DE LA FORME DES COLONNES HERMETIQUES , ET MOTIFS DE CE CHOIX
Un personnage , nommé Seth ou Theth ou Thoth, érigea ou lit ériger les premières colonnes sur lesquelles furent gravées les découvertes astronomiques. Comment a-t-ou
(i) La lecture des instructions gravées sur ces colonnes donna lieu aux fêtes religieuses qu'on célébrait à chaque néoménie , et auxquelles on était appelé au son du cor. Moïse , qui , dans ses lois , proscrivit l'usage des hiéroglyphes et des colonnes hermétiques , ne pouvait dire clairement que Seth en était l'inventeur ; il se contenta de le laisser entrevoir , en disant que l'usage de convoquer , pour les cérémonies religieuses , datait de l'époque où vécurent les enfans de ce patriarche. Alors ; ditil , commencèrent les convocations faites au nom de IEOUÉ. La phrase était claire pour les Hébreux de son temps. L'explication que pourraient en demander leurs successeurs fut abandonnée a la tradition orale.
( ^48 ) conservé le souvenir de ce fait? Quel moyen,
quel signe a-t-on employé pour peindre le nom de ce personnage , et pour faire connaître que ces observations étaient de lui ?
Les anciens écrivains commençaient ordinairement leurs ouvrages en se faisant connaître : moi un tel , fils d'un tel , disaient-ils, f ai écrit, rassemblé , publié, etc. La cause de cet usage vient de ce que les auteurs qui précédèrent Tinvention de l'écriture alphabétique, furent toujours et durent toujours être représentés à la tête des leurs , sous la figure d'un homme , accompagné de l'objet physique auquel leur nom avait rapport. Comme cette figure avait la forme hermétique , le signé symbolique seul les distinguait de celles qui représentaient le véritable Hermès. Une sorte d'analogie ., entre cet usage et l'apothéose dont on se servit ensuite pour immortaliser les noms de quelques hommes célèbres , a donné lieu à diiférens systèmes sur l'origine de l'idolâtrie : ces systèmes ne sont pas exempts d'erreurs ; mais ils laissent entrevoir l'influence exercée, par l'emploi des colonnes hermétiques , sur les usages et les préjugés des anciens peuples.
On sait que , dans le principe , ces me-
( ^9 ) mes peuples négligeaient l'art statuaire pro-
prpment dit ; qu'ils équarrissaieut une colonne qui leur tenait lieu de statue ; que plus tard ils placèrent sur ces colonnes des têtes sculptées , et firent ce que nous nommons des Termes. On sait aussi que ces monumens prirent le nom d'Hermès, parceque les premiers avaient été consacrés à ce Dieu, également nommé Mercure , le même que Thoth et par conséquent que Seth.
La forme de ces monumens, qu'on a voulu faire passer pour le premier essai de l'art statuaire, fut choisie pour rendre la signification du nom de l'auteur des premières observations ou découvertes gravées sur eux. Tout ce que j'ai dit me dispense d'insister sur l'obligation où l'on était de rendre cette signification, et sur l'importance qu'il y avait à conserver le souvenir du nom même de Seth.
Ce mot SeTh , qu'on prononcerait mieux w en disant SThe ou STa, puisqu'il ne se compose que de deux consommes , est un mot radical , primitif, employé dans toutes les langues , pour arrêter ou faire rester en place : il signifie rester dans V inaction . être dans l'immobilité^ être immuable. De lui sont venus les mots STè-le(nom même de la colonne her-
métique), STa-Me , STa-bilité , STa-Tuts, et STa-tue, représentation d'un homme quelconque, à laquelle on a conservé le nom du premier personnage représenté. L'objet commémoratif de ce nom était, on Ta déjà vu , une pierre dressée, un Thoth , une borne, une colonne. Les hiéroglyphes chinois primitifs cités plus haut , et qui représentent la borne y la colonne hermétique ,
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désignent , comme le nom même de Scth , comme le mot STa-tue , le repos > la solidité y la fixité , V immobilité. Pour rendre le nom de Seth, il fallait donc nécessairement adopter la forme de la borne , de la colonne ; c'est donc la cause du choix de cette forme singulière (i).
