VISITE ÉPISCOPALE
Dans ce même été, Mgr Demers fit une tournée de ses missions sur l’île, depuis Victoria j jusqu’au centre du pays minier. Il parcourut ainsi l’espace de 590 milles au moins, avec des fatigues qu'il s'étonnait lui-même d’avoir pu supporter. Ce voyage eut un complet succès, et fut surtout remarquable par la punition exemplaire infligée
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à des sauvages de la tribu des Cowichans que l'abus de l’eau-de-feu avait poussé au massacre de trois blancs. :
Formée de six camps ayant chacun son nom particulier, cette tribu occupait alors une baie magnifique de trois milles de largeur sur environ six milles de profondeur. Une rivière très-limpide, ayant sa source dans un beau lac, à trente milles de distance, se jetait, comme elle se jette encore aujourd’hui, dans cette baie par six bras différents : de là la situation des six villages. Bien boisée, enrichie de belles prairies et offrant de riches ressources à l’agriculture, cette vallée était pour cela même recherchée par les immigrants qui s’y établissaient en grand nombre.— Inquiets de cette immigration et poussés par la soif du pillage, les sauvages s’y livrèrent à des meurtres, sans provocation directe.
Grande fut donc la consternation et l’'épouvante de ces malheureux lorsqu'ils apprirent que des vaisseaux de guerre anglais s’avançaient vers leur pays, pour faire la capture des coupables. Ils s’imaginaient que ces frégates hombarderaient tous les camps, brûleraient es et
mettraient en pièces toutes leurs embarcations, Mais, Mgr Demers leur fit comprendre que, dans pareil cas, les nations civilisées ne font que saisir les coupables, sans faire aucun mal aux innocents, pourvu que ceux-ci ne mettent pas obstacle au cours de la justice. Ceci calma leurs inquiétudes et les rassura, d'autant plus que le camp de Ste-Anne, où Mgr Demers se trouvait, désirait le châtiment des meurtriers. Car le vieux chef, excellent catholique, avait vu, l'hiver précédent, l’un de ses ils assassiné par trois de ceux qui allaient tomber sous la main de la justice.
Aussi, lorsque le chef de police descendit à terre, après avoir consulté le saint évêque, il se dirigea, accompagné seulement de deux hommes, vers l'endroit où étaient les coupables, à dix milles de distance, et vit bientôt venir à sa rencontre le chef indien qui lui parla ainsi : “Tu peux t'en retourner à ta chaloupe: tu n'auras pas de trouble avec nous. Les jeunes gens se rendront d'eux-mêmes, mais ils veulent auparavant voir le grand prêtre.”
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confiance dans le prêtre catholique avaient ces infidèles.
Dans le village, l'émotion était au comble.
Tous avaient les yeux tournés vers le camp, lorsque les coupables et leurs amis qui les accompagnaient apparurent au dehors et, tout atterrés, se dirigèrentinstinctivement vers l’homme de Dieu. Emu lui-même, celui-ci saisit cette occasion qui se présentait de faire impression sur les esprits et les cœurs, et leur adressa la parole en ces termes que nous citons et qui nous donnent une idée du genre d’éloquence qu'il employait pour parler à ces enfants de la nature :
“Il y a longtemps, leur dit-il, quand j'étais dans mon pays, mon cœur pleurait sur le sort de tous les sauvages qui étaient dans cette contrée, parce qu'ils étaient malheureux, n'ayant pas encore entendu la bonne parole, la parole du Chef d’en-haut qui peut seul faire les cœurs bons. Oui, mon cœur pleurait par le désir que le Chef d’en-haut y avait mis de venir apporter aux sauvages la bonne prière que Jésus-Christ son fils a apportée lui-même sur la terre...... Le Chef d’en haut a eu pitié de moi, il m'a rendu
heureux, j'ai trouvai un chemin pour venir parmi vous. Voilà maintenant vingt-cinq hivers, que j'y suis, et moi et les prêtres qui sont avec moi, toujours et partout, nous avons donné la bonne nouvelle aux sauvages ; notre langue s'est fatiguée à la faire connaître, et nous l'avons annoncée et nous l'annonçons encore toute entière, nous n'en avons jamais rien caché aux sanvages. Quand Jésus-Christ était sur la terre et donnait lui-même sa parole, tous les hommes ne la prenaient pas, ceux qui voulaient devenir bons la prenaient, ceux qui ne voulaient pas rejeter le mal de leur cœur ne la prenaient pas. Elle entrait dans leurs oreilles, mais elle ne se rendait pas jusqu’à leur cœur. Ilen a été de même parmi vous, les sauvages ; vous avez tous entendu la parole, mais un grand nombre l'ont entendue sans dessein ; elle est morte dans leurs oreilles, et ils ne sont pas devenus bons. Vous autres, jeunes gens, vous l'avez entendue, quand tout Jeunes, vous avez reçu l’eau sainte sur vos têtes ; c'est peut-être moi-même qui l'ai donnée à quelques-uns. Mais à mesure que vous avez grandi, vous n'avez pas regardé les bons sauvages pour les imiter, vous avez imité les méchants
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et vous êtes devenus méchants vous-mêmes....
Vous avez fait honte à la bonne Parole et à l'eau d ‘eu. Maintenant votre cœur fait pitié, et pleure, et le mien encore plus. Mais c'est votre faute, ce n’est pas la mienne ; j'ai voulu vous faire bons et vous n'avez pas voulu le devenir....