‹ Fragments de l'histoire religieuse et civile de la Paroisse de Saint-Nicolas [microforme]Chapitre 49 sur 85 · SE · texte numérisé non relu

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Agenouillé sur un tronc d'arbre que les vagues avaient roulé au rivage, l’Evêque de Vancouver prit possession, au nom du catholicisme, de cette terre idolâtre que lui avait confiée le successeur de Pierre. Comme les apôtres arrivant chez les nations qu'ils venaient évangéliser, il sentait peser sur ses épaules le poids d'une responsabilité qu'il jugeait trop grande pour sa faiblesse et son indignité : aussi, dans son humilité, se confiait-il complètement au Seigneur, le priant de bénir ces premiers pas qu'il faisait dans le vaste champ qu’il lui était donné de défricher et de cultiver; de ne pas avoir égard aux péchés de son indigne serviteur, mais de prendre en considération la gloire de son saint nom et l'honneur de son Eglise: il suppliait Celle qui est notre mère à tous, les apôtres, son ange-gardien, de lui venir en aide, afin de pouvoir, par leur puissante intercession, établir le règne de Jésus-Christ, et planter l'étendard de la vraie foi dans cette région encore infidèle.

“ Hélas, se disait-il à lui-même, dans le pays

“ si chrétien et si catholique où le Seigneur m'a “ fait naître, la religion a aussi eu de faibles “ commencements. Il y a deux cents ans, un “ évêque y arrivait chargé d’une mission sembla- “ ble à la mienne, et revêtu des mêmes pouvoirs. “ Il a planté, un autre a arrosé; et cette terre “ d'abord sèche et aride, fécondée par les sueurs, “ par les travaux, par le sang même de ses pre- “ miers apôtres, a porté des fruits abondants. “ Le grain de sénévé y est devenu un arbre; “ crevit in arborem ; et cet arbre a poussé de ‘“ puissants rameaux. Quelle force et quelle vi- “ gueur ne lui a-t-il pas fallu pour en jeter un, “ des bords de l’Atlantique jusque dans le sein du “ Pacifique ? Ah! Seigneur, faites croître cette * faible tige qu’en votre nom je viens planter à “ l'extrémité du monde, et donnez-lui la même : “ fécondité qu’au tronc d'où elle sortie, ”

” Le 29 août était un dimanche: il pleuvait à torrents et Monseigneur n'était pas attendu.

Aussi son arrivée ne fit-elle pas grand bruit, Seuls pour le recevoir se présentèrent un prêtre et un sous-diacre qui l'avaient devancé : son désir était accompli. Et quel besoin y avait-il d’une

entrée solennelle dans une maison de bois et de terre ? Il était accompagné de deux prêtres et d’un jeune laïque qui agissait en qualité de frère. Son clergé se composait donc de trois prêtres et d’un sous-diacre. Parmi les premiers se trouvait l’abbé Louis Lootens, devenu plus tard premier vicaire apostolique de l'Etat d’'Idaho.

Le dimanche suivant, en présence de quarante Canadiens de cet endroit, il prit solennellement possession de son diocèse, dans sa pauvre hutte : le bois qui devait servir à la construction de sa cathédrale et de son palais épiscopal croissait encore dans la forêt.

Une autre cérémonie eut lieu quelques jours après: ce fut la bénédiction d’une des cloches qu’il avait apportées de Londres. Spectacle plein de nouveauté et d’attruit pour cette petite population! Tous s’empressaient: on apporta trois troncs d’arbres que l’on dressa en forme de ‘chèvre, et, le trente septembre au soir, les plaines et les collines de l'Ile de Vancouver retentirent pour la première fois, du son de l’Angelus. Quatorze ans auparavant, comme nous l'avons vu, Monseigneur Demers avait lui-même sonné le

premier Angelus à St-François Xavier de Cowlitz, territoire de l’Orégon.

Telles furent les pensées, telle fut la prière, tels furent les débuts de l’œuvre évangélique du saint évêque de Vancouver, comme ge plaît à l'appeler l'abbé Vannevel.

VANCOUVER.—NoUVEAU VOYAGE.

Jouissant, pendant ses étés secs, d’un des plus beaux climats qu’il soit possible d'imaginer, l'île de Vancouver, à part la saison des pluies qui dure à peu près cinq mois, est très agréable à habiter. C’est un pays très accidenté, et coupé ça et là par un grand nombre de collines plus ou moins élévées où l’on a trouvé et où l'on recueille encore un or assez abondant et du charbon en grande quantité. Elle renfermait alors plus de forêts que de plaines naturelles. Les bois les plus communs étaient le chêne et le sapin : le cèdre y croissait en abondance, et, comme dans tous les pays jeunes, on se servait de son écorre pour les bâtisses les moins importantes; l’épinette et le pin s'y rencontraient fréquemment ainsi que d’autres essences de qualité

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inféricure. Le blé et les autres céréales y réussissaient très bien : de même, la pomme de terre et les autres légumes.—Peu de neige, froid moins grand que sur le continent à la même latitude; les plantes des jardins y poussaient tout l’hiver.

