés comme les temples par des sphinx ; il est donc probable qu'ils existaient déjà du temps de Joseph. Mais indépendemment de cette probabilité , nous trouverons bientôt la trace des monumens pyramidaux dans des siècles bien antérieurs à Joseph.

Enfin , puisque le sphinx est un symbole composé de deux signes du zodiaque, le lion et la vierge, il est évident qu'à l'époque dont je parle, ce même zodiaque était inventé. Ainsi l'astronomie , et par conséquent les mathématiques , les sciences en général et les beaux arts étaient perfectionnés en Egypte dixhuit siècles avant l'ère chrétienne , lorsque, à l'exception de la Nubie , les ténèbres régnaient sur le reste de l'Afrique, sur l'Europe entière et sur une grande partie de l'Asie.

Je joints ici une portion du bas-relief représentant l'élection du Tsphinot Phonê , et, dans une autre planche , le Rabid de ce même Tsphinot Phonê ou interprète des sphinx (i).

(i) Voyez planches 9 et 10. Ce bas-relief existe dans le temple de l'île Eléphantine ; la scène ici gravée est placée a l'extrémité droite. Le reste du bas-relief est évidemment relatif a l'abondance qui résulte de l'épanchément et de la distribution des eaux du Nil et de la juste mesure de leur élévation.

Z'cancÂe- X^

NAZAREEN

élu

TSPHINOT PHONÉ

^Jfacouryi-.

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