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Fragments d'un journal intime

noter ses impressions et ses observations, de converser avec lui-même la plume à la main; c'est ce dont témoignent un certain nombre de pages éparses, écrites pendant ses années d'études et de voyages, et qui forment un premier essai de Journal intime.

Interrompu à plusieurs reprises, ce Journal devient régulier en 1849, au moment où Amiel rentre à Genève après un séjour en Allemagne, et dès lors il se poursuit, semaine après semaine, puis jour après jour, jusqu'à la fin d'avril 1881, une semaine seulement avant la mort de l'auteur.

Ce manuscrit, qui embrasse ainsi plus de trente années, servait à plusieurs fins. Amiel y consignait le souvenir des occupations et des incidents de la journée. Il y notait ses observations psychologiques et les impressions qu'il recevait de ses lectures. Mais son Journal était surtout le confident de ses viéditations intimes, l'asile où le penseur prenait conscience de sa vie intérieure, interrogeait sa destinée, laissait échapper le cri de ses peines, cherchait l'apaisement dans l'examen et la confession.

En réglant ce qui concerne ses papiers, Amiel a exprimé le désir que les personnes chargées par lui du soin de ses écrits, publiassent les parties du Journal qui leur paraîtraient offrir un intérêt de pensée ou une valeur d'expérience. C'est ce vœu qu'elles remplissent aujourd'hui en présentant ce volume au public.

Laissant de côté ce qui est d'un caractère local ou privé, les éditeurs, dans le choix de leurs extraits, se sont attachés à reproduire la physionomie intellectuelle et morale de leur ami, à faire connaître ses hautes pensées, ses vastes aperçus sur la vie, les hommes et les choses. Ces pages, écrites au courant de la plume, quelquefois le matin, le 2>lus souvent à la fin de la journée, sans aucune préoccupation de composition ni de publicité, présentent naturellement les répétitions, les lacunes, les négligences inhérentes à ce genre de monologue. Les pensées et les sentiments n'y ont d'autre souci que la sincérité. Le lecteur y trouvera, non pas des Mémoires, mais les confidences d'un contemplatif, d'un philosophe, pour qui les choses de l'âme étaient les souveraines réalités.

Le volume que nous publions aujourd'hui renferme les extraits empruntés aux années 1848 à 1866 du Journal. Un second volume nous conduira jusqu'à la fin delà vie de l'écrivain. L'ordre chronologique a été suivi comme h plus naturel dans un livre dont le caractère est surtout biographique.

Désirant donner à notre publication l'appui d'un nom autorisé, nous nous sommes adressés à un ancien ami du défunt, M. Edmond Scherer,qui a répondu à notre demande

avec un rare dévouement. Bans î'Étude qui précède Séjournai, et pour laquelle, nous n'avons pas besoin de le dire, il a conservé la plus entière liberté d'appréciation, M.Sclurer a mis tout son talent et tout son cœur au service de la mémoire d'Amiel. Qu'il nous permette de lui en exprimer ici notre vive reconnaissance. Que les autres amis de notre ami qui ont bien voulu nous aider dans notre tâche pieuse par leurs conseils et leur sympathie reçoivent aussi nos remerciements, et puissent ces pages, dans tin temps où les intérêts matériels obscurcissent trop souvent le cief des réalités invisibles, ramener quelques lecteurs à la contemplation des choses sub specie aeterni.

Les Éditeurs.

Genève, octobre 18S2.

P.S. Tout en respectant scrupuleusement le caractère d'un livre devenu cher à bien des lecteurs, les éditeurs se sont crus autorisés ci introduire dans cette cinquième édition quelques pages nouvelles, ainsi qu'à en supprimer un petit nombre qui leur paraissaient faire double emploi ou qui trouveront mieux leur place dans un volume spécialement consacré à Genève et à la Suisse.

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