‹ Fragments de philosophie du moyen âgeChapitre 21 sur 115 · ibid · texte numérisé non relu

ibid

ABÉLAUD. 35

et, soit que notre manuscrit renferme ou non l'ouvrage auquel la Théologie chrétienne fait allusion et le traité de dialectique que paraît avoir possédé Duchesne , nous pouvons affirmer du moins avec la plus entière certitude qu'il contient un monument de dialectique d'une vaste étendue, parfaitement ordonné, composé avec le plus grand soin, qui peut représenter a nos yeux les autres écrits d'Àbélard sur les mêmes matières, et qui nous donne une idée exacte et complète de ses idées et de ses travaux dialectiques. Nous publions donc presque intégralement cet important ouvrage '.

Il n'est pas très-facile de déterminer l'époque où il a pu être composé. Nous n'avons trouvé dans le texte aucun fait, aucune donnée positive qui nous permette de prétendre ici à un résultat certain.

Date probable de la composition de ce traité de dialectique.

Les gloses du manuscrit de Saint-Germain ont été trèsprobablement composées pendant le cours de l'enseignement d'Abélard , qu'elles reproduisent; mais ce ne sont point ici des gloses , ce n'est pas même un commentaire, a proprement parler; c'est un ouvrage original où Abélard a libremeut employé et mis a profit tous les auteurs qui faisaient autorité sur la matière. Ce ne sont plus des cahiers de professeur, rédigés avec négligence, c'est un livre travaillé avec soin. Il est adressé à un frère de l'auteur. On sait par Abélard lui-même 2 qu'il avait plusieurs

\. Ottvr.inM.,?. ^3-503.

2. Abwl. opp. Histor. Calam., p. 4. Abélard était certainement l'aîné de ses frères. Cela résulte de la phrase : Sic itaijue primogenlttm snum quauto cariorem habebat (pater), tunlo diïtgentlus erudiri cwavii.

26 PHILOSOPHIE SCIIÔLASTIQUE.

frères auxquels il avait cédé son droit d'aînesse. On sait encore, par le registre du Paraclet cité par Duchesne ' , qu'un de ses frères se nommait Raoul, Radulphus. Celui auquel ce livre est adressé y est appelé Dagobert, Dagoberius. Abélard en parle avec tendresse; il a composé ce livre à sa prière, pour l'instruction de ses neveux : (Fol ^2 v°) - « Cumvoluminis quantitatem men- « tis imaginatione collustro, et simul quae facla sunt res- « picio et quœ facienda sunt penso, pœnitet, frater « Dagoberte, petilionibus tuis assensum prœstitisse, ac « tanlum agendi negotium prœsurnpisse. Sed ciun lasso « mihi jam et scribendo fatigato lua3 memoria caritalis ac « nepolum disciplinée desiderium occurrit, vestri statim « coutemplatione mibi blandiente, languoromnis mentis « discedit; et animatur virlus ex amore, quae pigrafue- « rat ex labore , ac quasi jam rejectum onus in humeros « rursus caritas tollit, et corroboralur ex desiderio quae « languebat ex fastidio. » Cependant, quoique Abélard ait parliculièrement destiné cet ouvrage a sa famille, il avait aussi en vue le public et l'utilité commune : (Fol. -191 verso) 3 « Ad tuam, frater, imo ad commun em om- « nium utilitatem. » Partout, dans cet ouvrage, respire une fierté qui va souvent jusqu'à l'orgueil et qui éclate à travers une mélancolie profonde. Souvent Abélard parle de ses ennemis et de ses malheurs en homme découragé

La phrase qui suit, bien entendue, loin de conlrcdirc la première, la confirme : Tanlo earum ( litterarum ) amore illectus sum, ut mililaris glorice pompam cum hœreditale et preeror/ativa primogenitorum meorwn fralribus derelhiquens, etc. Lisez meis au lieu de inconnu.

\. AbcTl. opp. Noix, p. \ \\i.

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