‹ Fragments de philosophie du moyen âgeChapitre 58 sur 115 · Melalog., lib. iv, c · texte numérisé non relu

Melalog., lib. iv, c

3. Fol. -iô recto, c. 2; Ouv. inéd., p. !H7. m Item gênera et species aut creator sunt aut creatura. Si créature sunt, ante fuit suus creator quain

« comme étant en Dieu, et comme quelque chose de clif- « férent de Dieu ; de sorte que Dieu aurait été avant d'être « juste ou fort. Mais il y en a qui ne considèrent pas « comme suffisante cette division : tout ce qui est, est a créateur ou créature, et qui voudraient y substituer « celle-ci : tout ce qui est, est ou engendré ou inengen- « dré. Or, on appelle les universaux inengendrés; par « conséquent, il faudrait les appel* r coéternels ; de sorte « que, suivant ceux qui avancent cette proposition, l'âme « (ce qu'on ne peut dire sans sacrilège) n'est soumise en <( rien à Dieu puisqu'elle a toujours été avec Dieu, et ne « tire son origine que d'elle-même. Et Dieu n'a fait au- « cune cliose, car Socrate est composé de deux choses « coéternelles à Dieu. 11 n'y a donc rien eu de nouveau « qu'une réunion ; il n'y a pas eu de création (a) : car la « forme est universelle comme la matière, et comme elle « coéternelle a Dieu. Combien cela est loin du vrai, c'est

« ce qu'il est facile de voir »

Telle est l'argumentation d'Abélard contre cette partie de l'école réaliste qu'on pourrait appeler la branche pla-

ipsa creatura. Ita ante fuit Dcus quam justitia et fortitudo, quas quidam esse in Deo non dubitant et aliud a Deo. Itaque ante fuit Deus quam esset justus vel fortis. Sunt autem qui negant illam divisionem esse sufficientem : quicquid est, aut est ereator aut creatura : sed sic faciendam esse dicunt : quicquid est, aut genitum est aut ingenilum Vniversalia autem ingenita dicuntur et ideo coaetema, et sic secundum eos qui hoc dicunt, aninius, quod nefas est dictu, in nullo est obnoxius Deo, qui semper fuit cumDeo nec ab alio incœpit , nec Deus aliquorum factor est. Nam Soerates ex duobus Deo coaternis conjunctus Nova ergo prima fuit conjunctio, non aliqua nova creatio. Nam œqtie ut materia, ita et forma universalis est et ita Deo concerna, quod quantum a vero deviet, palam est, »

(a) Voyez plus baut, l'extrait du Megacosmus, p <-S0.

tonicienne do cette école. Il nous reste à foire connaître les combats qu'il a livrés à l'autre branche de la même école, celle qu'on en pourrait appeler la branche péripatéticienne, par opposition a la première, et qui considérait les espèces et les genres comme de* manières d'être des individus, lesquelles manières d'être n'ayant aucune différence entre elles dans les différents individus y constituent les universaux ; d'où la théorie delà non-différence, indiffère ntia. Cette école nous est comme révélée par le fragment du manuscrit de Saint -Germain. Le seul vestige qu'on en pouvait trouver avant notre publication est la variante in diffère nier pour individualiter dans la phrase de VHistoria calamitatum. Voici comment Àbélard expose cette théorie avant de la discuter :

« Examinons maintenant, dit-il ', la théorie de la « non-différence, qui met en avant la thèse suivante : « Il n'y a rien autre chose que l'individu ; l'individu, « considéré sous différents points de vue, devient l'es- « pèce , le genre, et ce qu'il y a de plus général. Ainsi « Socrate est un individu, parce qu'il est une chose dont « la propriété ne se retrouverait jamais tout entière en « une autre; car, s'il y a d'autres hommes, il n'y en a

