‹ Fragments d'histoire de ChypreChapitre 14 sur 29 · Vinisauf, Itiner , p · texte numérisé non relu

Vinisauf, Itiner , p

7. Brompton, CAron., col. 1200. Roger de Hoveden, Annal, p. 692. Benoit de Féterb., Vita, t. ll,ann. 1191.

sainte Hélène lui-même, était aboli en Chypre, pour nj plus être rétabli. En même temps, les chrétiens de Syrie, resserrés depuis quelques années dans les ailles de la côte , où la disette les exposait souvent aux derniers périls , acquéraient à leur proximité un pays renommé par sa fertilité, et qui allait, en assurant lenrs approvisionnements, permettre à Tarmée franque de reprendre Toffensive contre les Sarrasins.

Il est nécessaire que le lecteur s'habitue à ces expressions anciennes en leur attribuant le sens qu'elles avaient autrefois et que plusieurs ont conservé jusqu'à nos jours en Orient. Tons les chrétiens de l'Europe occidentale, tous les peuples rattachés à la loi de l'Église romaine, quelque différence qu'il y eût d'ailleurs entre leurs pays et leurs langues, étaient et sont encore aujourd'hui indistinctement des Latins pour les Grecs. Quant aux musulmans, ils appelaient les Occidentaux ligués contre eux par la guerre sacrée du nom générique de Francs, indépendamment de leurs nationalités respectives, dont ils n'avaient qu'une idée très-confuse. De même, les populations diverses de l'islamisme recevaient indifféremment de nos croisés les noms de Turcs ou de Sarrasins. A mesure que nous avancerons dans, cette histoire, il faudra distinguer les races et les croyances diverses que confondaient ces dénominations un peu trop vagues.

1096-1180. Aperçu de rutotoire du royaume de Jériuaiem depuis sa foodation. Causes géographiques de sa faiblesse. Ëtat du royaume sons le règue de Baudouin IV.

1180. Guy de Lusignan épouse la sœor du roi. » tl86. Il est reconnu roi de Jérusalem. — 1187. Élévation et eonquètes de Saladin. Prise du roi et de la ville de lérnsalem. NouTelle croisade. — 1100. Le roi Guy entreprend le siège d*Acre. Mort de la reine Sibylle. On conteste à Lusignan son titre de roi. Divisions dans famiée chrétienne.

1191. Arrivée des rois de France et d'Angleterre devant Saint-Jean d'Acre. Discussions an sujet de la royauté de Jérusalem et de l'Ile de Chypre, enlèvement des Chypriotes. L'ordre du Temple achète l'Ile au roi Richard. Prise de Saint-Jean d'Acre. Accord au sujet de la royauté. Le roi Richard reste seul en Syrie.

1192. Soulèvement des chypriotes contre les Templiers. Nouvelles divisions entre les croisés et les barons d'outre- mer. Henri , comte de Champagne» est élu roi de

Jérusalem. Go y de Liisignao achète lUfrde Chypre. Le roi Richard quitte la Palestine. Trè7e avec les musalmans. Résultats de la troisième croisade.

Le voyage des rois de France et d'Aogleterre n*est pas l'objet qui doit particulièrement nous occuper. An milieu des actions de guerre dont la Palestine fut alors le théâtre^ nous devons nous attacher surtout aux circonstances qui concernent de plus près nie de Chypre et sa nouvelle situation. Mais il est d'abord né* cessaire, en raison de la communauté de gouvernement et d'intérêts qui va naître, entre les Latins de Chypre et de Syrie , des événements même au milieu desquels nons sommes engagés, de rechercher rapidement les causes déjà anciennes qui avaient affaibli rétablissement des Latins en Terre Sainte et les faits plus récents qui le menaçaient d'une destruction complète, quand les plus puissants princes d*£urope étaient obligés de passer la itier pour le secourir.

