III. — Intestin
Les coupes ont été faites sur les parties de l’intestin colorées en noir dont il a été question dans le récit de l’autopsie.
Là on observe au milieu des cellules conjonctives du péritoine, quelques cellules colorées en noir, à la façon de celles qui sont dans le derme.
Dans les autres tumeurs rien de particulier à noter.
Dans les lymphatiques du mésentère et les ganglions hypertrophiés, quelques cellules coloriées en noir, mais en trèspetit nombre.
IY. — Grand sympathique.
Le grand sympathique cervical et thoracique a été examiné après durcissement dans l'acide chromique, et coloration au picrocarminate d’ammoniaque.
Lés cellules et les tubes nerveux ont paru être complètement sains ; nous n’avons pu reconnaître aucune trace de dégénérescence, aucune pigmentation. Ces ganglions ne présentent pas non plus la moindre sclérose.
L’altération capsulaire n’est donc, messieurs, nullement nécessaire pour produire la mélanodermie et les douleurs lombaires ; l’influence tuberculeuse n’est nullement nécessaire pour produire l’amaigrissement et l’asthénie. De plus, nous ne trouvons, ni dans le nombre ni dans l’intensité des lésions organiques, l’explication de la cachexie qui a tué notre malade.
Nous sommes réduits, par exclusion, à incriminer le système nerveux. Je me rends donc à la théorie nerveuse , mais je ne me rends pas sans conditions.
Il ne peut s’agir ici de l’altération d’un point déterminé, et toujours identique , du plexus solaire, par exemple, comme le suppose Jaccoud, oumêmedu grand sympathique abdominal , comme le veut Trumet de Fontarce ; les résultats négatifs de l’examen anatomique, le nombre et la variété des symptômes observés,
protestent contre cette manière de voir. Nous paraissons être en présence de ce que j’appellerai des lésions d’appareil, c’est-à-dire, pouvant se développer sur les divers points d’un appareil destiné à un ordre déterminé de fonctions, celles des fonctions delà vie végétative, qui ont plus particulièrement pour but les transformations du sang, et dont le siège principal est dans les glandes de L’abdomen. Les lésions peuvent s’étendre, puisque leur influence peut se faire sentir sur toute la surface de la peau ; elles peuvent parvenir jusqu’au centre nerveux, encore inconnu, dont les atteintes modifient assez profondément la nutrition de l’organisme pour déterminer un amaigrissement rapide ; elle peuvent même se propager aux parties du système nerveux qui servent aux fonctions intellectuelles et à la motilité. Ce serait donc là une maladie du système nerveux de la vie végétative, et une espèce particulière dans un groupe de cachexies d’origine nerveuse qui mériteraient d’être mieux étudiées et mieux connues. Ce groupe est en voie de formation ; c’est là que l’on trouvera sans doute l’explication de maladies anciennes et la découverte de maladies nouvelles.
Mais pourquoi, dans cette maladie nerveuse, ces altérations viscérales si fréquemment observées ? Pourquoi, en particulier, ces lésions des capsules surrénales dont la fréquence est cliniquement démontrée ?
C’est qu’il y a , messieurs, entre un organe et son système nerveux, de tels rapports d’intimité, que l’un ne peut guère être malade sans que l’autre ne soit affecté. Il y a de plus, entre les divers points d’un même appareil dans le système nerveux, des connexions telle-
ment intimes, que lorsqu’un point est affecté, le mal peut, par une marche tantôt ascendante et tantôt descendante, se propager aux autres et se généraliser.
C’est ainsi qu’une affection primitivement capsulaire peut être, non pas la cause, mais l’occasion et le point de départ de cet ensemble de troubles nerveux qui s’appelle la maladie d’Addison , et comme l’inflammation caséeuse née sous l’influence d’une diathèse scrofulo-tuberculeuse est la plus fréquente des lésions capsulaires, il arrive souvent que c’est une capsulite caséeuse qui a, non pas produit, mais provoqué la maladie d’Addison.
A cause de la richesse des capsules en filets nerveux, les altérations de cet organe prédisposent plus que celles des autres organes de l’abdomen au développement de la maladie bronzée, mais celle-ci peut être observée aussi à la suite des altérations ganglionnaires, des scrofuleuses plus encore que des cancéreuses, et à la suite des affections dysentériques ; vous savez combien, par les douleurs qu’elle provoquera dyssenterie ébranle le système nerveux. Mais il est encore possible que l’occasion du mal soit plus haut, qu’une tumeur de l’encéphale, ou un mal de Pott avec inflammation spinale, suscite dans le système nerveux ces phénomènes morbides dont le développement s’appelle la maladie d’Addison.
Voilà, messieurs, les principales conjectures que dans l’état actuel fie la science nous pouvons former ; mais n’oublions pas que ce sont de simples conjectures et attendons que de nouveaux faits nous apportent de nouvelles lumières.