I. Fol. -53 recto, c. 2, i3 verso, c. I. Ouv. inéd , p. S 18. « Nunc itaque illain quœ Je imiifferentia est sententiam perquiramus. Cujus liœc est posilio : Nihil omnino csl prœlcr individuum ; sed et illud aliter et aliter attentuni specics et genus et generallssimum est. Itaque Socratcs in ea natura in qua subjectus est sensiluis, seeundum illani naturam quani significat adesse Socrati , iodlvidaum est Ideo quia taie est propriétés eu j as nunquam tota reperitur in alio. Kst enim aller homo, sed socratitate nullus homo prœter Socratem. De eodem Socrate quandoque habetur intellectus non concipiens qulcquid notât h»c vox Socrates; sed socratitatis olilitus, id tantum perspicit de Socrate quod nolat idem homo, id est animal

« pas d'autre que Socrate où se trouve la socratité. Mais « on peut quelquefois peuser a Socrate sans penser a tout « ce que désigne ce mot de Socrate; on peut négliger la

« socratité pour ne considérer dans Socrate que ce que

« signifie le mot homme, c'est-à-dire l'animal raison-

« nable mortel, et sous ce rapport il est espèce; car il peut

« s'affirmer comme essence de plusieurs choses. Si on

o abstrait encore la rationalité et la mortalité, pour ne

« considérer que ce qu'exprime le mot animal, à ce

« nouvel état c'est le genre. Si enfin, négligeant toutes

« les formes, on ne considère Socrate que dans ce qu'ex-

« prime le mot substance, c'est ce qu'il y a de plus gé-

« néral. Ou peut en dire autant de Platon sous tous ces

« rapports. Si on oppose que la propriété de Socrate, en

« tant qu'homme, n'est pas plus en plusieurs choses que

o la propriété de Socrate en tant que Socrate, attendu

« que l'homme socratique n'est en aucun autre homme

c que Socrate, pas plus que Socrate lui-même, ils l'accor-

« dent, mais avec l'explication suivante : Socrate, en tant

« que Socrate, n'a rien en soi qui se retrouve en un

« autre sans aucune différence; mais en tant qu'homme,

rationale morfale, etsecundum hoc species est; est enim pradicabilis de pluribus iu quid de eodem statu. Si intcllectus postponat rationalitatem et înortalitatem, et id tantuiu sibi subjiciat quotl notât hœc vox animal, in hoc statu genus est. Quod si, relietis omnibus forinis, in boc tantum consideremus Socratem quod notât substantiel, gcncralissimum est. Idem de Platone dicas per omnia. Quod si quis dicat proprietateni Socratis in eo quod est liomo non magis esse in pluribus quam ejusdem Socratis in quantum est .Socrates; se que enim bomo qui est socraticus in nullo alio est nisi in Socrate, sicut ipse Socrates; verum quod concedunt; ita tamen determinandum putant : Socrates in quantum est Socrates nullum prorsus indifférons habet quod in alio inveniatur: sed in quantum est homo plura

« il a plusieurs qualités qui se retrouvent non différentes « en Platon ou en d'autres individus. Car Platon est un « homme comme Socrate est un homme, quoiqu'il ne a soit pas essentiellement le même homme que Socrate. « Le même raisonnement s'appliquera a l'animal et a la « substance. »

Abélard divise en deux parties son argumentation contre cette théorie. Il l'attaque 1° par l'autorité, 2° par le raisonnement.

1° ' « Porphyre dit : « Il y a («) dix genres; les espèces « sont en un certain nombre, mais qui n'est pas infini; « les individus sont en nombre infini. » Au contraire, « dans l'hypothèse que nous examinons, tous les indi- « vidas, par cela seul qu'ils existent, sont des genres; « d'où il suit que les genres sont aussi nombreux que les « individus. Nos adversaires se tirent de cette difficulté « en disant : que les genres sont, il est vrai, infinis en « nombre sous le rapport de l'essence, mais qu'ils ne sont « que dix sous celui de la non-différence. Car autant d'in- « dividus existants, autant d'essences générales: mais tous « ces genres ne forment qu'un seul et unique genre, parce « qu'ils sont non-différents entre eux. En effet, Socrate,

habct indifferentia qun in Platonc et In aliis inveniunlur. Nain et Plato similiter lionm est, ut Sociales, quamvls non sit idem hoino esscntia'.iter qui est Sociales. Idem île animal! et substantia. »

l. Fol 15 verso, c. I, 45 verso, c. 2. Oiwr. Inêd., p. 5i9-r>20. « Porpbyriiis dicit : « decem quidem ccncralissiina ; specialissima quittent in nu mei ci qnodam, non tamen indeflnito; individus vero infinita sunt. » Positio vero lutjus gententiœ hoc habei : singnla Individus substantise , in quanluni sunt substantia, généralissime, esse, itaque non putius individus

(a) Porph. Isagog., cd. R , p. 581 .

