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4 82 PHILOSOPHIE SCIIOLASTIQUE.

(( l'appellent uue espèce, un universel, une nature, de « môme qu'un peuple, quoique compose de plusieurs « personnes, est appelé un. Ensuite chaque essence parci ticulière de cette collection que l'on appelle humanité « est composée de forme et de matière; la matière est « l'animal ; la forme n'est pas une, mais plusieurs; c'est « la rationalité, la mortalité, la bipédalité, et tous les « autres attributs substantiels de l'homme. Et ce que" « nous avons dit de l'homme, savoir, que cette portion « d'homme qui est le sujet de la socratité n'est pas essen- « tiellement celui de la platonité, cela s'applique égale- « ment à l'animal. Car cet animal, qui est le substrat de « la forme d'humanité qui est en moi, ne peut être essena tiellement ailleurs... »

Vient ensuite la discussion proprement dite; elle est divisée en deux parties, l'une au nom du raisonnement, l'autre au nom de l'autorité.

Dans la première partie de celte discussion, Abélard a bien l'air de répondre la plupart du temps, non pas à des objections qu'il se fait à lui-môme, mais aux objections que lui faisaient ses adversaires, et surtout l'école réaliste, qui paraît jouer le plus grand rôle dans ce débat.

La doctrine d'Abélard était que l'espèce, l'humanité

timmi universale, una natura appellatur, sicut populus, quamvis e\ îmillis personis collectus sit, unus dicitur. Item unaquseqac essentia liujus collectionis quœ humanitas appellatur, ex materia et forma constat, seilicet ex animali materia, forma autem non una, sed pluribus, rationalitatc et mortalitate et bipcdalitale, et si quœ sunt ci ali;e substantiales. i:t sicut de homine dictum est, silicet quod illud hominis quod sustinet socratilatem, illud essentialiter non sustinet platonitatem, ita de animali. Nam illud animal quod formant humanitafis quœ in me est, sustinet, illud essentialiter alibi non est. »

par exemple, est une collection d'individus semblables entre eux. Or, disait l'école réaliste, l'espèce est la matière des individus ; d'où il suit que, la matière étant ce qui prend la forme, c'est l'espèce homme qui prend la forme de la socratité; argument qui tend à réduire la socratité, c'est-à-dire l'individu, à une accidence et qui réserve la substanlialité à l'espèce. Mais Abélard nie la conséquence. « Ce qui prend la forme de la socratité, « dit-il ' ce n'est pas l'humanité en soi, mais ce qu'il y a « d'humanité en Socrate. Or, l'espèce n'est pas cette por- « lion seule d'humanité, mais son rapport, sa réunion :< avec toutes les humanités semblables. Faites attention. « Toute espèce est la matière de son individu et en prend « la forme ; oui : mais ce n'est pas que tous les individus « de cette espèce prennent cette forme. Un seul la prend ; « mais comme il est semblable par sa composition a tous « les autres individus de cette nature, les auteurs veulent « que tout ce qu'il prend soit pris en même temps par « toute la collection qui se compose de cet individu et « des autres. Ils n'ont pas considéré cet individu qui fait « partie de la collection comme différent de la collection « elle-même; ils les ont pris comme identiques, non pas

\. Fol A4 verso, c. 2. Omit, inéd., p. S26. <c Ulud lantum humanitatis informateur socratitate quod in Socrate est. Ipsum auteni species non est, scd illud quod ck ipsa et cœteris similibus essentiis conficitur. Attende. Materia est omnis species sni individui et ejus formant snseipit, non ita scilicet quod sinpula1 cssentia; illius sneciei informentur illa forma, scd una tantuni, quae lumen quia similis est compositionis, prorsus cum omniUis aliis ejusdem nature essentiis, quod ipsa snseipit compaetnm, ev ipsa et ca'teris suscipere auctores voluerunt. Neque enim diversum judieaverunt unam essentiam illins concollectionis a tota concolleclionc, scd idem, non quod hoc esset illud, scd quia similis crcalionis in materia et

484 philosophie scholastique.

« que l'un soit l'autre, mais parce que l'un et l'autre sont « de même nature pour la forme comme pour la matière. « Le langage commun prouve encore qu'il en est ainsi. « Lorsque nous voyons une masse de fer dont on doit « fabriquer un couteau et un stylet, nous disons : ceci « sera la matière d'un couteau et d'un stylet, quoique la « masse ne doive pas prendre tout entière chaque forme, « mais une partie celle du stylet, et l'autre celle d'un « couteau.

