NOUVEAU MS. D'ABÉLARD SUR LES ESPRITS
vision est complète, clans ce cas, dit l'auteur , il faudra mettre les universaux parmi les substances ou les accidents ; sur quoi une discussion qui rappelle celles de notre philosophe. Le ton est allier , et la polémique incisive. En parlant des opinions contraires a celle qu'il expose, il s'exprime ainsi : quod quam irrationabiliter ayant apertum est.
Le fragment qui suit, fol. 6 r°, a plus d'importance encore que le précédent et se rapporte au miMne sujet. Les formes sont-elles des essences? De forints diversi diversa sentiunt, c'est précisément le début du traité de generibus et speciebus que renferme le manuscrit de Saint-Germain, de notre édition, page 51 3. Voici, suivant l'auteur, les diverses solutions de cette question. Il y en a trois : ou bien on soutient que toutes les formes sont des essences; ou bien que nulle forme n'est une essence ; ou bien encore que certaines formes sont des essences et d'autres non. Ces trois solutions sont tour à tour examinées avec soin. L'auteur prend parti pour la troisième , qu'il attribue expressément à Abélard et à son école : alii quasdam formas essentias esse, quasdam minime perhibent, sicut Abœlardus et sut qui artem dialecticam non obfuscando sed diligentissime perscrutando dilucidant. Ce fragment ne semble donc pas écrit de la main même d'Abélard •, cependant on y rencontre plus d'une trace de la manière d'Abélard : d'abord , comme nous l'avons dit, le ton superbe avec lequel l'auteur combat les deux écoles opposées a la sienne ; ensuite et surtout cette opinion intermédiaire entre le réalisme absolu et l'absolu nominalismc, qui, dans l'histoire, caractérise Abélard. Selon notre auteur toutes les formes
ou uuiversaux ne sont pas des essences , mais seulement quelques-unes. Mais quelles sont celles qu'il regarde comme des essences? Il ne s'exprime ici que négativement et avec une assez grande incertitude. Ce sont, dit-il, ces qualités qui se trouvent dans le sujet sans que le sujet suflise pour les constituer ; ou bien une disposition de parties entre elles qui n'est pas inhérente et nécessaire au sujet lui-même ; ou bien encore ces propriétés qui n'existent daus un sujet que conditionnellement et relativement à quelque autre qualité non nécessaire sans laquelle elles n'existeraient point.
Vient ensuite un fragment sans aucun intérêt sur les propositions modales, qui s'étend depuis le feuillet 6 r° vers la fin, jusqu'au milieu du recto du feuillet 7. Ce même feuillet recto et verso contient plusieurs morceaux également sans intérêt et qui contiennent encore diverses maximes de logique.
Le feuillet 8 r° et v° est rempli par de nouveaux chapitres sur des sujets analogues et qui ne présentent ni aucune idée digne d'être mentionnée ni aucune citation intéressante. A la fin du feuillet S v° le manuscrit s'interrompt au milieu d'une phrase inachevée : aut autan facio conseguentiam, non aliquid
En résumé, ce manuscrit de Saint-Michel , qui d'après l' Histoire littéraire renfermait des commentaires d'Àbélard sur la Physique d'Aristote et le de generatione et corruptione, et qui par conséquent aurait renversé toutes les idées reçues sur les connaissances péripatéticiennes du douzième siècle, ne contient rien de pareil, et il ne fournit d'autre ouvrage d'Abélard qu'un petit traité, moitié psychologique, moitié logique De inlellec-
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tibus , un recueil de remarques sur l'entendement , et annexés à ces remarques, sans en faire partie , des fragments de fort peu d'intérêt, parmi lesquels il y en a deux plus importants que les autres , et où il est fait mention de l'opinion intermédiaire d'Àbélard et de son école sur la nature des universaux. Ainsi ces nouvelles données , loin de changer quelque chose aux conclusions que nous avions tirées des grands traités dialectiques d'Abélard que nous avons publiés , les confirment et ne peuvent que s'y ajouter utilement.
FIN Dl' TOME DEUXIEME.