L'élan qui avait produit la première croisade et amené la délivrance des saints lieux de P<ilt*stiue, en fondant un État destiné à les protéger, suffit encore pendant un demi-siècle à fournir des défenseurs au royaume des croisés, et lui permit de se fortifier, en se développant. Devenus maîtres de presque tout le littoral de la Syrie depuis la Judée jusqu'au golfe d'Àlexandrette, les Francs, au moyen des vaisseaux de Tltalie et de la Provence, entretinrent dès lors deiaciies rapports avec l'Europe, d'oti pendant longtemps ils durent tirer exclusivement leurs renforts. Assurés par là du recrutement des hommes, leur premier besoin, ils auraient fini par occuper au fond de la Méditerranée une position peut-être inexpugnable, s'ils avaient réussi à étendre leur domination jusqu'au désert, dans le nord comme dans le sud du pays conquis d'abord par leurs armes. A ces conditions seules» ils pouvaient empêcher les populations turcomanes de l'Asie de s'unir contre eux auR Arabes de 1 Egypte et de la Syrie. A Test de l'Oronte, de TAuti-Liban et du Jourdain^ entre les terres chrétiennes et le bord du désert, se trouvait en effet une route naturelle que suivaient lès immenses caravanes de marchands, de soldats et de pèlerins, semblables à Témigration d'une ville en^ tière, qui , rassemblées du fond du Curdistan et de l'Asie Mineure, se rendaient au Caire pour le commerce, et à la Mecq^ue^ pour le pieux voyage exigé de tout bon musulman une fois au moins en sa vie.

C'est par la même voie que se sont rassemblées et entretenues,

iMmTeDt cembaitoes, mais plus souvent réunies contre les ennemitt de Fisbmisme, les armées innombrables des atabecs, dessnttans et des émirs musulmans qui régnaient sur les vastes contrées comprises entre le Nil et le Tigre. Les lieux où les caravanes, à leur entrée en Syrie, se reposaient, en se grossissant de tous les pèlerins du pays, et achevaient leurs préparatifs pour la grande traversée, sont Alep et Damas. Ceux qui étaient maîtres de ces deux villes tenaient alors les portes de communication entre i'Égjpte et la Mésopotamie. Aussi les Francs, tant qu'ils ont conservé un coin de la Palestine , et len croisés qui vinrent à leur aide , depuis le roi Louis YII uu douzième siècle, jusqu^uux derniers passages du treizième siècle, ont-ils toujours cherché à s'emparer de ces positions, ou de Tune des villes qui les avoisinéttt. Maïs ils ne parvinrent jamais à conquérir ces frontières avancées, que ne pouvait leur donner la bravoure sans l'union et la persévérance. Les inconvénients du régime politique importé par eux en Orient empêchèrent non«seulcroentle succès de toutes ces expéditions éloignées et de longue durée ; ils mirent en péril Texistence même de la royauté et du royaume de Jérusalem dès son origine.

La constitution fondée sur les Assises de Jérusalem, en consacrant rindépendance des grands vassaux, et permettant aux feudataires de contester le service militaire hors des limites de TÉtat*, réduisit souvent la royauté à une sorte d'inertie et de d^endaace ausHÎ gênante qu'avait élé celle des rois de France aux premiers Cemps de la féodalité. La situation fut plus funeste encore en Syrie, au milieu d'une population toujours hostile qui n'acceptait que de courtes trêves, parce que la loi du pays autorisait plus expressément les seigneurs et les ordres de chevalerie à traiter individuellement et à leur gré de la paix ou de la guerre avecrenoemi oommun ^. L'arrivée des secours d'Europe, toujours désirés et toujours utiles , fat néanmoins l'occasion de rivalités où les prérogatives souveraines furent souvent compromises et méconnues. Les croisés ne voulaient recevoir d'ordre que des chefs de leurs nations, et rimpalience de se signaler par quelque

1. Ce fat un perpétuel siyet de discussions entre la noblesse et la royauté féodale en Orient. M Beiignot, Assises de Jérusalem, 1. 1, p. 427 et suiv.; t. Il, p. xix.

