‹ Fragments de l'histoire religieuse et civile de la Paroisse de Saint-Nicolas [microforme]Chapitre 50 sur 85 · MŒURS DES SAUVAGES DE L'ILE.——-COUTUMES · texte numérisé non relu

MŒURS DES SAUVAGES DE L'ILE.——-COUTUMES

La démoralisation apportée par les blancs au milieu de ces sauvages, et l'esprit de cupidité que leur avait inspiré le commerce avec les traiteurs, étaient de graves obstacles à leur conversion. Aussi quelques années devaient-elles séouler avant que les efforts des missionnaires pussent produire des résultats tangibles parmi ks tribus des environs. Le grand et le principal objet de cette avarice et de cette cupidité se traduisait par la convoitise la plus enragée pour la possession de couvertes de laine: ils ne penaient qu’à cela, ne vivaient que pour cela, nous dit Mgr Demers: c'était une vraie manie pour æs pauvres enfants des bois chez qui la couverte juait l’un des rôles les plus importants.

On donnait, chaque année, dans le cours de l'automne, après l’arrachage des pommes de terre,

une fête célèbre en leur honneur, A ces festins présidés par les chefs et les grands hommes d'une tribu, on invitait les nations voisines tout entit. res. Le menu était très simple : il se composait de patates cuites à l’eau ou sous la cendre, de saumon frais bouilli, ou même de saumon se placé sur la terre, sur des écorces, ou sur de grossiers plats de bois. En revanche, la quantité suppléait à la variété des mets. Et l'on man geait ! l’on mangeaït encore, en s'aiguisant l'ap pétit par des harangues et par des discours dans lesquels on vantait les qualités de celui qui don

nait le repas, sa libéralité, sa générosité, ses ri chesses et surtout, pardessus tout ses £kita, se choses, c’est-à-dire ses nombreuses couverte dont,on voyait des cassettes remplies et que lo dévorait du regard, jouissant d'avance de le possession anticipée.

Enfin, la distribution arrivait: c'était le m ment psychologique, le moment solennel de | fête, et un silence profond régnait dans tout l'assemblée.

Alors, revêtu de toute la dignité et de tou la grandeur possibles, le roi du festin s’avanç

gravement : les cassettes s’ouvraient et il en tirait quarante ou cinquante couvertes, produit de

ces festin, D son travail et de ses lésineries pendant une ansines d'une née—1l les déployait et les exposait avec com- | tout entit- (plaisance à tous les regards: puis il les distri- € COMPOAUSS | it aux autres chefs, selon leur rang. Comme cendre, de t6t il n’en restait plus que quelques-unes et SAUT SSD que chacun voulait, à tout prix, emporter un OÙ SU À venir du festin, on se précipitait + on les déla quant M chirait à qui mieux mieux: c'était à qui en emt l'on PEUR portrait le plus. Le but de cette émulation juisant l'ap pour se procurer le plus de couvertes à donner iscours dan à déchirer était l'acquisition du droit de delui qui don; chef ou, tout au moins, grand homme. On : sité, SSD faisait ainsi sa réputation. Et la résultante de tout ?s Fm "ceci, c'est que ceux qui avaient donné étaient in- >s couverte

vités à leur tour, et plus ils avaient donné, plus ils recevaient,

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Voilà en quoi consistait cette fête des couverts, si insignifiante à nos yeux, mais qui était le nec plus ultra de la convoitise et de l'ambition de | «es pauvres sauvages. Un peu, comme chez les L. Canadiens au temps des fricots, c'était à qui don- L nerait la pius bête fête.

