lbitl., p. 507-oàO
vraiment inconcevable que les auteurs de l'Histoire littéraire aient donné une description aussi superficielle et presque toujours aussi fausse du manuscrit de Saint-Victor, et cela quand ils avaient sous les yeux la description détaillée qu'Oudin a faite de ce manuscrit, qu'il déclare avoir vu et examiné lui-même. Nous allons reproduire la description d'Oudin :
« In Victorina canonicorum regularium divi Auguslini, « codex eximius notatus m. m. m. c, ubi omnia fere plii- « losopbica Pétri Abœlardi Palatini Peripaletici. In « hoc itaque ms. codice Logicalia dicti Abœlardi or- « dinc isto procedunt :
« Super Prœdicamenta Aristotelis , folio -117, Commentarius incipit : Union vero universaliter in generibus substantiarum accipiendum esl , etc. »
« Ejusdem de modis significandi , folio 127. Evolutus super ius textus ad discretionem significationis nominum et rerum, naturas quœ vocibus désignaittur, diligenter secundum distinctionem decem Prœdicamentorurn apcruit. »
« Ibid., folio 132. Pétri Abœlardi Palatini Peripatetici Analyticorum priorum liber primus. Incipit : Justa et débita série textus exigente, post tractation singularum dictionion, etc. »
« Folio 137. Explicit liber primus, incipit secundus eorumdem , hoc est Caiegoricorum : Categoricanon igitur proposilionum partibus sex membris guibus ipsœ coinponunlur, diligenter pertractatis. »
«Folio 143. Explicit secundus, incipit tertius : Quoniam aulem propositionum naturas in his cnunliationibus oslendimus, etc. »
«Folio 449. Pétri Abœlardi Palatini Peripatetici Topicorum primus. Sicutante categoricorum syllogismorum constitutionem ipsorum materiam in catégoriels propositionibus oportuit prœparari, etc. »
« Folio \ 83. Pétri Abœlardi Palatini Peripatetici Topicorum liber explicit. Pétri Abœlardi Palatini Peripatetici Analyticorum posteriorum primus. Novam accusationis calumniam advenus me de arte dialectica scriptitantem œmuli mei novissime excogitaverunl , affirmantes quidem de his quœ ad fidem non pertinent christiano tractare non licere, etc. »
« Folio -187. Explicit primus hypotheticorum, incipit secundus. Omnium autem hypotheticarum propositionum natura diligenter pertractata, ad earum syllogismos discedamus, etc. »
« Folio -191. Pétri Abœlardi Palatini Peripatetici Analyticorum posteriorum secundus liber explicit. Pétri Abœlardi Palatini Peripatetici de Divisionibus. Dividendi seu diffiniendi peritiam non solum ipsa doctrinœ nécessitas commendat. »
« Folio J99. Ejusdem de Difûuitionibus. Hactenus quidem de Divisionibus tractation hafaiimus, de quilus satis est disputasse; nunc vero consequens est ut ad definitiones nos convertamus , quia, sicut dictum est, ex divisionibus nascuntur. »
Il est évident que le manuscrit que vient de décrire Oudin est bien le nôtre, celui qui est inscrit a la Bibliothèque royale au n° 844, fonds de Saint-Victor. Il porte a l'extérieur les armes de l'abbaye de Saint-Victor, et à l'intérieur, sur le verso delà feuille qui sert de couverture, le numéro m. m. m. c.; qui était celui de ce manuscrit a la
Bibliothèque de Saint-Victor, et le numéro même cité par Oudin. C'est un petit in-folio en parchemin, à une seule colonne, composé de deux parties bien distinctes, et de deux mains différentes. La première partie est un recueil de lettres de divers papes ; la seconde, une collection d'écrits logiques d'Abélard. Cette seconde partie comprend depuis le feuillet -1-17 recto jusqu'au feuillet 202 verso. Le feuillet -H 7 porte un titre qu'Oudin n'a pas fidèlement transcrit. 11 y a dans notre manuscrit : Saripta super Prœdicamenta Aristotelis; et ce titre qui devait s'appliquer à l'ensemble de la collection (scripta), est trèsinexact, puisque cette collection embrasse beaucoup plus que les Catégories d'Aristote. Mais le premier écrit qui s'y rencontre roule en effet sur les Catégories. Le commencement manque, et en supposant que cet écrit suivît l'ordre des chapitres d'Aristote, le commentaire des deux premiers chapitres aurait péri, et notre manuscrit tomberait sur le troisième de ces chapitres, intitulé : De la substance. Oudin a mal cité la première ligne ; il faut lire : Undenon uhivermliter , etc. Ce premier ouvrage s'étend jusqu'au feuillet 127, où se rencontre non pas un autre écrit d'Abélard, mais la suite du même écrit sous le titre : De modis significandi. Ce titre couvre une sorte de commentaire sur le livre de l'Interprétation. Au verso du feuillet 128 estime lacune apparente et non réelle; car le feuillet 129 est une continuation de ce qui précède, et ce commentaire se poursuit jusqu'au feuillet -132 verso, où pour la première fois paraît le nom d'Abélard, dans le titre suivant : Pétri Abwlardi Palatin i Peripalclici Analyticorum priorum primus. Ici on peut se demander si les deux écrits qui précèdent sur les Catégories et sur Pin-
