‹ Fragments de l'histoire religieuse et civile de la Paroisse de Saint-Nicolas [microforme]Chapitre 47 sur 85 · BUT DE SON VOYAGE.—S$SES RÉSULTATS · texte numérisé non relu

BUT DE SON VOYAGE.—S$SES RÉSULTATS

Le but de ce long et difficile voyage au Canada et en Europe était de solliciter auprès de ses chers concitoyens et anciens compatriotes des secours efficaces en faveur de ses missions. Il comptait sur la genérosité de tant d’âmes sensibles, de tant de chrétiens dont le cœur, ému d’avance à l’idée de procurer à d’entières nations sauvages les joies et les bienfaits de la vraie religion, devait s'ouvrir large, consolant et secourable, et laisser couler avec abondance les trésors de l’aumône comme remède à ces détresses morales, les plus grandes de toutes celles qui sont le triste apanage denotre pauvre humanité. Par ce moyen dela charité chrétienne, des ouvriers ÉVAN« géliques s’uniraient à lui pour consolider ses premières missions. faire embrasser la croix de Jésus- Christ aux p'. /lades les plus éloignées, eë éclai-

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rer de sa sainte lumière les milliers d'infidèles qui, comme les Hébreux dans le désert, semblaient soupirer après la venue d’un nouveau Messie.

Monseigneur attendit à Québec l’apaisement de la révolution qui agitait l’Europe. Pendant le séjour qu'il y fit, sa première visite fut d’abord pour sa famille, dans la paroisse de Saint-Nicolas, où il démeura un assez long temps.—Son premier but, en y venant, était d'accomplir un vœu qu'il avait fait, pendant son voyage, à Fort August, chez le Rév.M. Thibeault. La maladie l'avait tellement changé que son ami n'avait pu le reconnaître, et ses compagnons avaient été obligés de le supporter sur son cheval, tant il était faible. Il promit alors de chanter une grande messe, à l'autel du Saïnt-Scapulaire, dans sa paroisse natale, s’il revenait à la santé.

Le lendemain de son arrivée, il célébrait cette messe d'action de grâces, qui avait été annoncée le dimanche précédent, au prône, par M. Bail-

largeon. Aussi l’église était-elle littéralement remplie.

Les paroissiens étaient tout émus ; mais cette émotion fut à son comble, quand Mgr Demers, montant en chaire et prenant la parole, s’exprima à peu près en ces termes : “ Qu'il est doux de revoir des amis, des parents, des voisins, des co-paroissiens, après onze années d'absence ! Oui, il y a aujourd’hui onze ans et quelques mois que je vous ai fait mes adieux, pou. ler évangéliser des nations sauvages, des peuples barbares. À mon départ, j'ai emporté avec moi vos sympathies, vos regrets......Plusieurs d’entre vous voulaient me retenir et tous faisaient entendre ces paroles décourageantes : “ Pourquoi ce jeune prêtre, qui pourrait être si heureux dans son pays, s'en va-t-il dans une contrée où il sera exposé à mourir de faim et de misères, où il ne rencontrera que des êtres hideux, repoussants, qu'il ne pourra comprendre etde qui il ne pourra être compris. Vous le savez, cette perspective si peu attrayante, loin de me décourager, n’a fait qu'accroître le désir que j'avais d'aller répandre les lumières de l'évangile chez ces peuplades grossières, plongées dans les plus épaisses ténèbres, et malgré les voix nombreuses qui me criaient de rester ici, je me suis enfoncé dans les

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déserts, les prairies, ies montagnes, je me suis hasardé sur les lacs et les rivières, j'ai bravé les rapides et les cascades, j'ai visité des peuples barbares, de toutes langues et de toute tribu, et, aujourd’hui, j'ai à vous dire que, pendant que mes parents et mes amis pleuraient sur mon sort, moi j'étais rempli de joie et d’allégresse : car tout indigne que j'en étais, je voyais les bénédictions du ciel pleuvoir à mes côtés, et se répandre en abondance sur tous les cœurs auxquels j'annonçais la nouvelle du salut. Oui, je le répète, tout heureux que l'on soit au Canada, j'ai éprouvé, au milieu de mes chers sauvages, des consolations, comme il est donné à peu d'entre vous d’en éprouver même au sein de vos familles, ”

Mgr Demers prêcha avec cette onction, cette piété douce, ce zèle enflammé pour la conversion des païens qui faisaient le fonds de son âme, avec cette éloquence qui coulait de source, naturellement, et semblait être chez lui comme un suave écho de l'inspiration divine dont il était inondé. La Propagation de la Foi : c'était là son thème favori, unique ; il au-

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rait voulu l’inoculer dabs l’esprit, dans le cœur de ses auditeurs, imbibér leur intelligence de cette grande vérité cathblique que celui qui contribue à sauver une âtne porte en lui-même le germe certain de sa prédestination. Aussi sa parole fut-elle entendue : elle le fut non-seulement dans le lieu de sa naissance, mais dans toutes les paroisses environnantes.