« en tant que substance, n'est pas différent a l'égard de « toute substance en tant que substance. Porphyre ajoute « un peu après (a) : « L'espèce rassemble plusieurs choses « en une seule et même nature, et le genre encore plus « que l'espèce. » C'est ce qu'on ne peut pas raisonnait Moment dire de Socrate; car Socrate ne communique « pas a Platon quelque nature qui soit en lui, puisque ni « l'homme qui est Socrate, ni l'animal qui est en lui ne « sont en aucun autre qu'en Socrate. Cependant ils re- « courent a leur non-différence, et disent que Socrate en « tant qu'homme réunit Platon et tous les hommes; d'où « il suit que, l'essence n'étant pas différente dans l'homme, « Socrate est Platon. Porphyre dit encore (b) : « Le genre « est ce qui s'affirme, relativement a l'essence, de pluo sieurs choses différentes d'espèce; l'espèce, ce qui s'af- « firme de plusieurs choses numériquement différentes. » « Si donc Socrate en tant qu'animal est un genre , il se

infinita sunt quam generalissima. Solvunt tamen il 1 i dicentes : generalissima quidein infinita esse essenlialiter, sed per indifferentiam decem tantum;quot cnim individus substantia;, tôt et sunt generalissima; substantia;. Omuia tamen illa generalissima géneralissinmm unum dicuntur, quia indifferentia sunt. Socrates enim in eo quod est substantia, indifférons est cum qualibet subslantia in eo statu quod substantia est. Item paulo post dicit Porphyrius : « collectivum enim multorum in unam naturam species est, et magis id quod genus est; quod de Socrate rationabiliter dici non posset. JN'eque enim Socrates aliquam nalurara quam babeat Platoni communicat, quia neque homo qui Socralis est neque animal in aliquo extra Socratem est. I psi tamen ad indifferentiam currentes, dicunt quia Socrates in eo quod est homo colligit Platonem et singulos bomines, proinde quia indifferens essentia homini, socrates est Plato. Item Porphyrius : « genus est quod prœdicatur de plurihus différente bus specie in eo quod quid sit, species quidem de plurihus differentibus

(a) Porph. lsagog., éd. B., p. 582.

(6) Porph , lsagog., éd. B , p. 375.

« trouve en plusieurs choses d'espèces différentes; si en « tant qu'homme il est une espèce, il s'affirme de plu- « sieurs choses numériquement différentes; ce qui est « absolument faux, car ni l'animal ni l'homme qui est « Sociale n'est en un autre qu'en Socrate. Mais nos gens « répondent : Socrate eu aucun état n'est essentiellement « en un autre qu'en lui-même: mais à l'état d'homme il « est dit être en plusieurs individus, parce que ces indi- « vidus sont des hommes qui ne diffèrent pas de lui; et il « en est de même pour l'animalité. Boëce réfute en plu- « sieurs endroits l'opinion que nous attaquons ici : « On « ne doit, dit-il (a), entendre autre chose par espèce « qu'une conception collective, qui se forme en vertu « d'une ressemblance substantielle sur des individus dif- « férents en nombre. » Ce qui ne s'accorde pas avec « l'opinion que Socrate en tant qu'homme serait une es- « pèce ; car on ne peut le recueillir en tant qu'espèce en « plusieurs individus, s'il n'est pas en plusieurs. Cepen-

numero. » Si ergo Socrates in statu animalis genus est, pluribus differentibus speciebus inbasret; si in statu Uominis spccics est, pluribus differentibus numéro. Ouod minime est verum ; neque c-nim vel animal vel lioinn qui Socrates est, alii quam Sncrati inest. Sed et hi dicunt : Soerates in nullo statu alicni inlueret uisi sibi essentialier ; sed in statu hominis pluribus dicitur inhœrere , quia alii sibi indifferentcr inhsereot; eodem modo in statu animalis. Boethius quoque huic sententiœ multis refragatur locis. In secundo commentario super Porphyr uni sic ail : » Nibilque aliud species putanda est, nisi cogitatio collecta ex individunrum dissimilium numéro, substantiali siniililudine; gcnus vero est cogitatio ex specierum similitndine. » Ouod in liac scntenlia non convenu : Sociales, in quantum homo est, species est , qui tamen nullo modo de pluribus colligitur, quia in plnribus non est. Quod tamen ipsi ad indifferentiam referentes, dicunt ita : Sociales, in quantum est liomo, de se colligitur et de

