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prairies naturelles, entre-coupées ça et là de toufde bois, et ouvrant, pour ainsi dire, à l’agriculture des horizcns sans bornes. Sur les rives, la pêche la plus abondante ; dans les bosquets, un gibier nombreux se nichant sur le chêne ou le sapin, richesses forestières les plus communes de ce pays favorisé.
La Nouvelle-Calédonie et tous les pays du Nord, que M. Demers avait lui-même, en partie, évangelisés, tombaïent sous sa juridiction. Les travaux opérés dans ces contrées depuis l'arrivée des missionnaires formaient autant de jalons plantés ça et là sur un territoire qui n’était pas précisément de son domaine, mais qui restait attaché à son diocèse. Néanmoins, quel chagrin n'était-ce pas pour lui de quitter ses chères brebis de la Colombie, de se résigner à perdre le souvenir de plusieurs langues qu'il avait apprises avec tant de peine, avec la perspective, en allant résider au milieu de peuplades différentes, d’être obligé de s'initier à de nouveaux idiômes !
Il fallait commencer une nouvelle œuvre, poser la première pierre d'un édifice qui n’at-
tendait qu'une direction puissante et des bras vigoureux pour s'élever majestueusement au milieu de l'Océan. Mais les ouvriers évangéliques manquaient, les moyens matériels manquaient aussi, Car la compagnie de la Baïe d'Hudson, toute libérale qu'elle fût, allait être incapable de suffire aux besoins, même les plus urgents, malgré les revenus de son immense ferme et les nombreux animaux qu'elle y élevait, ainsi que les moulins à scie et à farine qu'elle y avait construits. Tout était à faire, à créer. Et, afin de pourvoir à ces pressantes nécessités, que voyait en face de lui notre pauvre misnaire, si ce n’est la misère et le dénument ? Mais, plus haut, dans les sphères de la Foi, planait l’espoir de la protection divine, de cette Providence qui se plaît à confondre l’orgueil humain, en se servant des hommes, comme de pauvres instruments, dont la faiblesse ne fait qu’'éclater davantage dans le concours qu’elle donne à ses œuvres étonnantes,
Devant toutes ces difficultés, en présence des obligations et des responsabilités vraiment redoutables qui s'attachent à la dignité épiscopale,
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l'abbé Demers eut comme un moment d'incertitude et de faiblesse ; il sembla hésiter. Mais une voix supérieure, la voix de sa vocation, parla plus haut que toutes ces craintes, et descendant dans sa conscience, il y puisa de profonds motifs d’accepter une charge que la sainte obéissance et le dévouement à l'Eglise de Jésus-Christ lui imposaient pour le salut des âmes, au détriment de son repos, de son bien-être et de sa vie. Ce rude combat qu’il eut à soutenir contre lui-même est peutêtre la page la plus intéressante et la plus édifiante de toute son histoire, puisqu'elle nous laisse voir, dans tout son jour, la grandeur de son humilité, vertu admirable par laquelle il s’efforait constamment de dérober ses mérites à tous les regards.
Dans une lettre qu’il lui avait adressée, M. C. F. Cazeau, plus tard Vicaire-Général du Diocèse de Québec, lui laissait pressentir d'avance le changement important qui allait s’opérer en favenx de sa mission, et le choix certain de sa per-sonne, comme l’un des suffragants du nouvel Archevêque. .
Cette lettre fut un coup de foudre pour l'ad-
ministrateur du Vicariat Apostolique de la Colombie Anglaise : c'était le renversement de ses calculs et de ses espérances, et, plein de consternation, il entrevoyait déjà, sous ce fardeau de l'épiscopat, la paralysie presque complète des efforts qu’il avait faits pour la conversion des infidèles.
Dans l’ardent désir qu'il avait toujours eu de consacrer toute sa vie à ses chères missions, il se figurait qu'il lui faudrait les abandonner, si on l'élevait à la dignité épiscopale, à laquelle il ne se croyait pas appelé. Et, fermement convaincu de son indignité, 1l écrivit une lettre énergique et motivée par laquelle il alla même jusqu’à demander la cure de la plus pauvre paroisse du Diocèse de Québec, si la rumeur de sa nomination se confirmait.