(i) Une statue était, en quelque sorte chez les Grecs , le symbole de l'immobilité ; de la cette espèce de proverbe : plus immobile qu'une statue. to>v XiGivcùv ouàsv thoicrst, il saxeis nihil diffère t.
.... Statua taciturnius y dit Horace , .... Truncoque similïimus Hermœ ,
dit Juvenal. ( Voy. Adagia D. Erasmi , pag. 1728 ).
Les Arabes ont conservé la tradition qui fait remonter
Ainsi , l'emploi des coiormes hermétiques s'explique d'une manière simple, et qui s'accorde avec les usages de la haute antiquité. Ainsi , l'érection de ces colonnes ne fut point le premier essai de l'art statuaire , et ce n'est pas par ignorance que la forme de ces colonnes fut choisie pour désigner l'homme. Si, cependant on ne veut point admettre cette explication , qu'on nous dise alors pourquoi les anciens peuples représentèrent tous Hermès , le dieu le plus actif de l'olympe , le messager, l'envoyé des autres Dieux, par une fi< gure hiéroglyphique qui désigne évidemment le repos , l'inactivité, l'impossibilité de changer de place.
Les Egyptiens conservaient, même dans la langue vulgaire, le souvenir de l'origine de cette représentation : le mot Toout, Thoth ^CUO^T ou Thor qui , chez eux, était un des noms
jusqu'à Seth, l'ancien Hermès, qu'ils nomment Savan, l'origine des stalues. Ils lui attribuent même la construction d'un palais , appelé la Maison des Statues, et ces statues servaient , selon eux , à mesurer la crue du Nil. ( Merveilles de l'Egyp. , pag. 24 ) , d'où l'on peut conclure qu'elles étaient plutôt des colonne» hermétiques que de véritables statues.
^EFOCLJ de Seth , signifiait une borne, une colonne > Eo^ç une pierre dressée. Chez les Grecs, Hermès Epfia. fit Rerma , qui a la même signification. Quant à celles de disposer > mettre en ordre > régler , statuer j elles ne furent attachées au nom hébreu de Seth qu'après l'emploi du signe représentatif de ce nom. C'est alors seulement que les bornes ou colonnes hermétiques prirent une signification relative aux limites; qu'on les plaça sur les frontières, sur les voies publiques, et qu'Hermès devint le régulateur des Nomes et le protecteur drs chemins.
Les premières colonnes hermétiques, celles attribuées à Seth, étaient dans la terre de Se ir ou. Se ri y c'est-à-dire, dans la terre d'Egypte. Cette circonstance , et ce qu*on sait du soin religieux avec lequel les Egyptiens conservaient les traditions anciennes , de leur respect pour les mystères et pour Hermès qui en était le fondateur, expliquent encore pourquoi ils donnèrent à toutes leurs figures ce caractère de stabilité , à' immobilité , de roideur qui ne paraît pas naturel. Cette affectation était un hommage continuel rendu à la mémoire de celui à qui ils étaient redevables des hiéroglyphes; in-
( 253 ) vention admirable au moyen Je laquelle ils avaient conservé le souvenir du culte des ancêtres , créé l'écriture alphabétique , et transcrit les chants hymniques dont ce même Seth , sous la dénomination de Thoth , avait été l'inventeur. De îà l'usage de nommer Thoth tous les auteurs de poésies sacrées, usage encore respecté par les Hébreux longtemps après leur sortie d'Egypte , puisque David, DOD , l'auteur de leurs poèmes sa- ^^ crés , porte le même nom que Thoth , la lettre T ayant, dans l'égyptien vulgaire, le son même du D (i).
(i) Nonnullœ liiterarwn , quaînvis naturd sud durce sint j à Coptitis tamen molliuscule pronunciantur ; v. g. PutB,T ut D.
Fundamevta linguce Copticœ , du Blumbergi.
Le nom de Thor a pénétré jusque chez les Islandais , les Lapons, les Scandinaves, les anciens Allemands et les Celtes qui , tous adoraient , sous la forme d'un pilier , surmonté d'une espèce de tête , une divinité nommée Thor , Thoran , Tarait ou Taranis.