Un incident bien douloureux, dont il n’oublia jamais le souvenir, marqua son séjour à St-Nicolas. Ce fut à l’occasion de la visite qu'il fit à la maison paternelle. Nous avons vu la profonde tristesse et la fin tragique de ses vieux parents, qui suivirent son départ pour les missions. L'on comprend donc d'avance quel coup terrible cette visite, éveillant de si tristes souvenirs,dut porter à la sensibilité de son cœur. Pour mieux supporter cette épreuve, il se fit accompagner de M. LaHaiïe, son cousin et ami, autrefois curé de St- Jean Deschaillons. Ecoutons ce dernier nous faire lui-même le récit de cette entrevue :

“ Quand nous sommes arrivés à la maison pa- “ ternelle, tout semblait se réunir pour accabler “ Mgr Demers de chagrin. D'abord, son frère,

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“ devenu propriétairede cette maison, était absent, “et personne ne se présenta pour le recevoir. “ Force nous fut donc de pénétrer dans cette “ maison, sans savoir qui nous allions rencontrer. “ Après avoir traversé le premier appartement, “une jeune femme, suivie de trois à quatre petits “enfants, se présente à nous, mais elle est étran- “ gère à Mgr Demers, quoiqu'elle soit sa belle- “sœur. En l’apercevant, elle se jette à genoux “pour recevoir sa bénédiction ; maïs sans pro- “ férer un mot, tant elle éprouvait d'émotion et “de gêne. Dans son embarras, Mgr se contenta “ de demander la chambre mortuaire de ses vieux “parents : ce qui lui fut indiqué sur le “champ. Et c'est là surtout que la scène fut “navante. Quand ce vénérable fils aperçut le ‘lit où avaient rendu le dernier soupir son cher “père et sa bien-aimée mère, il ne put proférer “une parole, ni verser une seule larme, mais sa “figure devint pourpre, au point que je craignais “qu'une attaque d’apoplexie ne le frappât à

“mort ; alors je me hâtai de faire diversion à son

“extrême douleur, en attirant son attention sur

“les petits-neveux qu’il voyait pour la premiè-

“re fois, et qui semblaient en attendre une cares-

se. Ma voix le retira de son grand abatte- “ ment, et il parut grandement soulagé. Cepen- “ dant, il se jeta à genoux, nous fit signe de la ‘ main de suivre son exemple, et récita, avec la ‘ plus grande ferveur, un De Profundis pour le “ repos de l’âme de ceux qui lui avaient donné “ le jour. Quant il eut accompli ce devoir de “ piété filiale, il fit connaissance avec cette nou- “velle famille, parut prendre intérêt à tout ce “ qui s'était accompli depuis son départ, et, après ‘ avoir donné de sages conseils aux enfants et à ‘ la mère, il se rendit au presbytère pour se re- “ poser de la grande coramotion qu'il venait d'é. “ prouver.”

Il parcourut ensuite en tous sens, la plus grande partie du diocèse, expliquant partout le but de son voyage, les besoins de ses missions, et sollicitant pour toutes ses œuvres une aumône que tous versaient en ses mains avec abondance, les larmes dans les yeux.

Il fit l’ordination de plusieurs prêtres, entr'autres celle de l'abbé André Pelletier, en juillet 1849 dans l’église paroissiale de Sainte-Anne de la Pocatière, et ilconfére le sous-diaconat à M.M.E.

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Méthot : le premier devint, plus tard, Supérieur de son collège, et le second Supérieur du Séminaire de Québec et Recteur de l’Université-Laval.

Son arrivée dans chaque paroisse était une véritable ovation. Les Curés et les fidèles désiraient le voir, l'entendre, seconder son zèle et contribuer au bien immense qu’il se proposait de faire comme évêque, après ce qu'il avait fait comme simple prêtre.

Partout, sa parole créait un très-vif enthousiasme.

Rappelons ici un fait qui donne la mesure de. l'impression produite, quand Mgr Demers préchait ainsi sur la propagation de la foi.