Pour toute réponse à ces arguments qu'il jugeait être irréfutables, il reçut les Bulles qui le nommaient Evêque de Vancouver.
“ Dire la peine qu'il éprouva alors, nous raconte un biographe, serait impossible, et, dans la soumission illimitée qu'il professait pour la vo-
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lonté de ses supérieurs, il se serait mis en route immédiatement pour le Canada, afin d'éviter ce qu'il appelait le plus grand châtiment qu’on pouvait lui infliger.
“ Dans sa douleur profonde, il alla se jeter aux genoux du Rév. Père Acolti, Supérieur des Jésuites de la Colombie. Il le supplia d’intercéder pour lui, et de lui suggérer les moyens de sortir de l'extrême embarras où il se trouvait. Ce vévérable et savant vieillard lui dit, pour toute réponse : “ Eh bien, mon cher M. Demers, consolez-vous, nous allons faire une neuvaine ensemble et. puis Dieu nous dira ce qu’il faut faire.” La neuvaine terminée, le Père s’adressa à lui en ces termes : “Mon cher ami en Jésus-Christ, avezvous entendu la voix du Ciel ? Je l’ai entendue, moi, et voici ce qui me reste à vous dire : Dieu nous cache souvent ses desseins admirables, et un des moyens ordinaires qu'ilemploie pour nous s découvrir, en tout ou en partie, est souvent la voix de nos Supérieurs. Or, dans le cas actuel, ce sont les Evêques du Canada et celui que la Providence vient de placer à la tête de ce vaste territoire qui ont parlé, et le Saint-Siège a ap-
prouvé. , C’est done le temps de prêter l'oreille à aux enseignements de la foi qui vous anime, et pr vous entendrez sortir du sein de la tempête qui lB bouleverse votre âme cette voix éloquente qui 1 dissipera toutes vos inquiétudes : Roma locuta je est, causa finita est, Rome a parlé, la cause est no décidée. is cro
“Oui, ilfaut vous soumettre, la Providence fera te le reste. Vous avez le don des langues...... D ont Evidemment, Dieu veut vous attacher d’une ici manière irrévocable aux missions des pauvres ver sauvages qui vous aiment tant......Æn tout cas, l’épiscopat ne peut toujours pas vous nuire.”
“M. Demers se retira de cet entretien soumis mais versant d’abondantes larmes, proférant du fond de son cœur ces touchantes paroles : Parutum cor meum, paratum cor meum ; oui, je 1 suis prêt pour le sacrifice, mais, mon Dieu, la vue de mes misères et de ma faiblesse m’accable. Ayez pitié de votre pauvre serviteur, dans votre infinie miséricorde.”
Il fit ensuite une retraite d’au delà de quarante jours.
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Le 30 Novembre 1847, fête de Saint-André, apôtre, fut le jour choisi pour sa consécration. Il voulut ainsi placer son nouvel apostolat sous la protection tutélaire de ce grand saint. Et, s’il ne devait pas lui être donné de verser, comme lui, son sang pour son divin Maître, il espérait, du moins, à son exemple et avec son secours, embrasser avec joie et souffrir avec patience les croix, les peines et les tribulations, dont sa route serait sans doute semée.—Ceux-là seuls, qui ont goûté à la vie sacerdotale, pourraient dire ici les émotions de son cœur et les sentiments di
vers qui l’assiégèrent à ce moment suprême.
La cérémonie eut lieu dans la modeste église d'Oregon City, élevée au rang de cathédrale pa la nomination de Mgr Blanchet comme métrop litain des nouveaux diocèses : ce dernier lu présida lui-même. Une grande foule prit par à ce spectacle touchant. Sans parler des enfants du pays pour lesquels cette cérémonie avait tout le charme de la n'‘'veauté, un bon nombre de Canadiens y assis ‘rent avec émotion, priant le ciel de bénir leur pays d’adoption comme leur pays natal, [inmédiatement
après le chant d'actions de grâces, le nouvel évêque put accomplir le premier acte administratif de sa vie épiscopale. Un vieillard qu'il avait instruit quelques jours auparavant et qu'il avait fait entrer dans le sein de l'Eglise recut le sacrement de la Confirmation : consolation bien douce ct bien capable de donner un nouvel essor aux aspirations généreuses de son âme.