‹ Fragments de l'histoire religieuse et civile de la Paroisse de Saint-Nicolas [microforme]Chapitre 69 sur 85 · ELOGE FUNÈBRE · texte numérisé non relu

ELOGE FUNÈBRE

DE L'ABBÉ L. A. OLIVIER Prononcé à l'Université Laval, le vingt-deux juin 1890.

Monseigneur le Recteur, (2) Excellence, (3)

Mesdames et Messieurs,

Vous n'avez pu, sans doute, perdre le souvenir de l'émotion et de la tristesse qui envahirent toutes les âmes, lorsque le quatorze octobre dernier, après une alternative d’espérances trompeuses et de sombres presseñtiments, éclata parmi nous la pénible nouvelle de ;a mort de monsieur l’abbé Olivier, professeur de Belles-Lettres au Séminaire de Québec. Cette mort inattendue était un coup de foudre. En enlevant

(1).—Pour plus de détails nous recommandons la brochure de l'abbé P. E. Roy, publiée en 1891.—La lecture en.est très attrayante.

(2)—Mgr Paquet. (3)—Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur Angers

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tout-à-coup à l’estime de ses confrères et à la tendre affection de ses amis l’un des plus jeunes et aussi des plus dévoués professeurs de cette maison, elle creusait dans nos rangs un vide difficile à combler.

Rien, certes, n’a été plus propre à nous faire apprécier toute la grandeur de cette perte que le deuil profond où ce triste évènement a soudainement plongé, non-seulement les élèves du petit et du grand Séminaire, mais encore la jeunesse instruite et le public de cette ville. En effet, l'abbé Olivier, par les charmes de son esprit et l’aménite de son caractère, s'était créé un grand nombre d'amis, et son nom, bien connu, commençait déjà à exercer ce prestige salutaire qui s'attache naturellement, dans l'opinion des hommes, au talent que le travail honore et au mérite que la religion consacre. Qu'il nous soit permis ce soir de payér publiquement, de la part du Séminaire et de l’Université, un faible tribut d’éloges à la pure et touchante mémoire de celui qui fut pour nous tout à la fois un confrère, un collègue et un ami.

L'abbé Louis Amateur Olivier naquit à Saint

Nicolas, dans le comté de Lévis, le vingt-neuf mars 1859. Ses parents, ayant remarqué avec quelle ardeur le jeune Louis s’adonnait à l'étude et quel penchant secret semblait appeler son cœur vers le sanctuaire, l’envoyèrent à Lotbinière commencer son cours classique sous la direction du notaire Bédard. De Lotbinière, il passa au petit Séminaire de Québec, où, après de nombreux succès remportés en ses diverses classes, 1l termina ses études en 1882 avec le titre de bachelier-ès-arts. L'automne de la même année, le grand Séminaire lui ouvrait ses portes. Quatre ans passés dans le silence de la retraite et les travaux combinés de l'étude et de l’enseignement préparèrent doucement. son âme aux saintes fonctions du sacerdoce, qu’il eut le bonheur de. recevoir, le treize juin 1886, des mains de son Eminence le Cardinal Taschereau.

Nommt dans le même temps professeur de Seconde, après avoir rempli la charge initiatrice d’assistant-professeur en cette classe et en rhétorique, il ne tarda pas à faire paraître les brillantes qualités dont la nature l’avait doué pour

l’enseignement littéraire. Aussi l’Université, dé-

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gireuse de s'assurer le concours de son zèle, de son expérience et de ses talents, s’empressa-telle de lui conférer le titre de professeur de littérature française.

C’est au début de cette carrière, si pleine de promesses, qu'une maladie soudaine est venue le ravir aux succès du présent et aux expérances de l'avenir.

Nous devons répéter ici ce que disent nos Saints Livres de l’homme juste, frappé et enlevé à la fleur de l’âge. Consummatus in brevi, explevit tempora multa (Sap. IV.) Ayant vécu peu d'années, ila cependant fourni une belle et longue carriere. Tel a été, en effet, Monsieur l'abbé Olivier.

