‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 52 sur 173 · MARIAGE · texte numérisé non relu

MARIAGE

J'avais défendu les attroupements, lis me reconnurent mais la phrase était lâchée et la demande était faite. Ils furent embarrassés. Je ne le fus que parce que je n'avais pas d'argent. Je leur en promis s'ils m'envoyaient le lendemain deux députés. Ils crurent que c'était pour les faire arrêter et me tirer de leurs mains. Comme ils m'aimaient pourtant, ils tinrent conseil sur ma bonne foi et s'y fièrent.

Le lendemain ils m 'arrivèrent, et je leur donnai quatre ou cinq ducats en les priant de renoncer à ce mauvais genre en leur assurant que je leur ferais quitter par des coups de fusil des patrouilles que j'enverrais dans tous les quartiers de la ville.

[Mon père ne me parlait jamais. Il me fait monter en voiture, me mène à Vienne et me marie. J'arrive dans une maison où il y avait quantité de jolies figures épousées ou à épouser : c'est ce que je ne savais pas. On me dit de me placer à table à côté de la plus jeune.

J'appris par mes gens qu'il s'agissait de mariage pour moi. Mais quand je pensai, au sortir du dîner, à tout ce que j'avais vu, je ne savais pas si c'était mon beau-père, ma belle-mère, une tante, ou les jeunes petites personnes qui m'étaient destinées.

Huit jours après j'épousai. J'avais dix-huit ans et ma petite femme en avait quinze (i). Nous ne nous étions rien dit. C'est ainsi que se fit ce qu'on prétend être la chose la plus sérieuse de la vie. Je la trouvai bouffonne pendant quelques semaines, et ensuite indifférente.]

(i) Le mariage fut célébré le 6 août 1755. Le prince avait vingt ans, sa femme quatorze.

[Je ne me souviens plus si ce fut par air ou par goût pour la chasse que j'y allai à six heures du matin après la première nuit de mes noces. Il est vrai que ma bellemère était venue nous réveiller pour nous faire changer de chemise, à la nouvelle épousée et à moi, de peur que si les anciennes tombaient, disait-elle, entre les mains de mauvaises gens, on n'y trouvât de quoi jeter un sort. Je m'aperçus bien que la famille dans laquelle j'étais entré n'était pas grande sorcière (i). J'avais passé une nuit affreuse parce que toutes les matrones m'avaient mis sous mes oreillers des petits paquets de reliques qui étaient descendus et m'avaient cassé les reins.]

[J'avais déjà bien souffert la veille, à la cérémonie du mariage où, après la bénédiction du curé du village d'Autriche ou presque de Moravie (2), on dit les litanies. On y paraît en robe de chambre et la mienne était, au milieu de l'été, de satin couleur de feu, avec des perroquets brodés en or, perchés sur une quantité de petits arbres brodés en vert. Quel fut mon étonnement lorsque mon père, avec un air de satisfaction et jouissant de la surprise, me fit passer les bras dans cette vieillerie avec laquelle je lui avais vu essuyer plus de cinquante accès (3) de goutte ! Mon père, en revanche, avait l'air du marié et ne portait que des habits brodés sur toutes

(i) Variante L : « une famille de grands sorciers ». {2) Variante L : a J'avais déjà bien souffert la veille à la cérémonie faite par le curé d'un village d'Autriche ou de Moravie, on y parait... » (3) Variante L : a attaques » au lieu d' « accès ».

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