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Nous retrouvons ici la tamanwas, ou grande médecine qui, dans ses scènes, offrait quelque chose d’effrayant et de diabolique, mais à ur dégré encore plus accentué que sur la terre ferme, Rassemblés dans une grande loge, munis de tous les instruments que leur suggérait la superstition, entonnant des chants atroces, grossiers, ennuyeux, accompagnés d'un tapage épouvantable que produisaient des coups de bâtons ou de longues perches appliqués sur le toit ou sur les pans de lacabane, les sauvages criaient, hurlaient, tem- | pêtaient, s'égosillaientavec toute l’ardeur de vrais musiciens, et lorsqu'un battement plus accéléré annonçait la fin du chant ils lançaient un grognement retentissant qui avait pour but de jeter le tamanwas ou l'esprit sur un individu, probablement désigné à l'avance. Après ce vacarme répété par deux ou trois fois, le jeune homme se levait, courait de tout côté, se précipitait d’abord dans la loge, sur les sauvages, comme s'il eût voulu les dévorer ; puis, au dehors.—Peint d’une manière affreuse, il ressemblait à une sorte de démon ;on l'entend t pousser des cris effrayants, et tous ses mouvements et ses gestes laissant croire qu’il cherchait à se détruire, il fallait l’ac-

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compagner de peur qu'il ne se lançât à la mer ou qu'il ne se précipitât du haut de quelque rocher C'était un vrai énergumène, le tamanwas s'était emparé de lui. Et si plusieurs tombaient ensemble sous la puissance de l'esprit, c'était une horreur. Des missionnaires les virent un jour s'emparer d’un chien, l’écarteler, l’écorcher tout vivant et en dévorer les membres palpitants.

Ni la présence des blancs, ni celle des missionnaires ne pouvait les arrêter ; au contraire, c'était pour eux comme un point d'honneur de continuer ces folies dégoûtantes et burlesques devant les personnes respectables.

Cela durait deux ou trois jours, jusqu'à ce qu'ils vinssent à tomber épuisés de fatigues ou quasi-morts. Aussi, Mgr Demers, en racontant ces tristes choses, jugeait-il d’une impossibilité presque absolue la conversion des malheureuses tribus, esclaves de cette passion, estimantavecraison ces infâmes pratiques tellement enracinées que seule l'extinction de la race pourrait les faire disparaître.

Et il prophétisait vrai: car ces races se sont

peu converties, et on les voit d'année en année décliner si rapidement qu'avant peu de temps elles se seront complètement éteintes.

Quelques-unes de ces peuplades avaient d’autres coutumes ou pratiques superstitieuses. Ainsi chez les Kaotchins (Cowichans), aujourd’hui encore sous la direction du père Rondeau, l'on croyait à la transmigration des âmes : l’on allumait un grand feu à l'endroit où quelqu'un des proches ou amis venait de mourir et, pendant plusieurs jours, l'on y faisait un tapage d’enfer pour empêcher l'âme du défunt de re- ‘ venir dans la loge et de s'emparer de l'âme de quelqu'un des vivants.—Les pratiques de cette nature sont très nombreuses.

Autre superstition de cette même tribu. Lorsqu'ils laissaient les bords de la baie qu'ils habitaient pour se rendre sur le continent à l’embouchure de la rivière Fraser, ils adoptaient une règle que personne n'enfreignait, sûrs qu'ils étaient de périr s'ils y manquaient. Depuis leur départ jusqu’à ce que l’atterage de l’autre côté fût bien en vue, ou qu'il n’y eût plus de danger, le silence le plus parfait régnait dans les canots :

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personne ne buvait, nine mangeait, ni ne regardait en arrière pour voir si le rivage que l'on avait quitté était bien loin...

Ce dernier trait, par son étrangeté, ne rappelle-t-il pas un peu l’histoire de Loth ?

Nous pourrions citer à l'infini d'autres coutumes plus ou moins stupides, faisant bien voir contre quels obstacles d’un nouveau genre Mgr Demers et ses missionnaires avaient à se heurter dans leur courageuse campagne pour la conversion des peuplades sauvages de l'Ile de Vancouver.

Pire que tout cela, la conduite immorale des blancs, le mauvais exemple qu’ils donnaient par leurs débauches et leur ivrognerie, établissaient comme une barrière à l'introduction de la Foi. C'était la, comme partout ailleurs dans les nouvelles missions, le principal sujet de plaintes des apôtres du Seigneur. Ceux-là même qui auraient dû leur venir en aide et se montrer leurs coopérateurs dans l’œuvre de Dieu donnaient le démenti le plus formel à leurs enseigneinents et aux travaux déja si durs qui, chaque jour, consumajent leurs forces et leurs énergies.