« Nouvelle objection ' : L'espèce est ce qui s'afGrme de « plusieurs choses, selon leur caractère fondamental. « S'affirmer d'une chose, c'est être en elle; mais la col- « Iection qui fait l'espèce n'est pas en Socrate ; car de « toute cette collection , il n'y a qu'une seule esseuce « particulière qui touche Socrate. Écoutez et faites atten- « lion. On dit qu'être affirmé d'une chose, c'est être en « elle. Je sais que cette proposition est en usage, mais je « ne l'ai point trouvée dans les autorités : je l'admets « cependant; mais, tout en accordant que l'humanité est « en Socrate, je n'accorde pas qu'elle soit épuisée en « Socrate; il n'y en a qu'une partie qui prenne la forme « de la socratilé. Ainsi on dit queje touche a un mur sans

forma hoc crat cum illo. Sic autem esse et usus loqucndi approbat. Nani niassani aliquam ferream de qua faciendi sunt cultcllus et stylus, videntes, dicimus : hoc futurum materia cultelli et styli, cum tamen nunquam tota suscipiat alterutrius, sed pars styli, pars cultelli. »

t. Ibid. « Item species est quœ de plurihus in quid prœdieatur. Prtcdicari autem est inhœrere; sed il la nmltitudo Socrati non inhecret; Socratem enim non tangit nisi una essentia illins multitudinis. Audi et attende. Prœdicari quidem inhœrere dicunt. Osus quidem hoc liahet ; sed ex auctoritate non inveni; concedo tamen : inhœrere autem dico humanitatem Socrati, non quod tota consumalur in Socrate, sed una tantum ejsis pars socratitatc iniormahir. Hoc enim dicor tangerc parictem, non quod singula)

« qne pour cela toutes les parties de mon corps soient « appliquées à ce mur, pourvu que j'y touche seulement a du bout du doigt ; de même on dit d'une armée qu'elle « touche a un mur ou à un endroit quelconque, sans que « tous les individus de cette armée y touchent; il suffit « d'un seul. Il en est de même pour l'espèce, quoique « l'identité soit plus grande entre un être de la collection « et la collection totale qu'entre l'armée et une personne « de l'armée; car chaque être de la collection est iden- « tique avec son tout, tandis qu'il n'en est pas de même « pour l'armée.

« On ajoute ' : L'espèce s'affirme de l'individu selon « son caractère fondamental. Or, s'affirmer selon le carac- « tère fondamental, c'est s'affirmer selon l'essence; et « s'affirmer selon l'essence, c'est être identique. Lors « donc que l'on dit : Socrate est un homme, l'espèce s'afo firmant ici de Socrate selon l'essence, le sens de cette « proposition est : Socrate est cette multitude d'êtres; ce « qui est absolument faux. Et nous retombons dans la « même absurdité que les autres doctrines : le singulier « est universel. Car Socrate étant homme, est cette raul-

partes mei paricti hœreant, scd forsilan sola summitas digiti , qua hœrente, diçor tangerc. Eodem quelque modo cxorcilus aliquis dicilur bsrere muro vel alicui loco , non quod singulœ personœ exercilus illi hœre.int, sed aliquis de exercita. Simillter de specie, quamvis major sit identitas alieujns essentia illius coileclionis ad tolum quam alicujus persona; ad exercitum ; illud enim idem est cum suo loto, hoc vero dhersum. »

i Fol. -Ji verso, c. 2. Ouv. itléd., p. 527. « Item specics in quid prffidicatur de individuo; pradicari antem in quid, ut aiunt, est pradicari in essenlia; prœdicari autem in essentia est hoc esse illud. (".uni ergo dicitur : Socratcs est 1 », cura hic specics pradicetur de Socralc in essentia , liic est sensus : Socratcs est illoc mulla; csscnliae; quod jilanc falsum

