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PRÉFACE

Dans ce recueil, j'ai réuni et fait réimprimer quelques fragments d'études pathologiques et cliniques sur divers sujets spéciaux, neufs, intéressants ou à l'ordre du jour à l'époque de leur publication.

La science a marché depuis. Plus d'un point de vue théorique, acceptable alors, ne le serait plus aujourd'hui. Si néanmoins j'ai cru devoir réunir et réimprimer ces produits de mon passé, c'est qu'il m'a semblé que les faits consciencieusement observés avaient une valeur propre qu'ils conservent en dehors de toute interprétation théorique.

J'ai pensé aussi que du point de vue historique il

ne serait pas sans intérêt de pouvoir se rendre compte

comment et dans quelle direction l'ancienne Ecole de Strasbourg, aujourd'hui remplacée , s'est associée de fait à l'évolution de la science moderne. Dans ce but j'ai fait réimprimer avec mes anciens mémoires un des comptes rendus cliniques auxquels j'avais l'habitude de consacrer les dernières leçons de mon cours annuel.

Plusieurs de ces comptes rendus ont été lus à la Société de médecine. Quelques-uns seulement ont été publiés .

Plus que personne je regrette de ne pas avoir pu , à l'exemple de mes collègues de Paris, réunir en volume un plus grand nombre de leçons cliniques, plus complètes et mieux coordonnées ; mais mes forces et mon activité ont été dépensées au jour le jour dans un enseignement improvisé au lit du malade, à l'amphithéâtre, ou dans la salle des conférences. Je n'ai jamais préparé par écrit mes leçons cliniques, et je n'ai eu ni le temps ni le goût de les rédiger après coup. L'organisation vicieuse de l'internat, qui nous enlevait les aides dès qu'ils étaient devenus capables de seconder efficacement nos travaux, était pour beaucoup dans le manque de publicité de mes leçons cliniques. Quelques-unes cependant ont servi de point de départ à des travaux importants. Je me plais à rappeler que c'est à mon interne M. le docteur Bédel qu'est due l'une des premières monographies publiées sur la syphilis cérébrale. C'est à ma clinique et sous ma direction qu'ont été faites dès 1856 les recherches de M. Spielmann sur la température dans les maladies, à une époque où l'usage du thermomètre était généralement négligé. Le travail intéressant de M. Hecht sur la spirométrie date de la même époque. Les premières observations cliniques et diagnostiques faites en France sur l'embolie sont dues à la clinique de Strasbourg. Ce n'est pas sans quelque satisfaction que je crois devoir rappeler que la première ovariotomie pratiquée à Strasbourg, l'a été sous mon impulsion et sous ma respon-

sabilité, à la clinique interne, par deux de nos jeunes chirurgiens d'alors, maîtres aujourd'hui, MM. Hergott et Michel; cette première tentative nous a valu depuis les beaux travaux et les éclatants succès de M. Kœberlé.

Une série de thèses inaugurales ^ qui ne sont pas

sans valeur', reproduisent, plus ou moins, nos leçons

cliniques; mais de la plupart il ne reste que ce qui

s'est conservé dans l'esprit des générations médicales

qui, de 1844 à 1870, se sont succédé sur les bancs >

de l'Ecole de Strasbourg.

Au reste, si toutes les raisons invoquées peuvent paraître insuffisantes pour motiver ma résolution de conserver, en les rééditant, quelques pages de plus à notre littérature médicale, déjà si exubérante, il en est cependant une qui me servira d'excuse : c'est la pensée que mes confrères d'Alsace-Lorraine et mes élèves d'autrefois, disséminés en France, éprouveront, en relisant ces pages, quelque chose d'analogue à ce que j'ai éprouvé moi-même en les réimprimant à leur intention et en les consacrant à leur souvenir.

D-^ Ch. SCHÙTZENBERGER.

Le 13 juillet 1878,

* Nous publierons à la fin de ce volume la liste des thëses soutenues sous notre présidence et inspirées par notre enseignement.

NÉVROPATHIES

Recherches cliniques snr les causes organiques et le méGanisme de production des affections appelées hystériques.

(Gazette médicale de Paris 1846.)

La physiologie expérimentale a fait faire un grand pas à la connaissance positive des lois qui dominent le fonctionnement du système nerveux. Judicieusement appliquées à la pathologie, ces notions nouvelles deviendront infailliblement le point de départ d'une compréhension scientifique plus large et plus complète des perturbations de l'innervation. Sans doute l'anatomie pathologique a dévoilé la cause organique prochaine ou éloignée d'un certain nombre de lésions fonctionnelles nerveuses; mais, dans ces cas mêmes, le mode d'action de l'altération matérielle du tissu et le mécanisme de production des phénomènes dynamiques qui en sont l'effet ne

peuvent être compris qu'à l'aide des données de la physio-

NÉVROPA.TIIIES.

logie. D'un autre côté, il est une classe entière d'affections nerveuses qui ne sont connues que dans leur élément fonctionnel. Ne procédant généralement pas d'altérations matérielles sensibles, elles sont restées pour ainsi dire en dehors du mouvement scientifique, à une époque où l'on n'attendait de lumière que des autopsies. Ces affections, ce sont les névroses. En ce qui les concerne, la science positive doit-elle s'arrêter là où s'arrêtent les révélations du scalpel? Et si la physiologie est nécessaire pour comprendre le rapport de causalité qui place sous la dépendance de l'hémorrhagie cérébrale les phénomènes fonctionnels de l'apoplexie, la physiologie sera-t-elle radicalement impuissante quand il s'agit de perturbations nerveuses dont la cause échappe au scalpel, il est vrai, mais n'est pas inaccessible pour cela à tout moyen d'investigation? Nous ne le pensons pas. Nous avons au contraire la ferme conviction que l'histoire des perturbations fonctionnelles nerveuses se développera au contact de la physiologie expérimentale aussi rapidement que l'histoire des affections caractérisées par des lésions de structure s'est développée au contact de l'anatomie pathologique.

Soutenu par cette conviction, j'ai entrepris quelques études spéciales sur une des affections nerveuses les plus fréquentes, sur l'hystérie. J'en communique le résultat comme un simple essai de préparer les voies de l'avenir scientifique de cette névrose.

Ce mémoire comprend deux parties : la première, historique, est une appréciation du passé; la seconde, clinique, renferme le résultat de mes propres recherches et les idées qui me paraissent devoir en être la conséquence.

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