2. Les préambules des diplômes royaox eu Syrie développent quelquefois ce prtodpe. Paolt, Codiee diphm, del sacro ordine Gerosol.^ 1. 1» p. 48, eto. M. Bengnot , AuiseSf 1. 1, p. xLvi.

action d*éclat^ dès quils se voyaient en présence des infidèle», leur fit presque toujours négliger les leçons de Texpérience et sacrifier à l'amour-propre du moment les succès définitifs de la guerre. Le roi ne pouvait dominer ces forces diverses et les maintenir assez longtemps dans une action commune. Aussi ne doit-on pas s'étonner que tant d'expéditions aient été inutilement entreprises, tant d'efforts et de sang vainement prodigués sur les limites orientales du royaume.

Les successeurs de Godefroy de Bouillon, trop faibles contre les sultans d'Alep et de Damas, que soutenait l'islamisme entier de l'Asie centrale , cbercbèrent à se garantir au moins de leurs attaques, et à intercepter leurs communications avec TÉgypte, en couvrant de remparts leurs villes frontières, et multipliant les châteaux forts sur la ligue de TOroute au Jourdain. Leurs principaux points d'observation et de résistance dans cette direction, indépendamment des forteresses destinées à protéger Édesse et Antiocbe, s'étendirent de Napa, Marra et Cafarda, entre Alep et Homs, jusqu'au gué de Jacob et au château du Saphed, que défendaient les Templiers, près de la mer de Tibériade. Ce lac et la mer Morte, mis en communication par le Jourdain, formaient, à la suite des forts supérieurs, une protection continue jusqu'au désert qui sépare la Syrie de l'Arabie et de TÉgy pte. Le passage de ristbme de Suez fut surveillé par la ville de Gaza, où finit le sol cultivable de la Syrie, et par l'occupation de plusieurs oasis au milieu des sables où l'on avait élevé des fortifications : telles que le Daron, en avant de Gaza, vers TÉgypte, la Pierre du désert et le Crac de Montréal, au delà de la mer Morte, vers l'Arabie; et Éla, aujourd'hui Akaba, à l'extrémité orientale de l'isthme, sur les bords de la mer Bouge. Ces postes, nombreux mais disséminés et insuffisants, permirent aux chrétiens d'inquiéter la marche des armées d'Afrique et d'Asie, sans jamais les arrêter ; «et si les princes musulmans dont les États les entouraient n'eussent été eux-mêmes aussi souvent désunis que les Francs, le saint sépulcre n'eût pas vu sur ses dalles deux générations de fidèles nées à Jérusalem.

La prise d'Ascalon, en 1 153, sous le roi Baudouin III, complétait la défense du royaume dans le sud, quand déjà la perte du comté d'Édesse, conquis en 1144 par le sultan d'Alep, l'avait dégarni d'une de ses plus utiles défenses au nord. Le royaume, ébranlé depuis cet échec irréparable, ne fit plus que chanceler,

bien qu'il trouvât encore parfois en lui-même les ressources d'une énergique offensive. Amaury P', saceédant à Baudouin IFt a une époque où les princes du Caire cherchaient à décliner la suzeraineté des sultans d'Asie, saisit l'occasion propice, et concentra ses expéditions vers l'Ëgjpte. Il attaqua le Delta par terre et par mer; il traversa plusieurs fois le désert à la tète de son armée ; il s'avança jusqu'aux palmiers de Belbeis, où il rendit une assise sur le service militaire qui nous est connue * ; mais, contrarié par les chevaliers , il dut renoncer à ses projets, et ne put pénétrer jusqu à la ville du Caire, que les historiens des croisades appellent, à cause de sa grandeur et de sa magnificence, la nouvelle Babylane. Plus malheureux à la fin de sou règne ^ il lui fut impossible de sauver Gaza et le Darou, dont la perte ouvrit la Palestine aux ennemis et les rapprocha de Jérusalem.

L'émir qui lui avait enlevé ces deux positions , après avoir gouverné les proviuces du Nil au nom des atabecsd'Alep, s'était depuis peu déclaré indépendant. A la mort de Noureddin, fils de Zenghi, Saiadiu, non content du royaume d'Egypte, prend le titre de sultan, soumet a son autorité toutes les principautés musulmanes de Syrie, étend ses conquêtes sur la Mésopotamie entière, et forme dès lors le dessein d'anéantir les États chrétiens qu'il enveloppait de tous côtés.