<t titude : or l'homme est une espèce ; d'où il suit que le « singulier est universel. Ecoutez bien : s'affirmer selon «le caractère fondamental, c'est, dit-on, s'affirmer « selon l'essence. Je le veux bien, mais je nie que l'iden- « tité en suive. Car, selon, Boëce (a), s'affirmer selon « l'essence, c'est s'affirmer d'un sujet; or ce qui s'af- « firme d'un sujet c'est ce qui s'affirme d'une chose « qu'il contient et dont il est l'essence. Cela est com- « mun aux genres , aux espèces et aux différences sub- « stantielles, a l'égard des choses qui en tiennent leur « essence. Car l'homme et la rationalité s'affirment éga- « lement de Socrate selon l'essence et comme d'un sujet. « On ne dit pas pour cela : Socrate est rationalité, mais « Socrate est raisonnable, c'est-à-dire qu'il est uue chose « en laquelle est la rationalité. De même encore l'espèce « homme s'affirme de Socrate : on dit Socrate est un « homme, c'est-à-dire Socrate est une chose où l'huma- « nité est en substance ; et l'on ne dit pas pour cela :

est. Et habebimus illud idem inconveniens quod in aliis sententiis, scilicet : singularc est universale. Nam Socrates homo est illa multitude», homo autem species; quare singularc est universale. Audi vigilanter. Prœdicari, inquiunt, est prasdieari in essentia. Hoc consentio pradicari in essentia dicere, hoc esse illud nego. Nam proedicari in substantia dicit Boethius idem esse cum prsedicari de subjecto; prœdicari autem de subjecto dici de inferiori cujus sit essentia. Hoc commune est generibus et speciebus et substantialibus differentiis , respectu illorum quibus conferunt essentiam. Nam et homo et rationalitas œque pra?dicantur de Socrate, ut de subjecto et in substantia. Nec tamen dicitur : Socrates est rationalitas, sed Socrates est rationalis, id est res in qua est rationalitas. Eodem modo homo species prsedicatur de : Socrates est rationalis, id est res in qua est rationalitas in substantia. Nec tamen dicitur : Socrates est homo illa species, sed Socrates est unum de his quibus inhaeret illa species. »

(a) Boeth. in Prœdicam.,p. 12-i.

« Socrate est l'espèce homme, mais bien : Socrate est un « des individus où se trouve cette espèce.

« À cela ou répoud ' ; la comparaison n'est pas légitime, « car raisonnable est le nom d'une chose a laquelle il « est imposé, c'est-à-dire de l'animal, et il y a une autre « chose qu'il exprime par son sens principal, savoir la « rationalité, dont il fait un prédicat et un sujet. Mais « ['homme n'exprime et ne signifie autre chose que l'es- « pèce homme. Ce raisonnement est inadmissible; non- « seulement raisonnable et homme, mais tout universel, « est le nom substantif d'une chose a laquelle s'applique « ce qu'il exprime principalement. Par exemple, les noms « de raisonnable ou blanc ont été donnés à Socrate, ou « à un objet sensible quelconque, par rapport aux formes « que ces mots expriment principalement; de la môme « manière, le nom d'homme a été donné à tout être ma- « tériellcmeut constitué par l'homme, pour le désigner « par rapport à sa malière, c'est-à-dire par rapport à « l'espèce que ce nom désigne principalement. Lors donc « que l'on dit : Socrate est un homme, le sens est : So-

i. Fol. A'6 recto, c. I. Ouv- inéd., p. 327. « Sed, dicunt, similitudo non procedit. Nam rationale alterius nomen est, pro impositione scilieet animalis, ctaliud est quod principaliter significat, scilieet rationalitas quam prœdicatet subjicit; bomo yero nihil aliud vel norainat velsigniflcat quam iUam specieïn. Absit hoc; imo sicut rationale et homo, sic et quodlibet al î ii il aniveraale substantivum alterins nomen est, per impositionem quidem cjus quod principaliter significat. Verbi gratia : rationale \elaibnm impositura fait Socrati vel alicui sensibilium ad nominandum propter foi mas, id est ralionalitatem et albedinem , qnas principaliter signiQcant. Eodeni modo bomo impositum fuit cuilibef materialiter constituto ex liomine ad nom inandum, propter eorum materiam , scilieet speciem quam principaliter signiflearet. Itaque cum dicitnr : Socrates est homo, bic est sensus : Socrates est unus de materialiter constitutis ab lioniine, vel, ut