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Pour obvier à tous ces obstacles, jetés sur sa route, Mgr Demers mettait toutes ses espérances en la Providence qui ne lui fit jamafñs défaut : il s'appuyait sur le dévouement sans bornes de ses auxiliaires, ne désespérant pas de ramener dans la bonne voie les Canadiens, et, par > méme, les sauvages qu'ils avaient pervertis.—Mais son espoir le plus immédiat reposait particulièrement sur les tribus éloignées qui n'avaient pas encore été en contact avec les vices des Européens, et par une intuition, pour aïnsi dire, divine, il se promettait surtout de consolants succès chez cette féroce et puissante nation des Yougletas qu'il n'avait entrevus qu'une fois, mais dont les manières avaient laissé dans son esprit l'impression la plus favorable.

Les rapports des prêtres qu'il avait envoyés dans les différents postes de cette partie de son diocèse étaient aussi des plus encourageants. Ils racontaient avec une certaineapparence de vérité que des missionnaires espagnols avaient porté la lumière de l'Evangile à quelques-unes de ces tribus, sans pouvoir préciser l'époque de ces tentatives, bien que, selon toute probabilité, ce

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fût en accompagnant une expédition espagnole qui était venue commencer un établissement sur ces côtes, pendant la dernière moitié du dix-huitième siècle.

Cette opinion semblait suffisamment confirmée par lerécit d’un matelot français que les Yougletas avaient gardé en esclavage pendant plus d'un an. Lors de son séjour parmi cette tribu, ui femme lui avait raconté que, plusieurs hivers auparavant, des hommes vêtus de noir et n'ayant qu'une couronne de cheveux autour de la tête étaient venus voir les sauvages, leur apprenant à chanter et à prier: et cette femme prononçait encore le mot Alleluia, dernier vestige du passage précipité de la foi chez ces peuples.

On le voit, c'était là de faibles lueurs d’espérances, au milieu des incertitudes du présent et des craintes de l'avenir. Monseigneur étudiait lui-même : il se renseignait par ses missionnaires, par les voyageurs, par les pêcheurs, par tous ceux enfin qui connaissaient’ quelque chose du pays, des mœurs et des coutumes des sauvages et qu'il pouvait rencontrer. Il sentait déjà la nécessité de partir et d’aller sur les lieux

visiter ces enfants de la nature dans leurs bourgades, pour constater en personne les succès qu'il pourrait obtenir sur leurs âmes.

. Mais la compagnie de la baie d'Hudson lui faisait défaut, comme nous l'avons vu; plus de passages, ni sur ses vaisseaux, ni avec les brigades qui voyageaient dans l’intérieur du pays : plus de permission pour le prêtre de demeurer dans les forts. Cette mesure de rigueur venait des chef: de Londres, et les ordres à ce sujet étaient des plus sévères. Que faire dans de telles circonstances, dans la pénurie d’ncgent où il se trouvait, avec un revenu de mille à douze cent piastres lesquelles, si l’on considère le haut prix de toute chose, ne représentaient même pas le quart de leur valeur monétaire ?—Il aurait bien voulu envoyer des prêtres à ces sauvages de la Nouvelle-Calédonie, simples et grossiers, il est vrai, mais qui lui avaient donné de si douces consolations, et au milieu desquels il aurait désiré rester; hélas, contre la force pas de résistance, il fallait remettre cela à plus tard, comme pour tout le reste.

