‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 146 sur 173 · MADAME DE CASSINI ET NECKER · texte numérisé non relu

MADAME DE CASSINI ET NECKER

pas, et chantais ceci par distraction, parce que je croyais être seul :

Le plus ingrat et le plus bas Est le Choiseul aux entrechats.

Quoique l'on ne l'estime pas A danser on l'invite.

Pour les sauts, Pour les sots, Il a du mérite !

La reine d'à présent, hélas sans royaume, la femme de Louis XVIII (i), m'a assuré que la malheureuse et belle reine était morte dans la charrette où elle était noyée dans son sang, ses pertes, ses maux, ayant fini ses jours en chemin pour l'échafaud.

Mme de Cassini (2) me fit chercher un jour pour faire chasser Necker (3). Je l'écoutai et lui dis que je me mêlais à la cour du bien à faire, mais point du mal et que je n'y voulais jouer d'autre rôle que celui des

annonces.

Je me suis trouvé souvent au milieu des intrigues sans m'en douter. Par exemple la défaveur de M. de Guignes (4),

(i) Louis XVIII (alors comte de Provence) avait épousé, le 14 mai 1771, Louise-Marie-Joséphine de Savoie, fille de Victor- Amédée III, roi de Sardaigne.

(2) Sœur du marquis de Pezay, maîtresse du comte de Maillebois.

(3) Jacques Necker, i 732-1804.

(4) Adrien-Louis, comte de Bonnières, duc de Guines, 1735- 1806. Voir A. von Arneth, Maria-Theresia und M arie- Antoinette.

que la reine prit en guignon, a toujours été une énigme pour moi. A propos de lui, on sait le grand procès que lui fit son secrétaire Tort. Obligé de sortir de France, il se fit appeler M. de la Sonde (i). Je le rencontrai en pays étranger, et quelques propos que j'entendis de lui, me le faisant soupçonner, je dis : « Je vais le sonder pour savoir si j'ai tort. »

M. le prince de Conti me pria de sauver Beaumarchais le jour qu'il fut décrété de prise de corps et qu'il nous lut bien gaiement son Barbier, quoiqu'il fût entré dans le salon avec l'air de l'homme le plus malheureux. Je me donnai la peine de le mener à la première poste, de lui donner une voiture et un de mes gens pour le conduire jusqu'à Ostende, où je le fis embarquer. Huit jours après il était de retour d'Angleterre dans le cabinet de Louis XV. Quel mystificateur ! mais il était

bien aimable.

Les papiers publics ont parlé de mon Charles qui s'était jeté au milieu des flammes à Varennes, village de Champagne, où il donna pour consoler les brûlés tout ce qu'il avait et une montre superbe impossible à remplacer. Je ne gardai, comme de raison, d'argent (2) que ce qu'il fallait pour arriver à Paris.

(i) « J'arrive à Bruxelles. Je trouve dans une loge un homme qui parlait beaucoup de l'Angleterre et disait du mal des gens de la cour, soutenus en France contre ceux qui n'en étaient pas. On me dit qu'il s'appelait M. de la Sonde. J'eus quelques soupçons que c'était l'homme dont il était question. « Je crois que c'est lui, dis-je à quel- « qu'un, je vais le sonder pour savoir si j'ai tort. » Mélanges, t. XXVII, p. 8-9.

(2) Peut-être la mémoire du prince est-elle infidèle et qu'il con-

Page 1