« craie est un des individus qui ont l'homme pour ma- « lière, et pour ainsi parler, Socrate est un des humains. « De même quand on dit : Socrate est raisonnable, cela « ne veut pas dire: le sujet est le prédicat, mais bien : « Socrate est un des sujets de celte forme qui est la ra- « tionalité. Que le nom d'homme ait été imposé a ceux a qui sont matériellement constitués par l'homme, c' estci a-dire aux individus et non pas a l'espèce, c'est ce que « dit Boëce dans ce passage du commentaire sur les Ca- « tégories (a) : « Celui qui le premier a dit homme n'avait « pas en pensée l'homme qui résulle de la collection des « individus, mais un homme individuel et singulier au- « quel il voulait donner ce nom d'homme. » Et notez « qu'on appelle substantifs ces noms-la seuls qui sont « donnés à quelqu'un pour le désigner, soit par rapport « à sa matière, comme homme et tous les autres subslan- « tifs universels, soit par rapport à son essence expresse, « comme Socrale; car Socrate désigne une chose une et <i identique, le composé de l'homme et de la socratité. « On appelle adjectifs les noms qui sont donnés à quel- « que chose à cause de la forme qu'ils désignent princi- « paiement; ainsi raisonnable et blanc nomment les « choses où se trouvent la rationalité et la blancheur. « Car de dire, comme on le fait ordinairement, que l'ad-

ita dicam , Socrates est iinus de lnimanis. Sieut cum dicitur : Socratcs est rationalis, non iste est sensus : res snbjecla est rcs pra-dicata, sed Socrates est unus de sulijectis liuic forniae çruœ est rationalitas. Quod autem homo impositum sit liis quai materialiter constiluuntur al) liomine, id est individuis, et non speciei, dicit Boefbius in commentario super Cafcgorias, his vernis : « qui enini primas hominem dixit, non illum qui ex singulis conficitur in mente haïrait, sed hune individuum atque singularcra

(a) Boelii. in Prxdicam. , p. 129.

« jcclif est ce qui signiOe l'accident, et le substantif ce « qui signifie l'essence, c'est une définition ridicule ou

« même dépourvue de sens

« On objecte encore* : Si l'homme, qui est le nom des « individus, désigne dans son sens principal l'espèce, a et si l'espèce n'est autre chose qu'une collection d'in- « dividus, l'homme exprime une multitude; l'esprit de « celui qui entend ce mot d'homme embrasse donc dans « sa conception cette multitude, et ainsi il conçoit ou un « seul individu de cette collection ou plusieurs, ou il en « conçoit la totalité : toutes hypothèses également fausses; a car celui qui entend dire homme ne descend pas par « la pensée à aucun individu de la collection que ce mot « exprime. Cela est vrai, je l'avoue; car souvent nous « avons la conception d'une multitude d'hommes que « nous voyons de loin, sans en connaître aucun indi- « vida. Nous ne descendons pas pour cela par la pensée « a un individu ou a plusieurs ou à tous, et cependant

cui nomon hominis imponeret. » Et nota quod nonrina î lia tantum dicuntur substantiva quœ imponuntur ad nominandum aliquem propter ejus materiam, ut homo et caetera universalia substantiva, vel propter expressam esscotiam , ut Socrates; idem eniin nominat et significat, scilicet compositum ex humanitate et socratitate ; adjectiva vero illa dicuntur quai imponuntur alicui propter formam quam principaliter significat, ut rationale et album res illas nominant in quibus inveniuntur ralionalitas et albedo. Nain quod diei solet adjeclivum esse quod significat accidens, secunduin quod adjacet, et sul)stantivum quod significat essentiam , ut essentiam, ridicnlum est vcl sine intcilectu. »

1. Fol. A'6 recto, c. 2; 43 verso, c î. Ouv. inCd , p. 529-550. « Item opponitur : si liomo, ciim nomon sit inferiorum , principaliter significat spccicin , species autem nihil aliud sit quam illa essentiarum collectio, homo autem illam maltitudinem significat; et sic anima alicujus audiens liane vocem homo, conciplendo operatur iu illa muHitudinc, et ita vcl unam tantum essentiam illius collectionis vcl plures vcl omnes concipit;

« notre pensée se porte sur la multitude entière. Ainsi « nous voyons souvent un monceau, sans diriger notre « esprit sur aucune partie de ce monceau. C'est là, ce me « semble, ce que Boëce a voulu dire dans ce passage de « son second commentaire sur l'Interprétation [a) : « Lors- « que nous considérons quelque chose de ce genre, notre « pensée ne se promène pas sur chaque personne, mais, a sous ce nom d'homme, elle embrasse tous les indivi— « dus qui participent à la définition de l'humanité. » Et « ailleurs [b) : « L'humanité, recueillie dans les natures « des différents individus, se résume en une seule et « même conception, en une seule et même nature. » « On nous fait encore l'objection suivante ' : Si l'es-