C'est au moment où s élevait cette redoutable puissance que le roi Amaury P*" mourut, laissant un fils digne du trône et capable peut-être de résister au fils d'Ayoub, qu'il battit deux fois, si la lèpre ne l'eût enlevé à l'âge de vingt-cinq ans. Le royaume de Jérusalem, après un court moment de force et de sécurité , voyait arriver le temps de sa décadence. Accru et protégé dans son intégrité par ses quatre premiers rois, énergiquement défendu encore par leurs trois successeurs, il déclina rapidement depuis la maladie de Baudouin IV, et le règne de Baudouin Y, son neveu, mort à Tége de sept ans.

Ce jeune enfant était fils de Sibylle ^ l'aînée des filles d'Amaury P% veuve alors de Guillaume de Montferrat dit Longue- £pée, mort en Palestine. Daus les dernières années de sa vie, le roi Baudouin lY, malade et sans enfants, craignant les entreprises du prince d'Antioche et du comte de Tripoli ^ , avait

1. M. Beagnot, Assises de Jérusalem^ 1. 1, p. xxx, 455, n. 1. Guillaume de Tyr, ffist. transm., lib, XXII, cap. 1. Uistor, occid. des croà-. sades, 1. 1^ p. loea.

ongagé sa sœur à se remarier. Aa lieu d'associer à sa fortune an des grands barons du royaume dont le pouvoir ou les talents pussent balancer Tinfluence qu*on redoutait^ et défendre la couronne de son fils, Sibylle préféra donner sa main à un simple chevalier poitevin alors en Palestine, nommé Guy de Losignan, frère du connétable de Jérusalem. Guy, l'un des fils cadets de Hugues le Brun, sire de Lusignan en Poitou, ne possédait ni seigneuries ni dignités en Syrie ; il n'avait pas l'intention de se fixer en Orient \ oii il était encore considéré comme étranger ^. Ses qualités d'ailleurs ne l'avaient point fait distinguer : la droiture de son caractère passait pour de la simplicité '; mais ses manières et sa belle figure avaient plu au roi et à sa sœur *. L'affection de la princesse Tentraina même, dit un contemporain ^, à une faute que le mariage seul pouvait réparer. Sibylle épousa Guy de Lusignan en 1 180 *, et lui donna pour son patrimoine particulier le comté de Jaffa et d'Ascalon, qu'elle avait eu en dot.

Ce mariage mécontenta la noblesse et finît par déplaire au roi. lui-même, qui s'était trop bâté de le conclure, i^a famille de Guj de Lusignan ne put s'expliquer sa fortune. Un de ses frères aines, Geoffroy , alors en Poitou, venu depuis en Palestine, ojk nous l'avons déjà vu, s'écria, dit-on, ironiquement en rapprenant: « Si mon frère Guy est devenu roi, certainement il deviendra « Dieu ? ^ » On ne voulut pas permettre que le mari de la reine fût tuteur du jeune héritier, ni régent du royaume, pendant la maladie du roi Baudouin. De l'assentiment des barons réunis en haute cour, la tutelle du prince fut confiée à Jocelin, autrefois comte d'Édesse; et Baymond , comte de Tripoli, dont les Arabes reconnaissaient eux-mêmes rhabileté *, dut se charger de la régence du royaume.

f. Vinisauf, //iner.»p. 2S1.

2. Guill. de Neubrige, HUtoria^ t. f, p. 306. Sicardi, Chronieon Cremonense, np. Maratori, Script. ItaL^ t. VU, col 603.

3. « Simplex erat et miousastutiM. » Violsauf, Hiner»^ p. 393. Htit, dt Chypre^ t. Il, p. 23. Preuves.

4. Guillaume de Tyr» Hist. iransm.f p. 1062. Benoit de Pétcrborotigh, Vita^ t. II, p. 443. ffist. de Chypre , t. Il , p. 22-23, d. PreuTea.

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