LE DÉPART
Quelques mois après cette cruelle séparation, le père Michel Demers et son épouse descendaient tous deux dans la tombe, à peu d’intervalle l’un de l’autre, frappés au cœur par la douleur profonde qu'ils en avaient ressentie. Dans cette terrible épreuve, la grâce du Seigneur soutint Modeste Demers, comme elle avait consolé François-Xavier et tant d’autres saints qui firent le sacrifice de leurs parents pour suivre les ordres du Ciel.
Le vingt-sept avril, M. Demers s’embarquait
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à Lachine, à trois lieues de Montréal, sur un canot d’écorce en destination de la Rivière-Rouge, ayant à parcourir une distance de sept cents lieues pour arriver au terme de son voyage.
Parcourir sept cent lieues en canot d’écorce, et cela dans la posture la plus gênante, avec de longs portages à faire à pied dans les bois, les marécages et les rochers; puis sauter des rapides endurer l'intempérie des saisons, coucher en plein air, et n'avoir à manger qu'une nourriture mal apprêtée et souvent malpropre : tel était le genre de vie que s’imposait, à l’instar des autres missionnaires, M. Demers, en partant pour le Nord- Ouest.
Pour surcroît de souffrances et pour comble de fatigues, un soir, dans un campement, il s’ébouillanta une jambe et un pied. Ce qui, pour un autre, aurait pu être une cause de découragement ne le déconcerta pas. “ Vous me porterez sur vos épaules, dans les portages,” leur dit-il, et il se remit en route. Mais ne voilà-t-il pas que, dans le cours de la journée, le sauvage |, qui le por-