Pour juger, comme il convient, cette trop courte existence, il ne faut pas seulement considérer les œuvres qu'il a lui-même produites ou auxquelles il a pris part; il faut encore et surtout considérer les leçons qui se dégagent de sa vie, les exemples de travail, de dévonement et de vertu inséparables de sa mémoire et qui la rendront chère à tous les vrais amis de l’éducation et de la jeunesse,

Monsieur l'abbé Olivier personnifie, à nos yeux, le travail éclairé, ardent, persévérant, mis au service de la plus belle des causes, l’éducation.

Ecolier, on ne le vit Jamais perdre en lectures frivoles, en passe-temps qui déroutent et paralysent l'esprit, ces moments précieux que l’homme doit employer à son perfectionnement. Docile aux enseignements et aux conseils de ses maîtres, il suivait sans dévier le sentier qu'on lui tracait, et ce sentier ardu, où s’exerçait son courage, devenait chaque année pour lui le chemin de la victoire. Il aimait, chérissait l'étude par plaisir et par devoir: par plaisir, san: doute, car elle répond à cette soif insatiable de connaître, qui est l’un des besoins les plus pressants de notre âme ; par devoir surtout, parceque c’est elle qui dispose l’homme à servir dignement les plus hauts intérêts de la société et de l'Eglise.

Ce qu’il était écolier, l'abbé Olivier le fut davantage encore, devenu séminariste.

Pénétré de l'esprit de son nouvel état, il savait allier aux plus sévères pratiques de la piété

Sa-

piété

chrétienne les travaux de l’enseignement et l'amour de la science sacrée. Combien il eût désiré concentrer toutes ses études sur cette science divine, et que de fois ne nous a-t-il pas exprimé son regret de ne pouvoir, à l'exemple de l plupart de ses confrères, tremper ses lèvres à la coupe des doctrines de Saint-Thomas! Mais la voix de l’autorité l'avait appelé ailleurs, et ce n'est pas, disons-le, sans un vif sentiment de satisfaction et de bonheur qu'il vit s'ouvrir devant lui le champ si étendu, si beau et si séduisant des études littéraires.

L'enseignement est un apostolat.—Or, Dieu qui voulait, pour quelques années du moins, confier à notre ami l'exercice de ce ministère, l’avait fait apôtre, je veux dire l’avait doué des qualités maîtresses qui subjuguent en même temps l'esprit et le cœur des élèves. L'abbé Olivier sut bientôt conquérir une place distinguée au rang des professeurs.

Sans posséder une de ces intelligences vastes et transcendantes qui planent sur les scmmets, il avait un goût sûr, un jugement droit, et ce qui Ini manquait peut-être de facilité naturelle était

chez lui amplement compensé par la passion de l'étude et l’opiniâtreté du travail.

. Chaque année voyait s’accroître le trésor de ses connaissances. En présence des beautés que lui révélait l’étude des lettres, il s'éprenait d’une admiration qui allait jusqu'à l'enthousiasme : il savourait lui-même avec une joie extrême ces plaisirs élevés, et'en classe, par sa parole chaude et persuasive, il les faisait passer dans l’âme de ses élèves.

Quelques écrits sortis de sa plume montrent suffisamment ce qu'on en pouvait attendre. Style correct, châtié, pur et élégant, pensées nobles et choisies, critique littéraire fine et délicate, tout: cela faisait présager pour l’abbé Olivier un brillant avenir. Il était entré dans la collaboration du Canada-Français. Une conférence fort réussie sur le Marivaudage lui avait valu les suffrages d’un grand nombre de lettrés. Ses sermons, quoique rares, étaient goûtés des fidèles.

