OBJECTIONS
tirées de l'état primitif de l'homme.
Examinons maintenant les objections qu'on peut tirer de l'état primitif de l'homme.
L'auteur du savant ouvrage , intitulé : De V usage des Statues , pense que la première religion du. monde fut spirituelle comme le Dieu qui en fut le premier objet ; que le culte idolâtre n'a aucune des circonstances qui accompagnent une institution originaire et primitive, et qu'il a au contraire toutes celles qui accompagnent une institution conséquente et dépravée.
( 195) L'auteur de l'ouvrage sur les cultes qui
ont précédé l'idolâtrie , établit au contraire , en principe, que le matériel était tout dans les premières institutions religieuses, et que les hommes d'alors adoraient comme étant la Divinité même , ce que nous croyons n'en avoir été que le symbole. Il fait naître, de l'opinion opposée à la sienne , toutes les erreurs vraies ou prétendues des mythologues anciens et modernes. Dans les sociétés primitives, dit-il, l'état moral de l'homme différait peu de celui du sauvage actuel ; ses opinions religieuses étaient des erreurs.
Que chez les peuples primitifs , le signe ou le symbole valut autant que l'objet ou l'être signifié ; cela ne paraît pas possible. Lorsque les hommes firent choix de ces symboles pour exprimer les attributs de l'être ou de la Divinité, ils savaient bien, quelque sauvages qu'on les suppose , que le symbole qu'ils choisissaient actuellement n'était pas la divinité qu'ils voulaient figurer. Mettre en fait que ces mêmes hommes rendirent des honneurs divins à ces pierres brutes, à ces colonnes, à ces troncs d'arbres , à tous les symboles enfin , long - temps et très long - temps avant qu'ils eussent conçu l'idée d'un être
suprême , créateur et régulateur de tout ,
c'est une opinion aussi peu soutenabie.
Il résulterait de cette opinion que le fétichisme est le culte le plus ancien ; ce qui ne peut être. On suppose qu'il est le plus ancien des cultes , parcequ'il est , dit-on , le plus simple et le plus grossier de tous : le plus grossier, soit; mais le plus simple , non. Le culte le plus simple , c'est le plus naturel ; car le mot simple n'a pas ici d'autre signification. Supposons que l'homme ait à choisir entre adorer une pierre et adorer le soleil, est-il plus naturel, plus simple qu'il adore la pierre? Non, sans doute; ainsi le sabéisme ou le culte des astres a du précéder le fétichisme.
Mais le sabéisme lui-même n'est pas le plus ancien des cultes. L'homme , nous ne pouvons penser autrement , n'est pas sorti des entrailles de la terre comme une plante., sa création est un acte particulier de l'intelligence suprême; et puisqu'elle l'a créé pour être doué d'intelligence lui-même , il est à croire qu'il le fut dès le moment où il reçut l'être. Dès lors le premier culte fut celui de l'adoration pure et simple d'un Dieu. Le sabéisme naquit de l'emploi des symboles par
( i97 ) lesquels on désigna la Divinité , et le fétichisme des signes hiéroglyphiques qu'on employa pour l'explication de ces symboles.
Le premier culte pratiqué seulement dans l'intérieur des familles et tout à fait spirituel, laissa l'homme simplement adonné à la culture de la terre.
Le second exigea une étude particulière des astres; il créa l'astronomie, et, par suite, toutes les sciences qui devinrent le partage
de la caste sacerdotale* nécessairement oc-
jt *
cupée de l'étude de ces sciences.
Le troisième fut le fétichisme ; il naquit , comme nous venons de le dire , de l'oubli de ces mêmes sciences ; il fut donc le partage des peuples dégénérés et devenus sauvages.
Le fétichisme n'est donc qu'un débris de l'ancienne écriture symbolique des Sabéens, laquelle était employée, avant l'invention de l'alphabeth , pour exprimer sur les monuniens sacrés les idées morales et religieuses par des signes représentatifs des objets; ces signes rappelaient, soit par leur dénomination , soit par une certaine analogie , le souvenir de toutes ces idées.
