‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 145 sur 173 · QUELQUES FEMMES · texte numérisé non relu

QUELQUES FEMMES

fraises des serres de M. deSoubise(i), à qui appartenait Mlle Dervieux que je ne voyais qu'à souper et une demiheure après, je voulus attraper encore davantage son prince, en lui faisant faire un présent malgré lui.

Elle mourait d'envie d'avoir un bel équipage pour Longchamp. Je trouvai pour mille écus une voiture qui en valait quatre et qu'un étranger qui était parti avait commandée. Je dis à la petite Dervieux qu'elle devait dire à son maréchal de France que cela ne lui avait coûté que la moitié de la valeur. Elle eut tout ce qu'il y avait de plus élégant et mille écus de profit. M. de Soubise crut avoir fait une bonne affaire, et avec mes trois mille francs, je lui en procurai autant et la voiture qui en valait douze. N'est-ce pas un tour de filou? Je n'en sais rien : je n'3^ attachai qu'une idée de gaieté et d'obligeance.

J'avais une Mme de Bussy, belle sans être aimable. Je me levais de chez elle à minuit et j'allais veiller jusqu'à six heures du matin chez une autre Mme de Bussy qui était l'une et l'autre, mais qu'on n'avait pas, mais où les chevaliers de Boufflers, de ... et deux ou trois hommes presque aussi aimables qu'eux et par conséquent les plus... aimables de l'Europe, aimaient à veiller aussi. Nous approchions un grand canapé de la cheminée et nous avons passé ainsi un hiver très heureux (2) .

(i) Charles de Rohan, prince de Soubise, i 715-1787.

(2) La première de ces dames est sans doute celle dont il est question dans la Chronique scandaleuse, publiée par Octave Uzanne, p. 224 : « Qu'on demande à la Brissault combien elle a reçu, le 22 avril 1774, du duc de Chartres, du duc et du chevalier de Coigny... du prince de Ligne, du baron de Bésenval, de M. de Vaudreuil. Tous lui ont fait neuf louis et elle leur avait servi à souper quatre nymphes, dont la moins chère était Mlle de Bussy. »

La seconde doit être cette parente du duc de Choiseul, née de

La reine avait mieux que de l'esprit, du tact, du goût, du jugement, des à-propos et de la gaieté. Mais elle arrangeait l'esprit et n'aimait ni les vers, ni ceux qui en pouvaient faire. « Ah ! voilà le triumvirat, disait-elle, quand elle voyait arriver le Talleyrand (i) d'aujourd'hui, le chevalier de Narbonne (2) et Choiseul-Gouffier (3). Je lui dis que je m'en vais en faire un autre pour en imposer à celui-là et je lui proposai pour l'évêque d'Autun, l'abbé de Balivière qui est tout ce qu'il y a de plus bête ; le duc de Coigny, assez médiocre, pour pendant de Narbonne, et moi, pour celui de M. de Choiseul, puisqu'il est passablement savant et que je ne le suis pas, faisant des recherches et moi pas du tout.

Un autre Choiseul (4) me fit grâce de la vie. Il y avait au moins de quoi m'envoyer promener. Il était chez moi. Je m'habillais. J'y pensais comme s'il n'y était

RIessey, qui épousa en deuxièmes noces un baron de Talleyrand et qui lors de son décès mérita cet hommage du marquis de Fulvy {Mémoires secrets, 4 janvier 1784) :

Je pleure l'aimable Mirthé Séduisante et sans artifice Obligeante sans vanité Sans fiel poète et belle sans caprice, etc.

(i) Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, i 754-1 838.

(2) Louis comte de Narbonne-Lara, i 755-1 81 4.

(3) Marie-Gabriel, comte de Choiseul-Gouffier, i 752-1815, ambassadeur de France à Constantinople.

(4) César-Gabriel, comte de Choiseul, puis duc de Prasun, 1712-1785.

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