qute singula falsa sunt. Audicns enim homo, in millam cssentiam illias collectionis auditor per hoc nomen descendit. Verum quidem istud concède-. Nam saepe intellectuni habemus de aliqua hominum multitudina quam a longe videmus cujus forte nnllum cognosciiuus, et neque tamen in unum vel in plures vel in omnes cogitatione descendimus, et tamen in tota nmltitudine cogitando laboramus, ut de aliquo acervo quem aliquando videmus, neque tamen ad aliquara cssentiam illius acervi animum dirigimus. Hoc autem voluisse mihi plane videtur Boethius in secundo commentario super Péri ermeuias, his verbis : « cum enim taie aliquid animo speculamur, non in uuamquamque personam mentis cogitatione deducimur, sed per hoc nomen quod est homo, scilicet in omnes quicumque diffînitioiicm huinanitatis participant; » et alibi : « humanitas ex singulorum hominum collecta naturis in unam quodam modo redigitur intelligentiam atque naturam. »

I. Fol. 45 verso, c. I. Ouv. inéd., p. 550-55I « Item coutra dicitur : si nihil aliud est species quam illud quod confleitur ex multis essentiis , quotiens et illud mutabitur, mutabitur etiam species. Illud autem singulis horis mutatur. Verbi gratia : ponamus humanitatem constarc tantum ex deceni existentiis, in momento nascetur aliquis homo, et jam conficietur alia humanitas. Non est idem acervus conslans ex undecim existentiis, et deceni et, ut plus dicam , siugulœ essentias humanitatis quœ illam spe-

(a) Bocth. opp., p. 559.

(b) Ibid., p. 5-iO.

« pèce n'est autre chose qu'un composé de plusieurs in- « dividus, toutes les fois que le composé changera, l'es- « pèce changera aussi : or ce composé change à toute « heure. Par exemple, supposons que l'humanité soit « constituée par dix hommes seulement, qu'un homme « vienne à naître, voilà une autre humanité; car dix in- <i dividus et onze individus ne constituent pas la même « collection. Bien plus : les individus humains qui avaient « formé l'espèce homme ont certainement péri tous, il y a a plus de mille ans, et de nouveaux ont paru, dont est « formée l'espèce actuelle de l'humanité. Par conséquent, « si l'on ne change à tout instant le sens du mot homme, « on ne peut pas dire deux fois de suite : Socrate est un « homme; en effet, lorsqu'on le dit pour la seconde fois, « si l'on parle de l'humanité dont il était question aupa- « rayant, on émet une proposition fausse; car cette huit inanité n'est déjà plus. Faites attention. Il est vrai que « cette humanité qui existait il y a mille ans ou même « hier n'est pas celle qui existe aujourd'hui, mais elle est « identique avec elle, c'est-à-dire d'une nature semblait ble; car tout ce qui est identique avec une chose n'est « pas pour cela cette chose même : ainsi l'homme et l'âne

cicm confecemnt, anlc mille annos modo prorsus perleront, et no\œ sulicrèveront quœ humanitatem qua liodie specios est, conficiunt. I laque nisi singulis înomentis signifleatio najas vocis hotno matetur, non l'Olest vere dici bis : Socrales est homo. Ram eura iterum dixerls : Socratcs est homo, si dicas esse de hnoianitate qnara piîiis dixeris, falsum est ; nain ill.i jam non est Attende. Verom est quod illa linmanltas qnx ante mille annos fuit vel quœ lie ri, non est ill.i quœ hodie est ; sed tamen est eadem euin illa , id est crealionis non dissimilis. Non enim qnicquid idem est fcnm alio, idem est illud; homo enim et asinus idem sunt in génère, nec tamen hoc est illud. Socratcs qnoque c\ plnribus atomis constat \ Ir qnam puer, et tamen idem est. Vocis qnoque signifleatio non mutatur quaiuws

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« sont identiques dans le genre, et l'un n'est pourtant « pas l'autre. Socrale homme fait est composé de plus « d'atomes que Socrate enfant, et cependant il est le « même. La signification du mot ne change pas non plus « parce que le sujet change : ainsi César désigne encore « la même chose après que César est mort, quoiqu'il ne « soit plus vrai de dire : César est César. Lorsqu'on dit « aujourd'hui : César a vaincu Pompée, on pense à la « même chose qu'on l'eût pu faire du vivant de César, et « cependant César aujourd'hui n'est plus César. Sem- « hlahlement le mot homme nomme quelque chose qui a « pour matière l'homme, c'est-à-dire l'humanité ; mais « ce mot n'exprime pas par lui-même si c'est une hurna- « nité formée de dix individus ou de plusieurs. 11 sera « donc vrai de dire : Socrate est un homme, aussi longci temps qu'il aura sa matière dans L'humanité, de quel- « que nomhre d'individus humains qu'elle soit com- « posée.

