‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 25 sur 173 · LE COPISTE DES MANUSCRITS LXI · texte numérisé non relu

LE COPISTE DES MANUSCRITS LXI

avec Ligne. C'est un cahier de huit pages, numérotées de 23 à 30, du même format que les autres cahiers des manuscrits B et S. Il est écrit par le même copiste et porte quelques corrections de la main de .l'auteur. Il n'apporte aucun fragment nouveau, mais il offre toutefois quelques variantes avec les manuscrits B et S, dans les douze paragraphes qu'il contient et qui sont tous relatifs à la jeunesse du prince.

C'est la même personne qui a copié les six premiers cahiers du manuscrit B, les cahiers i à 26 et 30 du manuscrit S et du manuscrit L. Son écriture ne nous a pas permis de l'identifier. Ce n'est pas la princesse Christine qui a copié tant d'autres ouvrages et dont l'écriture nous est familière. Ce n'est pas davantage Sauveur Legros, le dévoué secrétaire, dont l'écriture est aussi très. facile à reconnaître. La question ne peut même pas être posée, Legros ne s'étant plus guère trouvé auprès de son maître à l'époque où ces pages ont été copiées. Ce n'est pas non plus son fils Emile Legros, qui fut longtemps à Vienne en même temps que l'adjudant, le secrétaire intime du maréchal. Il semble, d'ailleurs, qu'un copiste d'origine française n'aurait pas laissé en blanc comme incompris des mots tels que musico, castillan, M^ du Defjant, Moniensier, de Simiane, janhourg Saint-Marceau, etc. ; il n'aurait pas écrit Villet-Coloret pour Villers- Cotterets, Marie à la Coque en quatre mots, etc.

Peut-être ce copiste, 'que le prince a dû trouver « bien bête », est-il celui dont il parle dans ce billet en vers

adressé au comte de M..., qui lui avait recommandé un abbé :

Cher comte, je n'ai pas de messe à faire dire :

Dans des temps aussi durs, soi-même on la dirait.

Mais je voudrais avoir quelqu'un qui sût écrire.

J'ai trouvé, l'autre jour, à vous manger tout prêt,

Un pau\Te diable en ecclésiastique,

Habit autrefois noir, ventre creux, mine étique.

Savez-vous, dites-moi, quel est son logement?

Faites-le-moi venir, je vous prie, à l'instant.

Il me convient, si l'âge a dérangé sa tête :

Car pour me copier, il faut qu'on soit bien bête ! (i)

Il y a plus de quatre-vingts ans, à vingt années d'intervalle, deux éditeurs empressés et indifférents ont publié, l'un d'après le manuscrit de Stuttgart, l'autre d'après celui de Beloeii, les fameux mémoires posthumes du prince de Ligne. L'un et l'autre n'avaient eu sous les yeux qu'un seul de ces manuscrits qui se complètent et se confirment si parfaitement, et aux coupures, aux remaniements arbitraires, aux mutilations volontaires ils ont ajouté souvent de graves erreurs de copie.

Il n'est plus permis aujourd'hui de modifier le texte d'un historien, et le grand intérêt d'une édition enfin établie d'après l'ensemble des Fragments connus doit nécessairement résider dans la publication intégrale et soigneusement coUationnée des divers textes confrontés.

Le prince de Ligne appartient à l'histoire. Il ne se

(i) Mélanges, t. XXI, 251.

ÉTABLISSEMENT DU TEXTE LXlII

trouve pas de secrets de famille dans ce qu'il y a d'inédit dans les Fragments : ces choses secrètes traînent éparses et dénaturées dans les mémoires et les correspondances du temps et ne peuvent que gagner à être remises au point. L'aimable mémorialiste n'a-t-il pas, d'ailleurs, dit lui même : « J'ai quelquefois envie d'écrire mes bêtises, car on me les raconte toujours de travers (i). »

Nous avons adopté pour la publication le texte du manuscrit de Stuttgart qui est plus complet et plus récent. Les passages de B qui ne figurent pas dans S sont intercalés, entre crochets, à la place naturellement indiquée par la comparaison du texte des deux manuscrits. Nous indiquons en notes les variantes du manuscrit de Belœil qu'il n'est pas possible d'introduire dans le texte courant, et aussi les variantes du petit manuscrit de Léopol.

Cependant certains passages de B que nous avons fait figurer entre crochets dans le texte pourraient également être considérés comme des variantes, car ils sont repris sous une forme différente dans un autre cahier. Nous les avons laissés à leur place primitive plutôt que de les signaler comme variantes, afin de permettre au lecteur de mieux se rendre compte des modifications apportées par l'auteur dans la rédaction du manuscrit S.

Nous notons les mots ou passages placés en marge, en interhgne ou biffés par Ligne dans S, B et L. Ces changements sont généralement de peu d'importance ; les corrections portent rarement sur des parties essen-

(i) Fragments, cahier XXIX.

tielles, jamais sur l'orthographe. Ce sont surtout des additions, de légères modifications suggérées par les événements, inscrites par l'auteur, lorsqu'il a relu après coup son texte original ou les parties copiées.

Il y a aussi, comme nous l'avons vu, dans le manuscrit S des corrections faites par une main étrangère, celle de Pictet. Nous ne signalons pas ces altérations du texte, mais nous notons éventuellement les passages où se trouvent des mots biffés lorsqu'il n'a pas été possible de les rétablir.

Il n'existe dans les manuscrits aucune division par chapitres : ce ne sont bien réellement que des « fragments ». Ligne n'a pas voulu établir une répartition quelconque de son œuvre en vue de la pubHcation, c'est le nombre des feuiUets qui s'est trouvé sous sa main qui seul a réglé l'importance respective des cahiers.

Après une brève hésitation causée par la crainte d'altérer un tant soit peu l'aspect si original de ces tablettes, nous avons cru indispensable d'adopter la division par cahiers et de faire précéder ceux-ci de sommaires factices qui pourront servir de points de repère dans une œuvre d'aussi longue haleine.

On pourra accuser l'annotation de sécheresse, mais nous n'avons point voulu, suivant le mot de La Bruyère, faire périr le texte sous le poids des commentaires. Nous avons estimé qu'il ne s'agit pas ici de commenter à loisir même des. passages obscurs, non plus que de fournir tous les éléments d'un contrôle historique, de discussions de faits, des témoignages contradictoires.

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