‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 23 sur 173 · LA PUBLICATION DE LA « REVUE NOUVELLE » LUI · texte numérisé non relu

LA PUBLICATION DE LA « REVUE NOUVELLE » LUI

On peut dès lors supposer que le ms. B a dû être considéré par Cotta comme un double des Fragments ou comme un ouvrage différent qu'il n'a pas estimé devoir remettre à Pictet. Le ms. B ne porte d'ailleurs aucune trace des mutilations que Pictet a fait subir au

ms. S.

En 1846, la Revue nouvelle, de Paris, publia des Fragments inédits des mémoires du maréchal prince de Ligne (i).

« Les mémoires du prince, écrit l'éditeur, sont entièrement inédits. Il en a laissé de deux sortes. Les uns composés avec méthode, qu'il a légués aux Trabans de la garde poiir tenir lieu du legs en espèce que les capitaines de cette compagnie avaient coutume de faire à leurs anciens soldats. Ceux-ci ont été vendus à la maison Cotta de Stuttgart et ne sont destinés à paraître que le jour où il ne s'y trouvera plus im seul nom de personnage vivant. Les autres, écrits avec plus d'abandon et par morceaux détachés, ont été retrouvés dans une vente publique avec beaucoup d'autres manuscrits par son petit-fils. Ce sont ceux-ci que Mgr le prince de Ligne a bien voulu nous communiquer. Ils se composent de douze cahiers d'environ huit pages, écrites seulement sur la moitié et portent le titre de Fragments des mémoires de ma vie.

« Nous aurions voulu publier le manuscrit dans son état primitif, poursuit l'éditeur de la Revue nouvelle, mais

(i) La Revue nouvelle, t. VI (15 janvier 1846), p. 655-682 ; t. VII, (1846), p. 95-129; P- 215-248; p. 395-428.

ces curieux fragments sont trop irrégulièrement classés pour ne point perdre une grande partie de leur intérêt à être présentés de la sorte. C'est pourquoi nous avons pensé qu'il était préférable de les distribuer dans un. cadre régulier où le lecteur distinguera mieux les lignes d'un portrait que l'une des plus brillantes jSgures du dix-huitième siècle a fourni elle-même à ses peintres futurs. »

Nous signalerons que l'éditeur fait erreur quand il veut différencier les deux manuscrits en attribuant à l'un plus de méthode, à l'autre plus d'abandon. En réalité, les deux manuscrits ne devaient faire qu'un seul ouvrage ou plutôt l'un n'en est qu'une première rédaction incomplète. Nous avons vu, d'autre part, que ce n'est pas dans une vente publique que les manuscrits furent rachetés par la famille.

Des correspondances retrouvées aux archives de Belœil nous ont permis d'établir l'identité de l'éditeur anonyme de la Revue nouvelle. Ce fut Eugène Robin qui eut en communication tous les autographes du maréchal et il se proposait de tirer encore un volume des autres ouvrages posthum.es quand il mourut.

La Revue nouvelle a publié le texte d'environ 150 pages du ms. B, supprimant ainsi une cinquantaine de pages.

Des comptes rendus et des extraits (i) furent insérés dans les journaux et revues et si les Fragments n'obtinrent pas un succès éclatant, dès ce moment toutefois les mémoires du prince de Ligne sont couramment cités dans les travaux historiques.

(i) Notamment dans l'Émancipation (Bruxelles), 1846 et le Voleur (Paris), 1852.

ÉDITIONS FAITES d'ATRÈS LE MANISCKIT B. LV

Albert Lacroix demanda au prince Eugène de Ligne 1 "autorisation de publier à nouveau ces mémoires en un volume qui formait le complément naturel des quatre volumes d'œuvres choisies qu'il éditait. Cette publication se fit en 1860, mais Albert Lacroix ne consulta pas le manuscrit. Il se contenta de reproduire ce qui avait été publié par la Revue nouvelle en supprimant les commentaires et les résumés que le premier éditeur avait intercalés à la place de certains passages omis.

Lors de la célébration du centenaire de la mort du prince, en 1914, une édition préfacée par Eugène Gilbert fut publiée sous les auspices du Comité d'initiative, et ce fut le texte de la Revue nouvelle qui servit également : édition illustrée, parue à la veille des fêtes commémoratives et destinée à la vulgarisation, cette édition avait sa raison d'être et de ne pas être plus complète.

Le texte de la Revue nouvelle a, en outre, été utilisé dans d'autres éditions d'œuvres du prince, en 1899 en Angleterre, en 1920 en Autriche, en 1923 et en 1927

en France (i).

