‹ Fragments de philosophie du moyen âgeChapitre 40 sur 115 · Aventinus, Annal. Boior. lib. vi, pag · texte numérisé non relu

Aventinus, Annal. Boior. lib. vi, pag

A. Passim. Uisloire littéraire, tome ix, pag. 539.

probablement y enseignait, fut traduit devant un concile, celui de Soissons, en H 092 ou eu 1 093. Il parait qu'il essaya de se mettre a l'abri sous l'autorité de Lanfranc et de saint Anselme, auxquels il attribua son opinion; mais hautement désavoué par ce dernier, il fut obligé d'abjurer, non par conviction, mais dans la crainte d'être massacré par le peuple '. Il ne fut pas moins condamné, forcé de quitter la France et de se réfugier en Angleterre 2. La leçon était sévère ; elle fut inutile : en Angleterre, Roscelin déclara qu'il persistait dans son opision 3, et il la répandit même en secret; c'est alors que saint Anselme , qui de l'abbaye du Bec était passé à l'archevêché de Cantorbéry, se décida a publier contre lui son traité de la Trinité et de l'Incarnation.

Mais ni sa première condamnation ni la nouvelle accusation que lançait contre lui le puissant et vénéré archevêque de Cantorbéry, ne corrigèrent Roscelin. En philosophie, il avait troublé l'école avec le nominalisme ; en théologie, il avait attaqué le dogme fondamental du christianisme : il ne lui manquait plus, pour combler ses malheurs et pousser jusqu'au bout son rôle de novateur, que de s'attaquer a la puissance ecclésiastique elle-même. On sait qu'à celte époque les mœurs du clergé anglais étaient fort relâchées; beaucoup de prêtres avaient des concubines; souvent même ils étaient mariés; leurs enfants entraient dans l'Église , et par la protection de leurs pères envahissaient les bénéfices. Roscelin s'éleva contre

\. Ansplm. opp De fide Trinltatis, pag. 12. « ... Audivi prœfatœ novitatis auctorem... dlcere se non ob allud abjurasse nlsi quod dicebat quod a populo interfici timebat. »

2. AIp.tI. opp. pag. 53 ; , 335, a ... hœrcsis... exillo punila. » 5. Ansciin. opp. ibid. « in sua persewantem sententia. »

4 08 ttULOSOPIUE SCnOLASTIQUE.

cet abus. Un Français qui était comme lui en Angleterre, et enseignait a Oxford, Thibault d'Etampes, prit la défense du clergé anglais dans une lettre adressée à Roscelin; et, en réfutant ses arguments, il nous les a conservés '. « Roscellino Compendioso magistro Theobaldus « Stampensis magister Oxfordiœ : ïNon plus sapere quam « oportet, sed sapere ad sobrietatem. » Roscelin prétendait 1° que les enfants de prêtres, nés en dehors d'un légitime mariage, sont hors de la loi, exleges, et qu'il était injuste de les préférer a ceux qui n'avaient pas contre eux une pareille origine ; 2° que le baptême de ces enfants effaçait leurs péchés, mais sans changer leur condition; 3° qu'en ne les recevant pas dans les ordres, on empêcherait le scandale d'enfants de prêtres élevés aux dignités ecclésiastiques. Sans doute, Roscelin exagérait , et ce qu'il demandait était injuste relativement a des enfants qui ne devaient pas être punis des fautes de leurs pères; mais il est certain qu'en admettant trop facilement dans l'Eglise de pareils candidats, on ouvrait la porte à mille abus, on laissait impunie une licence coupable, et on avait l'air de l'autoriser. Aussi l'Eglise elle-même prit-elle a cet égard de sages mesures, à la fois éloignées d'une injuste rigueur et d'une scandaleuse indulgence -. Mais le clergé d'Angleterre trouva plus commode de persécuter Roscelin que de réformer ses mœurs, et il s'éleva contre notre pauvre compatriote un tel orage, qu'il courut risque de la vie et fut contraint de quitter l'Angleterre3 et de venir rc-

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