Constatons aussi que l'automne et l'hiver

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Jui faide pasrigades plus de ans les es chefs ent des circonsrouvait, piastres le toute art de h voulu a Noust vrai, onsolairé resance, il e pour

l'hiver

avaient été très froids pour ce pays-là : le thermomètre était allé, chose rare, jusqu’à douze dégrés-et-demi. Tout le monde en avait souffert, et, comme on ne s'était pas précautionné contre pareille surprise, l’on avait perdu beaucoup de bétail pendant les hivers de 1853-54 et de 1854-55.— A la vue de tant d’embarras, du prix excessif de la main d'œuvre, de la cherté des vivres, de la sécheresse du climat, de l’aridité du sol, et de l’inaccessibilité de tout ce qui était nécessaire à l’existence, il n’est pas surprenant d'entendre notre prélat-missionnaire s’écrier : “Je suis loin de croire que Vancouver devienne jamais le grenier du Pacifique.”

Et en disant cela, il avait bien raison si l’on ne considère que la production du froment et des autres grains, ou si l’on envisage la situation au point de vue exclusivement agricole : maïs s'il eût prévu ce jour-là la découverte de ces riches mines de toutes espèce que les chercheurs trouvaient au moment même où se traduisaient ainsi ses vues eur l’avenir de ce pays; s’il eût prévu, surtout, que ces vallées et ces côteaux onduleux, perdus dans le fond des montagnes, seraient, quelques

trente ans plus tard, le centre d’une production horticole et fruitière n'ayant de supérieure que la Californie, ses prédictions auraient été différentes.

Mais laissons-là cette digression. Ses pensées étaient plus hautes que la terre: le salut des âmes absorbait seul et entièrement les facultés de son esprit et de son intelligence. “ Je suis bien décidé, disait-il, malgré tous les obstacles, à faire annoncer la parole de Dieu dans ces contrées lointaines, lorsque j'aurai à ma disposition les moyens nécessaires.”

Au milieu de tant de tribulations, il eut, cependant, un avant-goût de consolation. Avec plus de peine et de patierice qu'on ne peut l’imaginer, il réussit à préparer treize femmes des Canadiens et une petite fille métisse aux bienfaits de la première communion. “Vous ne sauriez vous faire une juste idée du temps et de la patience qu'il faut employer pour mettre dans la tête des femmes les premiers rudiments de la doctrine chrétienne et les lécons du cathéchisme, même en s’astreignant au plus nécessaire. Il faut répéter et répéter encore tous les jours les même choses

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Jensées ut des acultés Je suis acles, à ontrées ion les

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et, si vous faites une question, elles répondent presque inväriablement : je ne sais pus; ou bien telle qui répond passablement bien aujourd'hui ne saura plus rien demain. Honte à nos canadiens qi vivent avec ces pauvres femmes sans jamais leur dire un mot de Dieu et de la religion.

À ces misères morales qui faisaient gémir, comme on le voit, Mgr Demers du plus profond de son cœur, s’ajoutaient pour lui les souffrances physiques. Le rhumatisme, son plus cruel ennemi, le torturait de plus en plus. Il avait emporté avec lui un instrument électro-médical. Mais dequelle utilité pouvait-il être dans cette moiti de maison qu’il habitait Cependant ces suffrances ne lui enlèvent pas sa gaîté : “Quant à mon logement, je puis dire que, sans être à non aise, je ne souffre pas autant du froid que je wuffraisl'annéedernière:le ventn'arriveplusassez fort à ma chandelle pour l’éteindre, et le matin je rai plus à enlever un doigt de glace sur mon bassin; cette amélioration est due à beaucoup Bde travail et à la quantité de papier que l’on a «llé sur les murs en terre.--Toutefois, le plus

grand improvement (amélioration) que j'y ai fait, c'est d’avoir réussi à mettre la cuisine à la porte; elle se fait maintenant dans un bas côté, bâti ad h oc.”

Cette maison, construite de terre et de bois, mesurait quarante-six pieds sur trente : il en occupait la moitié, l’autre moitié servait de chapelle à la population catholique de l'endroit.

Telle était sa cathédrale : tel fut le premier évéché de l’évêque de Vancouver. À vrai dire, les catacombes, aux premiers siècles de l'Eglise, de- . vaient valoir un peu mieux. Fait extraordinaire, cette bicoque avait coûté plus de deux mille piastres.

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