Le manuscrit B se compose de douze cahiers, format écolier (22 1/2x18 1/2) numérotés de i à 12. Ils com-

(i) The Prince de Ligne. His memoirs, letters and miscellaneous papers, selected and translated by Katharine Prescott Wormeley, Londres, W. Heineman, 1899, 2 vol. gr. 8° grav. — Der Fiirst von Ligne. Erinnerungen und Briefe. Ans dem Franzôsischeu ùbersetzt und herausgegeben von Victor Klarwill. Vienne, Manz, 1920, 8° grav. — Mémoires et lettres du prince de Ligne. Nouvelle édition illustrée, Paris, Crès, 1923, gr. 8° grav. — Prince de Ligne. La douceur de vivre, avec une introduction de Raymond Recouly, Paris, Éditions de France, 1927, in-i6.

LVI FRAGMENTS DE l'HISTOIRE DE MA VIE

portent respectivement : i à 5, chacun seize pages ; 6, huit pages ; 7, quatorze pages ; 8, 9 et 10, chacun seize pages ; 11, trente-six pages ; 12 (incomplet), huit pages ; les pages 3 et 4 de ce dernier cahier ont été arrachées, mais on retrouve le texte qu'elles contenaient dans le manuscrit S. Tous les cahiers sont écrits à mi-marge, sauf la dernière page du ii^ qui est entièrement remplie.

Le premier cahier porte le titre : « Fragments de l'histoire de ma vie. » Le copiste avait d'abord écrit « Fragment » au singulier, mais le prince a surchargé le t pour en faire un s.

Les cahiers i à 6 sont écrits par un copiste. Le prince a corrigé les fautes d'orthographe, rempli des espaces laissés en blanc, fait des corrections et des suppressions dans le texte, des additions en marge ou en interligne.

Ces corrections ont été effectuées à diverses reprises, à plusieurs années d'intervalle : les variations successives de l'écriture, les teintes de l'encre, les événements dont il s'agit, le démontrent à suffisance.

Les cahiers 9 à 12 sont écrits par le prince. Ils portent très peu de corrections. Dans le 11^ cahier, plus long, sur trente-six pages, l'auteur a remplacé sept fois seuement un mot par un autre.

Le prince a indiqué en marge par des chiffres un nouveau classement de certains fragments. Des croix tracées en tête des paragraphes confirment qu'ils ont été recopiés.

Les douze cahiers de B constituent en réalité une première rédaction : nous les trouvons répartis différemment, avec des suppressions et des variantes dans les vingt premiers cahiers du manuscrit S.

DESCKIPTION DU MANUSCRIT Bb LVIl

Le manuscrit que nous désignerons par Bb est un cahier de dix-huit pages, du même format que les douze autres. Il ne porte pas de numéro.

Il est entièrement de la main du prince, écrit jusqu'à la moitié de la page 17, la 18® étant restée vierge. Il est intitulé : « Extraits d'une espèce de journal qui m'a rappelé ce que j'ajoute ici et que j'aurais oublié sans cela. »

La marge de ce cahier est souvent occupée par des additions et des dates. B ne porte pas de dates, Bb est de rédaction plus récente. L'archiviste du prince, un Allemand appelé A.-J. Leygeb, qui s'intitule « notaire impérial et royal », auteur d'une histoire généalogique de la maison de Ligne, fonctionnaire très minutieux et très dévoué, tenait un journal des voyages du prince et de tout ce qui le concernait. Après la mort de Leygeb, le prince parcourt ce journal, s'en sert pour dater les événements, les aventures dont il a déjà parlé et quelquesunes dont ce journal lui procure l'occasion de se rappeler. Beaucoup de paragraphes ne sont ici que de simples sommaires, des noms, des dates. C'est une dernière revue de sa vie passée par le maréchal en même temps que la suite et le complément des premiers fragments. Les ultimes feuillets peuvent être datés des dernières années du prince.

L'original même du « Journal de Leygeb » n'a pas été retrouvé.

Le manuscrit Bc porte le titre : « Extrait d'un manuscrit intitulé : Fragment de ma vie. »

Il se compose de deux cahiers, format in-8<^, l'un de vingt et une pages numérotées, l'autre de six pages, plus quatre non cotées.

L'écriture, dont les caractères sont très grands, est celle, bien personnelle, de Caroline Murray.

Cette copie a probablement été faite après la mort du prince, d'après ce qu'il semble résulter d'une note inscrite avec la même encre à la deuxième page : « N.-B, Il était né en 1735. »

La copiste écrit Seygeh au lieu de Leygeb, erreur reproduite par la Revue nouvelle.

Ce manuscrit apporte quelques variantes aux fragments contenus dans B et B6, et un certain nombre de paragraphes nouveaux (que nous retrouverons d' ailleurs dans S), en tout treize fragments.

Le manuscrit B^ intitulé : « Huitième extrait d'un manuscrit du prince de Ligne, intitulé Fragments de ma vie, » est un cahier in-40 aux feuillets non numérotés et dont six pages seulement sont écrites par Caroline Murray. Il contient la reproduction de sept fragments de Bi dont un avec une variante finale et un huitième qui est nouveau. Ce n'est pas autre chose que la copie du dernier article publié par \d. Bibliothèque universelle, en 1832.

Page 1