Mais c’est surtout en classe, dans sa chère classe de Seconde, que l’âme et le talent de notre jeune ami se révélaient tout entiers. Il y a dans

n de le dévouement et l’affectiun du cœur une force de persuasion que n'ont pas, à elles seules, les con-

r de naissances de l'esprit. La science du professeur que a besoin de la bonté pour se frayer le chemin l’une des âmes, surtout si ces Âmes sont jeunes, inconse.il tantes, sensibles aux moindres atteintes de la ces lassitude et de l'ennui. Or, j'en appelle ici au hau- souvenir de ceux qui l'ont le mieux connu, j'en ’àme appelle au témoignage de tous ses anciens élèves, l'abbé Louis Olivier possédait un fonds inépui-

sable de bonté. Doux et ferme à la fois, indul-

rent gent sans faiblesse, patient et dévoué, il mettait Sty- É dans ses procédés un tact et une bienveillance bles | qui lui conciliaient tous les cœurs. Professeur ate, exemplaire, il savait, par un bon mot, par un Diet éloge mérité, recompenser le travail, comme il GER savait aussi, par cet accent de douceur dont il ne fort se départait jamais, faire accepter un reproche. les Les jeunes gens alluient à lui, non-seulement Ser- comme à un maître, mais encore comme à un les. guide, un conseiller et un ami. Il est disparu, he ce guide ; il est mort, cet ami; mais les nomas breux élèves qui, en suivant ses leçons, y ont avis puisé le goût et l'amour des lettres, mais les

membres de la société littéraire des externes

qu'il dirigea trois ans avec un si grand zèle, tous ceux enfin qui, de près ou de loin, ont pu apprécier les qualités de sa nature, n'oublieront pas de sitôt cet esprit judicieux, ce caractère affable, ce cœur franc et loyal, cet éducateur aimant, généreux et sympathique de la jeunesse. Son souvenir parlera, comme il parlait lui-même, avec l'autorité que donne l'intelligence jointe à l’affection, au désintéressement et à la vertu.

J'ai nommé la vertu. L'abbé Olivier, en hon chrétien et en bon prêtre, avait compris que sans elle, sans cette force de l’âme qui élève nos pensées et sanctifie nos actes, le travail est un servage, la gloire humaine un piège ouune vaine chimère. |

Habitué de bonne heure à ne rien négliger de ce que la foi demande, il mit à accomplir tous ses devoirs de prêtre cette ardeur et ce courage qui ne le quittait jamais. Pieux, charitable, plein de condescendance, modeste dans le succès, régulier dans sa vie, il offrait à ses confrères l'exemple de toutes les vertus. Il faisait saintement les actions ordinaires, et c’est en cela mê-

èle, tous | apprét pas de able, ce ant, géon Soule, avec à l'afu.

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me qu'ont brillé de tout leur éclat l'énergie de sa volonté et le mérite de sa foi.

Aussi, quand vint l'heure des suprêmes adieux, quand il fallut s’arracher à des parents chéris, à des frères tendrement aimés, quand il fallut renoncer aux jouissances de l'étude et aux mille projets d'avenir que caresse instinctivement tout esprit jeune encore, actif et plein de sève, son âme se trouva prête. Un regard vers le ciel, un acte d'espérance et un élan d'amour divin suffirent pour opérer et consommer le sacrifice.

L'abbé Louis Olivier s'est endormi du sommeil des justes avec cette sérénité, cet entier abandon et cette soumission confiante aux ordres de la Providence, qui avaient été la règle et le principe de sa vie.

Nous savons que peu de temps avant sa maladie il avait résolu de traverser bientôt l’océan pour aller à Paris, foyer des lettres françaises, complèter ses études et mettre la dernière main à l'édifice de ses connaissances. Dieu ne l’a pas voulu : il he lui a pas permis de réaliser ce rêve, mais en revanche et au lieu des parcelles de vé-

rité que l’homme ici-bas recueille avec tant de labeur, il lui a livré la vérité toute entière ; il l’a, nous en avons la ferme et douce confiance, appelé à jouir de l’éternelle vision d’une beauté qui ne connait ni ombre ni déclin.

L'Université Laval a perdu en sa personne un professeur distingué, la jeunessse pleure un ami, le clergé un saint prêtre.

C’est une fleur fraîchement éclose enlevée à la terre, mais, du moins, pour nous consoler, il nous en reste l’image, et nos cœurs en garderont l'inoubliable parfum. (1)

Citons, pour terminer, ce que dit un journal de ses funérailles.

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