“ Un dimanche au matin, rapporte un témoin “oculaire, un vieillard, âgé de quatre vingt-qua- “tre ans, infirme et très-pauvre, était sur le bas “ de sa porte et pleurait à chaudes larmes, pen- “ dant que tout le monde se rendait à l’église, ‘“ pour entendre le saint missionnaire. Un voisin, “le voyant dans cet état, arrêta sa voiture et lui “ demanda ce qui causait son chagrin :—“ Ah ! “pauvre ami, répondit le vieillard, vous êtes

“ bien heureux, vous autres, de pouvoir aller en- ‘“ tendre le saint évêque des sauvages. Moi je “ n'ai pas ce bonheur-là; pourtant, j'aurais bien ‘“ aimé aller lui porter ces quelques sous qu'une “ main charitable m'a donnés. ”—"“ En voyant “ tant de foi et un si ardent et légitime désir, le voisin aida le vieillard à monter dans sa voi- “ ture, et le conduisit à l’église d'abord, puis, “ l'office fini, au presbytère, où il raconta à Mgr “ Demers ce qu’il avait entendu. L’Evêque bé- “ nit alors ce pauvre vieux, l’aida à se relever, “ l'embrassa avec effusion et lui dit :—“ Père, ce “ que vous venez de faire, et mille autres faits “ du même genre dont j'ai été témoin, me prou- “ vent, de plus en plus, combien la foi est vive ‘ dans votre cher Canada. (Ces faits, je les re- “ eueille avec soin pour les raconter à mes chers “ sauvages, quand je serai de retour au milieu “ d'eux, et en les entendant, je suis sûr qu'ils fe- ‘“ ront comme vous avez fait ce matin ; ils ver- “ seront des larmes abondantes.” —" De retour “ chez lui, le vieillard dit à ceux qui vinrent le “ féliciter de la faveur qu'il ava:t obtenue :“ Mes ‘ amis, cette journée ainsi que celle de ma pre- “ mière cummunion sont les deux plus beaux

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“ jours de ma vie; maintenant, il ne me reste “ plus qu’à prier Dieu de mettre un terme à ma “ misère et de m'ouvrir les portes du ciel.”— “ Cette prière fut exaucée, car, dès la nuit sui- “ vante, le vieillard était atteint d’une fièvre “violente qui lui annonçait sa fin prochaine. “ On courut au curé, mais Mgr Demers sollicita “ la faveur d'aller lui-même administrer les der- “ niers sacrements à son vieil ami. Le ministre “ du Seigneur et le mourant étaient également “émus, et ce spectacle attendrissait profondé- “ meat l'assistance. Quand le moribond eut reçu “le Saint-Viatique, l’Extrême-Onction et l'in- “ dulgence plénière, d’une main défaillante il “ saisit la croix pectorale de Mgr Demers, la “ pressa sur ses lèvres et sur son cœur et s’en- “ dormit paisiblement dans le Seigneur. Le “saint missionnaire a souvent raconté ce fait “ extraordinaire, en chaire et dans la conversa- “ tion privée, et, toujours, il en était vivement “ touché.—Quel effet n’a-t-il pas dû produire, “ quand il a raconté ce grand acte de foi à ses “ diocésains !”

Après avoir recueilli d’abondantes aumônes

parmi ses concitoyens, Mgr Demers alla prêcher dans les grandes villes des Etats-Unis, et partout, il fut reçu avec la plus extrême bienveillance.

Enfin, lorsque le calme se fut rétabli en Europe, ilfit voile pour la France, la Belgique et l'Italie. Ce fut dans ces trois pays qu'il s’appliqua plus spécialement à promouvoir les intérèts de ses missions. Il en parcourut les principales villes, les centres les plus catholiques, et, dans les nombreux collèges et séminaires qu'il visita d'une manière toute particulière, il s’appliqua à inculquer dans les cœurs des jeunes lévites cet esprit de privation, de dévouement et de renoncement dont il était lui-même un exemple si noble et si frappant.

Il avait compté sur le zèle apostolique du clergé pour trouver en lui de zélés collaborateurs, des auxiliaires prêts à tous les sacrifices : il ne fut pas trompé dans son attente ; car il reçut de plusieurs jeunes ecclésiastiques la promesse qu'ils viendraiïent le joindre après leur ordination à la prêtrise. Les laïques, dont il avait escompté avec confiance la générosité, ne se montrèrent pas,

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non plus, sourds à son appel. Ils lui offrirent en cadeau de magnifiques ornements d'églises et les autres accessoires requis pour la célébration des divins mystères.

Et, parmi ces cadeaux, celui dont il se montrait le plus orgueilleux et le plus fier, était, sans contredit, une magnifique chapelle portative que le comte de Chambord lui avait donnée lors d’une visite faite à ce prince. La comtesse lui avait également présenté de généreuses offrandes .

L'illustre prélat-missionnaire eut le bonheur d'assister à la consécration épiscopale de Mgr Dupanloup, le dix décembre 1849, et, là aussi, les dons furent très nombreux.

Arrivé, en octobre, 1850, dans la Ville Eternelle, il présenta ses humbles hommages au Saint-Père, en reçut les bénédictions et les encouragements, s’occupa encore de pourvoir à son église naissante, puis reprit le chemin de son diocèse, au printemps de 1851, séjournant assez longuement en Angleterre. A son passage à Québec, il emmena une de ses sœurs, aussi cou-

rageuse que lui, pour prendre soin de son intérieur et se livrer à l'instruction des petites sauvagesses.

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