AVANT-PROPOS XV
plus insipide, en apparence, ne manquera pas
d'intéresser quelqu'un. ” Excellent conseil, qui doit être suivi, au risque même de provoquer l'ennui.
En effet, dans une étude des éléments de la vie intime d’une paroisse, on ne saurait, sans être incomplet, passer sous silence ces moindres faits dont la multiplicité, prise dans son ensemble, sert à former la physionomie ou du moins certains traits caractéristiques de tout un
peuple.
Dieu fasse qu'en offrant aujourd’hui au publie les prémices de notre humble travail, nous puissions nous flatter d’être de quelqu'atilité à nos concitoyens et d'apporter une pierre, si modeste soit-elle, à l'édifice de notre histoire nationale !
À MONSEIGNEUR BENJAMIN PAQUET, PROTONOTAIRE APOSTOLIQUE, Ancien Supérieur du Séminaire de Québec,
Et ancien Recteur de l'Université Laval.
Monseigneur,
À soixante-douze années de distance, vous êtes le second Supérieur que la paroisse de Saint-Nicolas s’honore d’avoir donné au Séminaire de Québec.
Tout incomplètes qu'elles puissent être, permettez-moi de vous faire hommage de ces quelques pages, consacrées à la mémoire de votre illustre devancier, à la mémoire aussi du digne prélat qui fit couler sur votre front l’onction sainte et au souvenir de quatre jeunes prêtres, dont vous avez été le tuteur et le guide, et que la mort a moissonnés dans la fleur de leurs jeunes années.
Saint-Nicolas, novembre 1894.
La famille Demers est originaire de Saint- Jacques de Dieppe, dans le département de la Seine inférieure, en France.
Deux frères, André et Jean, vinrent en la Nouvelle-France. Ils étaient fils de Jean Dumets ou Duinay et de Barbe Mangis. André, né en 1631, finit ses jours à la Pointe-aux-Trembles de Québec ; mais ses enfants lui survécurent et se fixèrent presque tous à Montréal, ou dans les environs.
Quant à Jean, qui doit nous occuper un instant parce qu'il est l’ancêtre du prêtre distingué
qui fait le sujet de cette étude, il naquit également à Dieppe, en 1632, et se maria à Montréal, le 9 novembre 1854, à Jeanne Redié, fille de Michel Redié et de Catherine Dorbelle, de Saint- Germain, Evêché d'Angers.
Il était cultivateur et navigateur.
Sa femme et lui quittèrent Montréal et s’établirent à la côte de Lauzon en 1662. Ils y élevèrent leur famille et y marièrent leur fille Anne à Gabriel Duchesne, à Québec, le 3 mai 1688, en premières noces ; puis, au sieur Michel Cureux dit St-Germain, en 1693.
Sur le déclin de l’âge, Jean et son épouse décidèrent d'aller passer leurs dernières années auprès de leur fille devenue veuve, dans la ville de Champlain.
C'était en 1698.
Cette année-là, ils fondèrent sept messes basses à la paroisse de Québec, et, l’année suivante (1699), ils avaient un banc dans l’église, comme on le constate dans la reddition de comptes des Marguillers.
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Tous deux moururent en 1708. La sépulture de Jean eut lieu le 5 juillet ; celle de Jeanne, le 3 Décembre ; Jean et René, deux de leurs fils, étaient présents aux funérailles de leur mère. Le Séminaire de Québec fit chanter un service funèbre à Jean Demers, ce qui indique que cette maison avait eu quelque part à ses bonnes œuvres. (Compte des Marguillers.)}—Madame St.- Germain ne leur survécut pas longtemps, car elle fut inhumée le 5 avril 1711.
