‹ Fragments de philosophie cartésienneChapitre 17 sur 35 · DOM ROBERT · texte numérisé non relu

DOM ROBERT

« Je répondrai aux thomistes après qu'ils m'auront éclairci d*une curiosité que j'ai sur leur opinion , qui est de sa voir si leurs points fixes sont d'une autre nature que toutes les autres parties du monde, et si ils ne sont poini mobiles aussi bien que tout le resie de la matière.

« .]v conviens que la supposition de Descartes le distingue des astronomes; mais je soutiens toujours que, pour In considérer comme le principe réel et solide qui établit le vrai système du monde, Il faudroit qu'elle fût l'unique par la((uelle on pût expliquer les effets que Descartes en tire par ses conséquences.

(' La supposition de Thaïes est de celle espèce, parce que nous ne voyons rien dans la nature par où nous puissions expliquer les éclipses, et tout le monde en convient; mais tout le monde ne convient pas de la bonté des principes de M. Descartes, et par conséquent sa supposition qui csl douteuse , loin d'être démontrée comme celle de Thaïes par la prédiction des éclipses , ne peut pas être mise au nombre de ces suppositions qui peuvent et doivent servir de règles dans les sciences. »

Tels sont les fragments inédits et entièrement inconnus que nous révèle le manuscrit d'Ëpinal. Ils illustrent l'histoire littéraire du xvii" siècle, en mettant parmi les amateurs de la philosophie cartésienne un des personnages les plus considérables de celte grande époque. Ils font voir aussi que l'unique ouvrage imprimé de dom Desgabels, Ci'itique de ta Critique de la Recherche de In vâ'itê, appar-

tient à an aulenr qui avait fait de la philosophie Fétude de toute sa vie, et qui, par le tour de son esprit et le caractère de ses idées, mérite d*être compté, fort au-dessousdo Hobbes et de Gassendi, mais au-dessus de Sorbière et de la Chambre, parmi les précurseurs de Locke et de Condillac.

Voici les faces principales sous lesquelles les divers écrits que nous avons analysés nous montrent la doctrine de dom Kobert : i"" apologie du princi|)e attribué à Aristote , qu'il n'y a rien dans Tentendemeut qui n'y soit entré par la porte des sens; 2" il n'y a point de pensée qui n'enveloppe celle de succession , par conséquent de durée, par conséquent d'étendue et de corps. 3*" il n'y a point d'idée qui ne soit représentative de quelque chose, et ne soit qu'un pur objet de la pensée : donc toute idée a un objet réel ; U° les accidents des substances peuvent leur venir du dehors soit par le mouvement, soit par toute autre cause : ils sont donc passagers; mais l'être en soi , comme tel , la substance étant simple et indivisible, ne peut être conçue comme pouvant être détruite ; de là le principe de l'indéfectibilité des substances; 5° il n'y a \mnt de qualités secondes de la matière ; toutes ces qualités dites occultes ne sont autre chose que des perceptions de l'âme : théorie cartésienne dont il paraît que dom Robert acceptait, en les exagérant , toutes les conséquences ; 6° toutes les négations sont convertibles en affirmations et ont quelque chose de positif et de réel ; 7*" le système de Copernic, tel qu'il est démontré par Galilée et par Descartes, est vrai.

Je me borne à ces propositions, parce qu'elles sortent de la polémique que nous avons fait connaître. Mais il y a dans nos deux in-folio beaucoup d'autres écrits qui font pour la

même cause. Dom Ildefonse Catelinot avait excédé sans doute en entreprenant une édition complète de tous les ouvrages philosophiques et théologiques du prieur de Breuil; mais un choix de ces ouvrages fait avec sévérité et discernement pourrait avoir son utilité pour Thistoire.

Je termine par où j'aurais dû commencer, Hiidication exacte et sommaire de tous les écrits contenus dans notre manuscrit. Je suivrai la table des matières qui est à la tête de chaque volume en la vérifiant, quelquefois même en la rectifiant.

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