(a) Boeth. opp., p. 56.

« liant, ils rapportent encore cela a leur non-différence, « et disent : Socrate en tant qu'homme se recueille en « lui-même, en Platon, et en tous les autres hommes; tout « individu en tant qu'homme peut être recueilli de lui- <( même. Il est facile de voir comhien celte explication est « ridicule, si l'on remarque que de toute chose on pour- « rait dire également qu'elle est un homme, par cela seul « qu'elle contient quelque chose de non -différent à l'égard « de l'homme. Nous lisons aussi dans le commentaire sur « les Catégories : « Les (a) genres et les espèces ne ré- « sultent pas île la considération d'un seul individu; ce « sont des conceptions que l'esprit recueille en tous les « individus pris ensemhle. » Boëce déclare formellement « dans ce passage, que le mot homme exprime une essence « qui n'est pas tirée de Socrate tout seul, mais recueillie « en tous les hommes. Or, ceux qui disent que Socrate en « tant qu'homme est une espèce, tirent l'espèce d'un seul » individu. Il serait fatigant d'accumuler toutes les au- « torités qui sont contraires a cette opinion. » 2° ' « Dans ce système, chaque individu humain, en

Platone ca'terisque; nnumquodque individuum in quantum est honio do se colligitur. Quod quant ridiculum sit , inde patet quod codera modo dici polest de quolibet et quod ipse fuit honio quia quoddam indifferens illi ibi est. Item in commentario super Categorias : « gênera et species non ex uno singulo intellecta gant, sed ex omnibus singulis mentis ratione collecta vel concepta. » Hic plane confirmât homo unam esseutiam , sieut hominem non ex solo Socrate collcctum, sed quod ex omnibus colligitur. Qui veio Socratem in eo quod est homo esse speclem dicunt, ex solo individuo colligunt speciem. Omnes apponere auctoritates qute hanc sententiam abnuunt, gravaremur. »

1. Fol. iô verso, c. 2 ; 4-ï recto, c. t. Ouv. inéd., p. 520-522. « Sed nunc

(a). Boeth. opp., p. 129.

« tant qu'homme , est une espèce. D'où il suit que l'on « pourrait dire de Sociale : cet homme est une espèce. 11 « est certain que Socrate est cet homme; donc on peut « conclure avec toute raison, suivant les règles de la troi- « sième figure du syllogisme : Socrate est une espèce. Car « si une chose s'affirme d'une autre, et qu'il y ait encore « un autre sujet au sujet , le sujet du sujet sert de sujet « au prédicat du prédicat : c'est ce que personne ne peut « raisonnablement nier.

« Je poursuis. Si Socrate est une espèce, Socrate est un « universel , et s'il est universel, il n'est pas singulier; « d'où cette conséquence : il n'est point Socrate. Ils se « refusent à cette conséquence : s'il est universel, il n'est « pas singulier; car, dans leur système, tout universel est « singulier, et tout singulier est universel sous des rap- « ports différents. Cependant, lorsqu'on dit : toute sub- « stauce est universelle ou singulière, personne, je pense, « ne niera qu'une division semblable ne soit une divi- « sion par l'accident, comme dit Boéce, dans le livre « des Divisions : « La règle commune à foutes les divi-

