‹ Fragments d'histoire de ChypreChapitre 2 sur 29 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Depuis la conquête de Vile de Chypre par le roi Richard d^Angleterre ^ jusqu'à la vente de l'île au roi Guy de Lusignan.

Croisade des rois de France et d'Angleterre. Le roi Richard veut reposer sa (lotte sur les côtes de nie de Chypre. Mauvaises dispositions d'Isaac Gomnène , maître de nie, à l'égard des croisés. Il refuse le débarquement aux An^ais. Ricliard deseeod à limassol. Il convie Isaac Gomnène à une entrevue , et essaye de s'entendre avec lui. Fausses promesses d'Isaac. Le roi Richard bat les Grecs et s'empare de leur camp. Guy de Lusignan vient joindre le roi d'Angleterre à Limassol. Richard épouse Rérengère de navarre. Secondé par Guy de Lusignan, il se décide à poursuivre Gomnène dans l'intérieur de rtie de Chypre. Combat de Tremithoussia et prise de Gomnène. Oceopation de Nicosie. Situation et force des quatre cliAteaux du nord de l'tle. Ils sont attaqués et pris par les Anglais. SoumiBsioii des Chypriotes. Butin considérable que le roi Richard emporte de Itle de Chypre.

Les rois de France et d'Angleterre, unis dans une grande croisade qu'airaient déterminée les conquêtes de Saladin et la perte de Jérusalem, se rencontrèrent au milieu de Tannée 1 190

dans le port de miesùne, faisant route Y un et l'autre avec leur armée vers la Sjrie. La persistance des vents contraires n ayant pas permis aux flottes alliées de franchir le détroit du Phare avant la mauvaise saison, les princes se résolurent à passer l'hiver en Sicile. Ce long séjour dans les mêmes lieui de deux armées rivales et inoccupées faillit compromettre Texpédition a laquelle elles s^étaienl dévouées, en réveillant entre leurs chefs des querelles à peine assoupies. I^s xonseils de la prudence et de la religion finirent cependant par l'emporter, et un traité conclu à Messine, au mois de mars 1191, vint renouveler l'alliance des deux rois, en autorisant Richard a épouser Béreugère, fille du roi de Navarre, à la place d*Alix, sœur du roi de France, déjà sa fiancée * .

Philippe- Auguste, prenant les devants, quitta Messine le 30 mars, le jour même oii Éléonore de Guyenne, irréconciliable ennemie de la famille de Louis YII, amenait à son fils Bichard Bérengère de Navarre, dont elle voulait faire sa bru. Il avait donné rendez-vous au roi d'Angleterre devant la ville de Saint- Jean d'Acre, que les chrétiens de Palestine assiégaient depuis huit mois, et près de laquelle il débarqua lui-même heureusement le 13 avril suivant, veille de la fête de Pâques.

Le roi Bichard, après avoir engagé sa foi à Bérengère par la cérémonie des fiançailles, et pris congé de sa mère» qui retourna en Aquitaine, mita la voile le 10 avril, emmenant avec lui sa sœur Jeanne, veuve du dernier roi de Sicile et sa future épouse. Les mauvais temps ralentirent sa navigation ; il gagna péniblement rile de Bhodes et la côte d'Asie Mineure ; à peine parvenu à la hauteur du golfe de Satalie, toujours dangereux, il fut assailli par une violente tempête qui dispersa ses vaisseaux. Aux premiers moments de calme, se voyant isolé des siens , il se hâta de gagner les côtes méridionales de l'Ile de Chypre, d'oii il se trouvait le plus rapproché, afin de rallier sa flotte et de rejoindre au plus tôt Philippe-Auguste. Il ignorait les désastres occasionnés par Touragan à ses navires, et était bien loin de soupçonner

1. Rigord, Gesta PhUippi Aug., ap. D. Bnoqoet, Script. Franc, t. XVII, p. 32. Golll. le Breton , PkUipp,, ihid., p. 183. G. Vinisauf , Riekardi reçu iiiner. Bie* rotol, ap. Gale, HUi. Angl. script. , t. il, p. 318. Jeto Bromplon, Chronicon, ap. Twisdeii et Selden, Script. Angl,, 1. 1, col. 1195. Benoit de Péterborough, Vita ifanriei et Riehardi, éd. Hearne, Oxford, 1735, t. y, p. 643, ann. 1190.

lies événements qui allaient le retenir malgré lai dans Tlle Ter» laquelle il se dirigeait, et Taroener à en faire la conquête.

Trois vaisseaux entraînés par les vents s'étaient brisés sur les rochers de la côte; les naufragés , dépouillés et maltraités par une population hostile , quoique chrétienne , n avaient pu qu'avec peine gagner les premières habitations de Limassol, à Touest des ruines de l'ancienne ville d'Amathonte, oii ils étaient retenus comme prisonniers. Le navire sur lequel se trouvaient sa sœur et sa fiancée , éloigné plus que les autres du corps de la flotte, était parvenu avec peine dans la rade de Limassol, y cherchant un abri; les mariniers, après avoir vainement demandé Faccès du port, où les princesses, fatiguées d'un mois de traversée, voulaient débarquer, s'étaient vus obligés de jeter Fancre loin du rivage, dans une mer ouverte et encore agitée '.

L'Ile de Chypre, l'une des provinces les plus fertiles de Tempire byzantin, était depuis quelques années sous la souveraineté d'un prince de la famille impéiiale. Isaac Gomnène avait été d'abord gouverneur de l'Arménie, vaste contrée dont les limites politiques, souvent modifiées, confinaient alors vers le sud-est à la principauté des Francs d^Antioche. Obligé de s'enfuir du pays où il avait voulu se rendre indépendant lors de l'avènement d'Andronic P', son ennemi personnel, Isaac s'était réfugié en Chypre. Il avait commencé par établir son autorité en publiant de fausses lettres impériales, qui l'instituaient duc ou catapan de l'île, titre affecté ordinairement aux gouverneurs des provinces de l'empire ^. Ne songeant dès lors qu'à augmenter sa fortune afin d'assurer son indépendance, et sacrifiant tout à ses vues d'ambition, il avait traité odieusement les habitants de nie, les accablant d'impôts, confisquant arbitrairement le patrimoine des familles les plus opulentes, réservant ses seules faveurs aux soldats venus avec lui ou à ceux qu'il appelait dans Tile. Ses forces et ses richesses s'accrurent bientôt assez pour lui faire

t. ViniMuf, Richardi Uiner.^ ap. Gale, t. II, p. S18-321. Contin, de GuilL

de TifTf dans les ffist. oceid. des croisades , t. II, p. 159 et suiv. Bromptoo,

Chnm.f col' 1197. Roger de Hoyedeo, AnnaL^ ap. Savile , 5cHp^. Angl, , p. S90.

Benoit de Péterborough, FUOf etc,, t. il, p. 644-64A. Goill. de Meobrige, Historia

sive Chronicon, éd. Hearne, 1719, t. H, aan. 1191. Histoire de Chypre, t II ,

p. s. Preuves.

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