‹ Fragments de philosophie du moyen âgeChapitre 39 sur 115 · I. Ansclra. opp. De fide Trinilalis , p · texte numérisé non relu

I. Ansclra. opp. De fide Trinilalis , p

les premières explications ne furent pas heureuses; celles de Roscelin détruisaient le christianisme dans le dogme de la Trinité. En effet, si les parties, les qualités et les rapports n'existent pas et ne sont que des mots, les rapports des trois personnes divines entre elles s'évanouissent, et il n'y a plus ou qu'un seul Dieu sans trinité de personnes, ou trois personnes, ou plutôt trois êtres, trois Dieux, sans unité; car l'unité qui n'est pas celle de l'individu est pour le nominalisme un pur mot. De la le dilemme de Roscelin : Ou les trois personnes de Dieu ne sont pas seulement trois personnes, mais trois choses qui existent chacune individuellement et séparément, comme existent trois anges ou trois âmes, et n'ayant de commun entre elles que la ressemblance ou l'identité de volonté et de puissance; ou bien les trois personnes ne font qu'un seul Dieu, et dans ce cas ce Dieu seul existe sans distinction de personnes; il agit tout entier quand il agit; et par conséquent il faudrait dire que le Père et le Saint- Esprit ont dû s'incarner quand le Fils s'est incarné. Or, cette dernière hypothèse est absurde : donc il faut adopter la première, et admettre que les trois personnes sont en effet trois êtres distincts, et pour ainsi dire trois Dieux. Telle est l'opinion renfermée dans trois passages dont la ressemblance atteste assez qu'ici encore nous possédons les paroles mêmes de Roscelin. Le premier de ces passages est la lettre d'un nommé Jean a saint Anselme, pour lui demander son avis sur la question soulevée par Roscelin : « liane enim indc quastionem Roscelinus de « Compendio movet. Si très personœ sunt una lanlum « res et non sunt tics res per se, sicut très angeli aut « 1res anima», ila tamen ut voluntate et potenlia omnino

« sint idem ; ergo Pater et Spiritus Sanctus cum Filio in- « carnatus est '. » C'est après avoir reçu cette lettre que saint Anselme, encore abbé du Bec, écrivit a Fulcon, évoque de Beauvais : « Audio... quia Roscelious clericus « dicit in Deo très personas esse très res ad indicem se- « paratas, sicut sunt très augeli, ita tamen ut una sil vo- « luntas et potestas ; aut Patrem et Spiritum Sauctum « esse incarnatum, et très Deos vere posse dici, si usus « admitteret 2. » Le dernier passage est celui du De fide Trinitatis, écrit plus tard, et qui ne porte plus sur de simples bruits. « Si in Deo très persouœ sunt una tantuni « res, et non sunt très res, unaquœque per se separatim, « sicut très augeli aut très anima?, ita tamen ut voluntate « et potentia omnino siut idem, ergo Pater et Spiritus « Sanctus cum Filio incarnatus est. » Encore une fois, c'est là ou la non-distinction des personnes de la Trinité et leur confusion dans un seul être réel, ou bien la substitution de trois substances réelles à la simple distinction de personnes. Cette dernière opinion est celle de Roscelin : c'est le trithéisme ; il dérive ici du principe métaphysique qu'il n'y a de réalité que dans les individus et dans les choses particulières, et cette métaphysique était absolument incompatible avec le christianisme.

Arrivé a cette nouvelle conséquence, le nominalisme ne pouvait manquer de soulever contre lui l'esprit du temps et l'autorité ecclésiastique. Roscelin, né peut-être en Bretagne 3, et qui était chanoine de Compiègne 4, et

\. Baluze, Miscell., tom. iv, pag. <57S, i79.

Page 1