Les habitans de la Nigritie sont évidemment des peuples dégénérés. On peut en dire
• .( lg8 }
autant de ceux qui habitent certaines parties de l'Egypte , de l'Asie , de l'Europe même.
On dit que les nègres de Cabo de Monte, et ceux de Guinée en général, ont des initiations dans lesquelles s'opère une résurrection , une régénération nommée Bellj-Paaro. Si ce fait est vrai , n'est-ce pas une tradition obscure des mystères égyptiens. Ce Bellr- Paar n'a-t-il pas un rapport singulier avec Bel-Peor? Le mot Belly qui , en Guinée , désigne Dieu , ce qui est divin , n'est - il pas le même que Bel; et Peor comme Paar ne marque-t-il pas la fructification, la régénération des êtres et des fruits (i)?
Les nègres de l'Afrique nomment encore B-osoûm la pierre dressée qu'ils croyent aussi ancienne que le monde. B-osoûm n'estil pas le nom même d'Osoùs qui, le premier, selon Sanchoniaton , érigea des colonnes et des piliers ?
Si les Éthiopiens et d'autres Africains révèrent le serpent et cette même pierre dressée , c'est que leurs ancêtres en avaient fait le symbole de la Divinité. Le nom d'Adonis, yra Adon ? désignait une pierre de ce genre , une
(i) Cérémonies religieuses de tous les peuples.
( J99 ) base , une colonne. Si les Hottentots ont la
même vénération pour le scarabée ; si tous les peuples respectent le grillon ; si St. Ambroise, St. Augustin ont appelé Jésus- Christ le bon scarabée , c'est que le scarabée fut chez les Egyptiens , long - temps même avant la naissance de l'idolâtrie, le symbole du Créateur des mondes , du père des sphéres célestes ; disons plus , si quelques philosophes ont avancé que l'homme et tous les animaux avaient pu sortir des entrailles de la terre sans le secours de cette puissance créatrice , c'est que les Egyptiens s' expliquant d'une manière obscure sur le cboix de ce symbole , assuraient qu'ils avaient vu le scarabée sortir 9 sans germe préexistant , du limon du JNil, et par le seul effet de la chaleur du soleil. Quelques philosophes ont pris cette erreur pour la vérité, ils en ont tiré les conséquences , et sont arrivés au matérialisme. Enfin , si le nègre respecte le palmier ; s'il le nomme Assuan , c'est que le palmier fut un symbole en Egypte et en Ethiopie , c'est qu Assuan est le nom du territoire de Syéné fertile en palmiers.
La plupart des autres fétiches sont des hiéroglyphes qu'on retrouve dans Horapollon
ou sur les monumens égyptiens. C'est a l'antiquité que les nègres doivent le système religieux qui les fait s'adresser à des êtres supposés médiateurs entre l'homme et la Divinité , préférablement à la Divinité même , qu'ils croient ne pouvoir honorer par aucun culte digne d'elle. Leur opinion sur le lieu de l'enfer qu'ils placent dans la mer; sur le jugement des morts que l'on conduit aux bords d'un fleuve pour les juger ; qu'on passe sur la rive opposée où se trouve un séjour de délices, ou qu'on précipite dans les eaux du ileuve, suivant leur mérite ou leur démérite, cette opinion, dis-je , est évidemment égyptienne (i).
Il résulte de ces observations que l'origine des colonnes hermétiques ou pierres dressées, n'a aucun rapport avec celle du fétichisme, et qu'on ne peut comparer les peuples qui les inventèrent aux peuples sauvages chez lesquels on les retrouve encore. Certain que cette origine remonte jusqu'aux siècles antérieurs à l'idolâtrie , et qu'elle se trouve
(i) Voyez , pour quelques-uns de ces rapprochemens et de semblables , l'Essai sur les hiéroglyphes égyptiens , par M. de Palin.
placée entre le déisme pur et le sabéisme, je vais rechercher maintenant, en partant cl' une époque fixe , la trace de ces premiers monumens de l'art; mais cette époque , je dois en convenir, je la devrai moins à la tradition des faits qu'aux résultats du système d'étymologie hiéroglyphique appliqué à la langue hébraïque et aux hiéroglyphes égyptiens.