ut rationi sit consentanea videamus. Unumquodque individmim bominis, in quantum est homo,spcciem esse Iutc sententia asserit. Inde verc posait dici de Socrate : hic homo est species; sed Socrales est hic homo vere dicitur; i laque secundum modum prima; figura; rationaliiliter tond ml i tu r: Socrates est species. Si enini aliquid prœdicator de aliquo et aliud subjiciatur subjecto, subjectum subjecti subjicitur prœdicato prffidicaii. Iloc nemo nitionabiliter denegabit. Procède Si Socrates est species , Soeratcs est univcrsale; et si est universale, non est singulare; unde se(|uitur : non est Socrates. Ncgant banc consequentiani : si est universale non est singulare. Naui impositione sas sententiœ habelur : omne universale est singulare, et omne singulare est universale diversis respectibus. At contra cum dicitur : substantia alla universalis, alia singularis, talem divisio- Dcm, credo, nemo negat esse secundum accidens. Sed, ut dicit lioctbius

« sions (le cette nature (a), c'est qu'elles se partagent en « opposés. » Ainsi, si nous partagions un sujet en ses ac- « cidents, nous ne dirions pas : les corps sont ou blancs « ou doux, car ce ne sont pas la des opposés; mais bien : « les corps sont ou blancs ou noirs , ou ni blancs ni « noirs. Il faut de même considérer comme selon l'acci- « dent celle division : car universel et singulier sont plus « opposés que blanc et doux. Ils répondent que Boëce n'a « pas voulu parler de toutes les divisions par l'accident ; « mais seulement de celles qui sont régulières. Si vous « leur demandez quelles sont celles qui sont régulières, « ils répondent : celles auxquelles cela s'applique. Voyez « quelle impudence! ce que l'autorité aftirme d'une ma- « nière si explicite, lorsqu'en parlant des divisions par « l'accident, elle dit : c'est la la règle commune de toutes « ces divisions, ils nient, contre toute évidence, que ce « soit un précepte universel. Mais ils ne pourront tenir « dans celle position ; car l'autorité s'exprime d'une ma- « nière formelle sur l'universel et le singulier : Aucun

in libro Divisionum : « harum commune est prœceptum : quicquid eorum dividitur in opposita segregari; » ut si subjcctum in accidentia separemus, non dicamus : corporum alia sunt allia, alia dulcia, quae non opposita sunt, sed : corporum alia sunt alba, alia nigra, alia neutra. Ecce eodem modo negare possumus liane non esse divisioneni seeundum accidens : subslantia alia universalis , alia singularis ; hœc enim magis opposita sunt, universale et singulare, quam album et dulce. Dicunt illi non esse dictum de omnibus divisionibus seeundum accidens, sed de regularibus. Si quœras quae sunt regulares, aiunt : quibus illud convenit. Videte quantœ impudentiae sint! quod tani plane dicit auctoritas, cum de divisionibus seeundum accidens loqueretur, « harum omnium commune prteceptum est , etc., » non dictum universaliter mentiuutur. Sed in hoc non

{a). Boeth. opp., p. 638. sqq.

« universel n'est singulier, et aucun singulier n'est uni- « versel. En effet, Boëce, dans son commentaire sur les « Catégories, dit, en parlant de cette division (a) : « Toute « substance est universelle ou singulière. Il est impossible « qu'un accident prenne la nature d'une substance, ou « une substance la nature d'un accident. Or, la parlicu- « larité et l'universalité ne s'impliquent pas, car l'uni- « versalité peut bien s'affirmer de la particularité, comme, « par exemple, l'animal de Socrate ou de Platon, et la « particularité reçoit l'universalité comme son prédicat; « mais il est impossible que l'universalité soit particula- « rite . ni que ce qui est particularité devienne univer- « salité. » Universalité et particularité sont pris ici pour h universel et particulier ; c'est ce que prouvent les exem- « pies qui sont donnés ensuite, comme l'animal dans son « rapport à Socrate.