Le père Jean s'était fixé un peu à l’ouest de l'église actuelle de Saint-Nicolas : il possédait douze arpents de terre de front qui comprenaient la propriété actuelle de Benjamin Filteau et courait, en plus. l’espace de six arpents vers l'Est. Cette terre, il la céda et vendit à ses deux fils Eustache et Nicolas, âgés respectivement de 18 et 22 ans, le 25 novembre 1694. Elle était bornée à l’ouest par Jean Pillot et à l’est par Nicolas Massard. On y avait érigé un corps de logis de trente pieds de long, de pièces sur pièces, couvert de planches, une grange et une étable. Elle était chargée envers la Seigneurie de Lauzon de huit livres et six chapons de rente sei-
gneuriale. Eustache acquit, en 1699, la terre de Nicolas Massard, réunie au Domaine Seigneurial par défaut de prestation de rente, de sorte que les deux frères avaient alors dix-huit arpents de terre de front au premier rang; de plus, la première concession du rang de Vire Crépe, contenant quatre arpents de largeur, et étant la prolongation des propriétés du bord de l’eau.
Pierre se fixa dans le haut de la paroisse ; Jean à Sainte Famille, Ile d'Orléans, d’où lui et ses enfants revinrent dans le bas de la paroisse, à une certaine distance de René, et François à Laprairie. André, qui a donné le terrain de la première église, près de l’Anse du Vieux-Moulin, avait acquis la propriété de Thomas Lemarié, quatre arpents de terre de front qui sont aujourd'hui inclus dans les fermes de Ignace Pâquet et de Louis Demers, de l'Est à l'Ouest. Après la disparition d'André Demers, pris par les Anglais en Acadie, son père revendit cette terre à François Frichet, plus tard capitaine de milice, et ce fut là le berceau des Fréchette, à Saint-Nicolas.
De ces divers points les descendants de Jean Demers se répandirent aux quatre coins de Saint-
Nicolas, dans les paroisses environnantes, à beaucoup d’endroits de la province et à l'étranger.
Et elle était nombreuse cette postérité. René avait eu dix-huit enfants de ses deux mariages, avec Anne Dubois en 1694, et Marie Jeanne De Lavoye en 1714; Nicolas, seize enfants de son union en 1700 avec Anne Rocheron: Eustache en eut six de Marie Dubois, son épouse, et Pierre, sept, dont trois de Jeanne Pouliot avec laquelle il se maria en 1691, et quatre de Marie Jeanne Houde, sa seconde femme en 1703. Jean n'eut que deux enfants dont l'aîné Louis revint de
‘île d'Orléans se fixer dans le bas de la paroisse. Somme toute,quarante-neuf petits enfants étaient issus des cinq fils qui restèrent à Saint-Nicolas.
De près ou de loin, la majorité des habitants de cette paroisse sont alliés à la famille Demers. Eustache fut l'ancêtre de Mgr Modeste Demers, premier évêque de Vancouver, et de son frère Isaie, cultivateur de cette paroisse, vénérable vieillard aujourd’hui âgé de 88 ans ; Jean compte parmi ses descendants le Grand-Vicaire Demers, le sujet de cette biographie, feu le docteur Demers, de l’île d'Orléans, M. L. J. Demers,
propriétaire de l’£vénement, et, du côté maternel, l'abbé L. A. Pâquet, du Séminaire de Québec, le Docteur B. Desrochers, de Ia Beauce, et autres ; Nicolas, Mgr Benjamin Pâquet, l'abbé Louis H. son frère, et mon père, par le mariage de Etienne Pâquet, leur arrière grand-père, le 15 février 1762, avec Marie Madeleine, fille de Michel, petit-fils du dit Nicolas Demers; et René, A. Demers, avocat et régistrateur, de Berthier (en haut), le Père Demers, son frère, Père de la Croix, de South Bend, Indiana, l’abbé Fréchette, curé de Laval, Naz. Olivier, avocat de Québec, comme descendants directs ou collatéraux du dit Pené avec sa seconde femme M. J. DeLavoye.
Quant à François, il se maria en 1699, à Jeanne Roanes, veuve d’Etienne Bisaillon, à Laprairie où il a aussi laissé une nombreuse postérité.
Nous avons cru devoir entrer dans ces détails qui préparent à l'objet spécial de notre étude et qui offrent un intérêt tout particulier pour les membres de la famille Demers. Ceux-ci, d’ailleurs, peuvent facilement retracer leur lignée en
jetant un coup d'œil sur le tableau synoptique des mariages célébrés à Saint-Nicolas, que nous
annexons à nos notes.