‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 53 sur 173 · MARIAGE · texte numérisé non relu

MARIAGE

les coutures. Il m'avait fait faire, à la vérité, une pluie d'argent pour les fiançailles et une pluie d'or pour le joui- du mariage.]

Le baron de Spitael (i), lieutenant-colonel du régiment de mon père dont il avait été page autrefois, nous accompagna dans mon deuxième voyage à Vienne, comme son gentilhomme et mon premier ou second gouverneur.

M. de La Porte me quitta le lendemain de mon mariage. Cela me fit une peine que je ne puis exprimer. Il s'en retourna avec mon père qui le laissa en France avec ime pension trop modique à mon gré. Je fis alors la première dette de ma vie ! C'était douze cents ducats pour acheter un petit terrain dans l'Agenais, sa patrie, où il mourut peu de temps après.

Nous étions venus sur le Danube, comme autrefois, après avoir passé encore à Paris, où 1 on ne me laissait pas la moindre liberté. Et mon père, après avoir encore travaillé à Dormans, travailla en passant à ses deux hôtels de Nancy et ensuite encore à Closterneubourg.

Mais je m'en retournai de mon côté avec ma femme après les fêtes de Feldsperg (2) et les magnificence^ de notre oncle le prince Joseph Ventzl de Liechstenstein.

(i) Maximilien van Spitael, lieutenant-colonel au régiment de Ligne-infanterie, se distingua au combat de Hastenbeek, dans le Hanovre, le 26 juillet 1757.

(2) Feldsperg, petite ville de la Basse-Autriche, résidence d'été des princes de Liechtenstein.

Sa sœur, la princesse de Saxe-Weissenfels (i), veut nous voir à Dresde. Nous y passons. Elle dit qu'elle me défraiera à l'hôtel de Pologne. J'y prie à dîner et à souper tous les jeunes Saxons et Polonais de mon âge, de très jolies femmes aussi. Je crois que cela lui a diablement coûté !

Ah! j'oubliais ma première infidélité : en passant par Prague, à l'hôtel de Waldstein, une femme de chambre d'une Mme de Nostitz. J'étais marié depuis trois semaines.

Moins enfant, ne me souciant plus d'être un homme de cour, j'étais fier d'être devenu un homme de guerre. Je voyageais en uniforme complet. J'allais partout aux parades. Je faisais l'entendu.

Quelques jours après mon arrivée à Vienne, et avant mon mariage, espace très court, je fus fait capitaine dans le régiment de mon père, malgré lui et tous les Liechtenstein. Et déjà alors, ne voulant avoir obligation ni faire tort à personne, je pris la compagnie d'un

(i) Jeanne-Madeleine, duchesse de Saxe-Weigsenfels, 1708-1760. Variante B : « Une tante de ma femme, une vieille princesse de Saxe- Weissenfels, voulut Bous voir. Enchantée de son joli neveu peutêtre, elle me dit • « Je paierai toute votre dépense à Dresde. » Je prie la Saxe et la Pologne à l'Hôtel de Pologne, à dîner et à souper. Je m'amuse à merveille. Je coûte beaucoup à la bonne princesse que je laisse charmée d'un couple de trente-deux ans et je continue ma route pour les Pays-Bas. »

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