« À cela on ne peut faire aucune réponse raisonnable. « Cependant ceux à qui nous avons à faire ne se tiennent « pas eu repos. Ils disent : Aucun singulier, en tant que

consistent. Nam de his specialiter, id est universali et singulari, negat auctoritas : nuIUim universale est singulare, et nulluni singulare est universalc. Boethius enini in Commentario super Categorias, cuin de hac divisione loqaeretur; substantia alia universalis, alia singularis, ait : « nt autcni accidens in naturam substantia transeat esse non potest, vel ut substantia in naturam accidentis transeat liabcri non potest. At vero nec particolaritas nec universalités in se transeunt. Namque universalitas potest praedicari de particularitate, ut animal de socrate vel Platone, et particularitas suscipit prœdicationem univcrsalitatis; sed non ut universalitas sit particularitas , nec quod particulare est universalitas fiât. » Universalitas et particularitas hase nomina pro universali et particulari accipi notant exempta, ut animal de Socrate. Contra hoc rationabilitcr nibil dici potest. Illi tanien non quiescunt, sed, dicùnt : uni loin singulare in quantum est singulare, est universale, et e conversojet cuni universale est, singulare est universale, et e converso

(a) Boclh. opp., p. 120.

« singulier, n'est universel , et réciproquement ; mais pris « c-imme universel, le singulier est universel, et récipro- « quement. À quoi je réponds : Ces mots: « aucun singulier « eu tant que singulier » semblent vouloir dire : aucun o singulier demeurant singulier n'est un universel demeu- « rant un universel : ce qui est certainement faux ; car Soo crate, tout en demeurant Socrate, est un homme qui deo meurehomme.il se pourrait encore que l'on voulût dire : « L'universel ne dérive, dans aucun singulier, de sa sin- « gularité, ou bien c'est la singularité qui interdit l'uni- « versalité a l'homme singulier; ce qui est absolument « faux, dès que l'on considère le rapport de Socrate et de « l'homme; car, dans Socrate, cela même qui est Socrate « exige la présence de l'homme. Et d'ailleurs rien n'em- « pèche aucun singulier d'être universel, s'il est vrai, « comme ils le prétendent, que tout singulier est uni- « versel. De même, s'ils disent: Socrate, en tant que « Socrate , c'est-à-dire dans toute la propriété qui est « désignée par ce mot de Socrate, n'est pas un homme « en tant qu'homme, c'est-a-dire dans la propriété

Contra quod dieo verba ista : nulliini singulare in quantum est singulare hune sensum vhletur habere : nullum singulare, manens singulare, est universale manens universale; quod utique falsum est. Nam Socrates manens Socrates est homo manens homo. item hune sensum habere posset : nulli singulari eonfeit hoc quod est singulare esse universale; vcl homini singulari aufert hoc quod est singulare esse universale, quod totum fallit inter Socratem et homineni. Nam in Socrate hoc quod est Socrates exigit hominem , et nulli singulari aufert aliquid esse unhersale ; nam secundum eos omne singulare est universale. Item si dicant : Socrates in quantum est Socrates, id est in tota illa proprietate in qua notatur al) hac voce quae est Sacrales, non est homo in quantum est homo, id est in illa proprietate in qna notatur ah hac voce • homo est ; hoc quoque falsum est. Nain Socrates notât hominem socraticum, in quo et hominem , quod scilicet notât homo. »

« qu'exprime le mot ft homme /cela est encore faux ; car « Socrate désigne l'homme socratique et par conséquent « l'homme.... »

Avant de quitter la polémique du manuscrit de Saint- Germain contre l'école réaliste, peut-être conviendrait-il de rechercher aussi dans le manuscrit de Saint-Victor et de reproduire tous les passages qui se rapportent a cette polémique. Dans l'impuissance d'accumuler tant de citations, nous voulons du moins signaler les fol. \ 93 recto ', 195 verso et 196 recto2, 198 verso 3, surtout le fol. 168 verso4 et le chapitre entier du livre de la Division sur le tout et les parties 5. Ces documents réunis font connaître suffisamment l'opinion d'Ahélard sur l'école réaliste, considérée dans ses deux grandes divisions . et nous croyons pouvoir passer a l'argumentation de notre auteur contre l'école nominaliste. Nous remprunterons encore au manuscrit de Saint-Germain.

Réfutation du nominalisme.

Cette argumentation est bien plus brève que celle dont nous venons de rendre compte ; on s'aperçoit qu'elle est dirigée contre une école qui est loin d'avoir la même puissance et le même crédit que la première. Toutefois, la formule qui revient sans cesse : Exponunt — dictait... ipsi qui hanc sentent iam tenent , etc., fait assez voir que cette école n'était pas tout entière dans Iloscelin ; et

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