Monseigneu: Demers saisit du premier coup d'œil les avantages qu'offrait cette île magnifique, et 1l devina sans peine son importance future au triple point de vue stratégique, maritime et commercial.—Aussi l’un de ses premiers soins fut-il d'acheter, dans l'espace réservé pour la ville, un terrain assez vaste pour y construire sa cathédrale et sa résidence. Il réservait, en même temps, deux lots pour y ériger, aussitôt que ses faibles moyens le lui permettraient, un couvent destiné à l'instruction et à l'éducation des filles sauvages, suivant en celu l'exemple de la mère Marie de l’Incarnation et des Ursulines de Québec, lors de la fondation de la colonie. Les canadiennes-françaises devaient aussi le fréquenter: car l’éducatio”. jusque-là, était entre les mains du ministre provestant et de sa femme qui y tenaient un pensionnat pour les enfants des bourgeois.

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Après avoir examiné la situation sous toutes ses faces, s'être bien rendu compte de la position dans laquelle il se trouvait placé, l’apôtre de la Colombie Anglaise, avec cet esprit de pénétration et de perspicacité qui le distinguait, jugea que ses moyens d'action n'étaient pas suffisants pour entreprendre de suite et du même coup le double travail de christianiser Vancouver et de conserver, tout en lui donnant une extension nouvelle, le terrain qu'il avait lui-même, au prix de tant “e sacrifices, de peine et de dangers, conquis sur le continent. Car l'évangélisation des tribus sauvages de l’île, dont plusieurs demeu-

“raient à Victoria et dans les environs, était dès lors le but de toutes ses énergies, l'effort supréme des dernières années de cette existence qu'il avait consacrée à retirer ces âmes des stupidités et des superstitions de la barbarie pour les faire entrer dans le sein de leur Créateur.

Nous verrons, plus loin, combien les obstacles allaient être nombreux.

Laissant donc un prêtre, chargé de son poste, il repartit au commencement de l'hiver et ne fut de retour qu'à la fin d'octobre (1853). Il

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suivit, aller et retour, la route de San-Francisco, Panama, la Havane et New-York, route semée d'épreuves, de contre-temps, de misères et de fatigues. Ajoutons à cela une maladie assez grave, conséquence nécessaire de ces tribulations, qui le retint aux Etats-Unis pendant au-delà d'un mois.—Des quatre missionnaires qui firent voile vers le même temps que lui, trois seulement arrivèrent à destination : le quatrième mourut de fatigue et de misère en traversant les Montagnes Rocheuses. Tout de même, son petit battaillon se trouvait augmenté de trois nouvelles recrues, et, avec le zèle qui les animait, il pouvait attaquer de front l'ennemi, certain d'avance de la victoire.—Pour commencer cette œuvre, deux de ces prêtres furent envoyés à une vingtaine de lieues de Victoria, au milieu des Kaotchins, tribu importante et par son nombre et par ses relations avec les peuplades voisines. Les autres, pour le moment, devaient rester au poste central et s'occuper spécialement des sauvages de ces endroits et des environs : car ils étaient si charnels et si grossiers qu'uvant d'en faire des chrétiens, il fallait s'attacher surtout à en faire des hommes. On comptait

peu sur la génération d'alors pour la réformer, mais les espérances reposaient sur les enfants. En s’efforçant de les élever dans les vrais principes du christianisme, on pourrait les empécher de prendre les mœurs et de suivre les superstitions de leurs pères.—Quant aux sauvages plus reculés vers le Nord, il y avait plus d'espoir d'une conversion facile, car à une grande simplicité de mœurs se joignait beaucoup plus d'intelligence et de sincérité. Mais les ressources étaient si limitées qu'il fallait remettre à plus tard ce travail relativement facile, et, dans tous les cas, ne l’entreprendre que petit-à-petit et graduellement.

De plus, et contre toute attente, la compagnie de la Baie d'Hudson, jusque là si généreuse et si libérale, se montra récalcitraute, en refusant passage comme auparavant, sur les vaisseaux, ou avec les caravanes dans l’intérieur du pays: il n’y avait donc plus guère de secours à attendre de ce côté-là. La colonie naissante ne se suffisait pas encore à elle-même et tout y était d’un prix exorbitant.—Pour faire face à toutes ces difficultés et subvenir aux besoins les plus

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pressants, Monseigneur décida l'achat d'un terrain pour y établir une ferme. Fils de cultivatur et habile menuisier, il dirigea lui-même ls travaux de construction et d'installation, se chargeant aussi des opérations futures.

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