Polycraticus , vu
2. Anselm. opp. éd. Gcrl>eron, p. -SI. « Illi ulique nostrl temporis dialeclici, imo dialecticc haerelici, qui non nisi flalum vocis putant esse universales substantias. »
5. « Qui colorem non aliud queunt intclligere quam corpus , nec sapientiam hominis aliud quam animàm. »
ARÉLARD. 99
enveloppée dans des imaginations corporelles, qu'elle n'en peut sortir et distinguer les objets qu'elle seule peut apercevoir '. Or, dès qu'on ne reconnaît d'autres réalités que celles qui tombent sous les sens ; quand on ne peut pas distinguer l'existence de la couleur d'un cheval de celle du cheval lui-même; quand on n'admet comme existant que ce qui est individuel ; quand on ne peut pas comprendre que plusieurs hommes individuels contiennent eu eux quelque autre chose encore que ce qui les distingue, et que, dans ces différents hommes, il y a une seule et même humanité, comment pourrait-on comprendre que les trois personnes de la Trinité , dont chacune est Dieu, ne constituent qu'une seule et même divinité 2? 11 suit de ce passage important que Roscelin n'admettait de réalité que daus les individus, et que, selon lui, tout ce qui n'était pas l'individu lui-même, n'existait pas, était un pur nom. Et il résulte encore de ce même passage qu'il n'attaquait pas seulement les universaux, mais qu'il s'en prenait aussi aux qualités des corps, par exemple , à la couleur : il ne l'admettait pas en elle-même, il admettait seulement le corps coloré ; et ceci doit nous aider à comprendre cette autre opinion qu'on lui attribue, qu'il niait la réalité des parties et les regardait aussi comme de purs
\ , « In corum çroippe animabus ratio, quoc et princeps et judex omnium débet esse quae sunt in homine, sic est in imaginationibus corporalibus Obvoluta ut ex eis se non possit evolvere, nec ab ipsis ea quœ ipsa »ola et pura eomtemplari débet, \aleat iliscernere. »
2. « Qui enim nondum Lntelligltquomodo plures homines in specie sint bomo unus, qualiter in il la secretissima natura comprehendet quomodo plures personœ, quarum singula quœque est perfectus Deus, sint Deus unus? Et cujus mens obscura est ad discernenduni Infer equum suuin et colorem ejns , qualiter discerne! inter unum Deum et plures relationes ? Denique qui non potest IntelUgere aliud esse hominem, nisi indivldumn, nullulcims inteUiget hominem nisi uumanam personam. »
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mois. C'est du moins ce qu'on peut inférer de la lettre d'Àbélard à l'évoque de Paris : « Aussi faux dialecticien que faux chrétien, dit Abélard, il soutient dans sa dialectique que nulle chose n'a de parties, et corrompt par là le sens des saintes Écritures; car, a ce compte, dans l'endroit où l'Ecriture rapporte que Jésus mangea une partie d'un poisson, il devrait dire qu'il s'agit seulement d'une partie du mot poisson, et non pas d'une partie de la chose elle-même '. »
Voilà les seuls documents qui subsistent sur le noininalisme de Roscelin. Cette disette extrême de témoignages donne le plus grand prix aux moindres renseignements nouveaux qui nous peuvent survenir, et par conséquent à un passage du manuscrit de Saint-Victor, où Abélard nous fait connaître l'opinion de Roscelin avec brièveté, mais non pas sans précision. Livre de la Division et de la Définition, fol. 4 99 verso 2 : « Fuit autem, memini, ma- « gistri nostri Roscelini tam insana sententia, ut nullani « rem partibus constare vellet ; sed sicut solis vocibus « species, ita et partes adscribebat. » Ce passage confirme pleinement celui de la lettre à l'évêque de Paris. Roscelin ne se contentait pas de réduire les universaux à des abstractions verbales; en vertu du même principe, sicut, il prétendait que les parties n'ont point d'existence. Abélard ne s'en tient pas la : il nous fait connaître l'argumentation même sur laquelle s'appuyait Roscelin ; et comme
1. Absel. opp., p. 334. «Hic sicul pseudo-dialccticus, ita et pseudochristianus , cum in dialectica sua nullani rem partes uabere sestimat, ita divinara paginant impudeuter pervertit, ut eo loco quo dicitur Dominus partem piscis coniedisse, partent hujus vocis, quœ est piscis , non parlem ici intelligerc cogatur. »