24 PHILOSOPHIE SCUOLASTIQITE.
lerprélalion appartiennent aussi a Abélard, dont le nom ne se trouve dans aucun des titres que nous avons rapportés. Tout doute disparaît quand on entre un peu dans le contenu de ces deux écrits. D'abord ils sont intimement liés a ceux qui les suivent, lesquels portent le nom d'Abélard, de sorte que l'auteur des derniers est nécessairement celui des premiers. Ensuite, dans le traité sur les Catégories, qui par parenthèse n'est nullement divisé en quatre livres, comme le dit, on ne sait pourquoi, l'Histoire littéraire de la France, et aussi dans le traité sur l'Interprétation, l'auteur parle sans cesse, comme dans les traités qui suivent, de Guillaume de Charapeaux comme de son maître. H y a plus : il se nomme lui-même, et à l'occasion de l'imposition des noms et du rapport des mots a la nature des choses, il dit (fol. 127, v° *•:) « Eas igilur a solas oportet exequi (voces), quae ad placitum signifi- « cant, hoc est secundum volunlatemimponenlis, qaaevi- « delicet, prout libuit ab hominibus formatée, ad huma- « nas loculiones constituendas sunt repertœ et ad res de- « signandas impositae, ut hoc vocabulum Abœlardus mihi « in eo collocatum est, ut per ipsuni de substantia mea « agatur. »
Au verso du feuillet -132 se trouve, comme le dit Oudin, expressément attribué a Abélard, un ouvrage intitulé : Analylica priora, ouvrage divisé en trois livres, et qui s'étend jusqu'au feuillet 449, verso. Mais ces premiers Analytiques forment la suite des deux écrits qui précèdent, comme le commentaire sur l'Interprétation était la suite du commentaire sur les Catégories. Le début
\. Ouvr. inéd., p. 212.
ABELARD. zo
de chacun de ces écrits résume l'écrit précédent, et marque la continuité du tout.
Au verso du feuillet ^9 commence encore, sous le nom d'Abélard, et toujours avec la désignation de Palatini Peripatetici, un traité des Topiques en un seul livre, quoique le titre, fidèlement cité par Oudin (Topicorum primus), semblât annoncer plusieurs livres. Ce traité, où les ouvrages qui précèdent sont rappelés et les suivants indiqués d'avance, forme un tout parfaitement complet qui comprend jusqu'au feuillet -183 recto, où revient, toujours sous le nom d'Abélard , la deuxième partie des Analytiques, les seconds Analytiques divisés en deux livres, et qui vont jusqu'au feuillet 4 91 recto.
La commence un traité îles Divisions et des Définitions, intitulé seulement Divisionum. Le traité des Divisions proprement dit s'étend jusqu'au feuillet 199 verso, où se trouve sans aucun titre particulier le traité des Définitions, qui comprend jusqu'au feuillet 202 recto, et termine le manuscrit. S'il pouvait rester le moindre doute sur l'authenticité de ce traité des Divisions et des Définitions, il serait entièrement levé par une phrase où l'auteur, parlant des noms propres, se désigne lui-même : Ut Abaclardus quod mihi uni adhuc convenire videlur (fol. -197, recto) '.
J'ai déjà fait remarquer que les divers ouvrages de dialectique que contient ce manuscrit, et qui appartiennent incontestablement à Abélard, se lient les uns aux autres, et forment un seul et même corps, un ouvrage unique. C'est ce que n'a pas vu Oudin , et ce que démontre un examen attentif de notre manuscrit. Au lieu de gloses sé-
). Ouur. inéd., p. 480.
il. 3
26 PHILOSOPHIE SCnOLASTIQUE.
paréos sur les diverses parties de la logique d'Aristote, nous avons ici un traité de logique parfaitement régulier et méthodique, où l'auteur parle en son nom et pour son propre compte, mais en s'appuyant sur Aristote et sur Boëce, et en adoptant les formes et les titres des principaux écrits dont se compose l'Organum. Voici le plan de l'ouvrage entier, tel que nous le tirons de l'étude approfondie du manuscrit de Saint-Victor.
Plan de l'ouvrage de dialectique renfermé dans le manuscrit de Saint-Victor.
La logique commence par constater et classer les éléments les plus simples de la pensée, lesquels, exprimés en paroles, deviennent les éléments mêmes, les parties du discours. Telle est la première partie de toute logique, et de la logique d'Abélard. Elle s'appelait le livre des parlies, liber Partium , parce qu'elle roulait sur les parties du discours. Ce liber Partium se divisait en trois livres ; un premier, qui correspondait très-probablement à l'Introduction de Porphyre, et exposait les éléments les plus simples de la pensée et du discours; un second livre, correspondant aux catégories d'Aristote, où ces éléments de la pensée et du discours étaient plus amplement éclaircis et développés; enfin un troisième livre où ces éléments étaient considérés sous un point de vue grammatical , correspondant à celui de l'Interprétation. C'est ce qui résulte évidemment de divers passages de notre manuscrit. Ainsi, au fol. Hl 32 verso ', avant les Analytiques, Abélard s'exprime ainsi : « Hactenus qui-