« En outre ' : l'espèce est ce qui s'affirme de plusieurs « choses différentes en nomhre, selon leur caractère fon- « damental; en d'autres termes, c'est ce qui est matériel-

hoc non sit illud, ut patet in hac voce Ccesar quœ idem signiOcat mortuo Cœsare, quamvis non sit veruin diccre : Cœsar est Cœsar; cum enini dicitur hodie : Cœsar vieil Pompeiuni , de eadem re habetur intelleclus de qua vivente Cœsare ; hodie tanicn Cœsar non est Cœsar. Similiter liomo nominal aliquid materiatum ab homine, scillcet humanitate; sed non ex vocis signiCcatione est utrum ex humanitate constante ex decem sive ex amplioribus. Taindiu ergo verum est dicere : Socrates est homo, quanidiu est materiatum ab humanitate , ex quantislihet essentiis humanitatis constante. »

i. Fol. kV> verso, et, c. 2. Ouv. inéd., p. 531-553. « Amplius : species est quœ dcplurihus differentihus numéro in eo quod quid est, prœdicatur, id est quœ plurihus inhœret materialiter. Quod si verum est etiam dicere quod oiune quod sic prœdicatur, sit species, non una tantuni crit

« lement en plusieurs choses. Or, s'il est vrai que tout « ce qui s'affirme de cette manière est une espèce, l'hu- « manité ne sera pas une seule espèce, mais plusieurs. « Supposons, en effet, que dix individus humains con- « stituent l'humanité, je dis que cinq de ces iudividus « formeront une espèce, et les cinq autres une seconde. « Car celte collection de cinq s'affirme de plusieurs, c'est- « à-dire est comme matière en plusieurs, en cinq indi- « vidus qu'elle constitue matériellement; et il en est de « même de l'autre collection de cinq. Mais vous devez « savoir que l'autorité ne dit nulle part clairement ce que « c'est que s'affirmer d'une chose. Car de dire que s'af- « firmer d'une chose c'est être en elle , c'est une défi- « nilion usuelle, mais qui ne procède d'aucune autorité. « Pour moi il me semble que s'affirmer d'une chose, c'est « être la signification principale du mot qui sert de pré- « dicat; et qu'être sujet, c'est être la signification priu-

« cipale du mol qui sert de sujet Revenons, et

« voyons si cetlc simple collection de cinq individus s'af- « Arme, comme on l'a dit, de plusieurs choses selon le

spccics bumanitas, scd malts. Ponamus cnini dcccm tantum csscntias esse humanitatis quea illam speciem confieront, Dico quod quinque i lia— rum crunt unu species et quinque alia. Nain illud cunfectuin ex quinque prsdicalur, hoc est inhaeret materialiler pluribus, id est quinque individuis ab cis matérialité!* constitutis, et eodein modo illud quod ex aliis quinque efficltur misse debes quod nusquam quidsit prœdicari plane dicit aucloritas. Nam quod solet dici quod praedicari est inhœrere, usus est ex nulla auctorltate procedens. Mihi autem vldetur quod praedicari est principaliter slgnificari per voeem prœdicatam, subjici >ero signilicari principalitcr per vocem SUbjectam, et hoc quodaminodo vidcor habere a i'risciano, quod in traclatu orationis ante nomen dicit prœpositiones et conjuncliones syncategoreumala , id est consiguiGcantla. Sclmns autem syn apud graxos cum prœpositlonem signihearc, caleqorare autem pricdicari; unde catégories prœdicamenla dicuntur. Si ergo idem est

« caractère fondamental. Lorsque l'on dit : Socrate est « un homme, on n'af firme de lui que ce qui est constitué « par tous les individus réunis de l'humanité; car le nom « d'homme n'a pour signification principale que celte « collection tout entière ; il ne désigne pas d'une manière « actuelle un seul individu pris à part ou une collection « partielle d'un certain nombre de ces individus. Il ne « faut pas, du reste, dans la définition de l'espèce, prendre « à la rigueur cette expression : s 'affirmer actuellement ; « autrement, si personne ne parlait, il n'y aurait plus « d'espèce, C3r rien alors ne serait expressément signifié : « il faut entendre par là être en état d'être affirmé d'une « chose, c'est-à-dire, d'être la signification principale du « prédicat; ce qui ne peut s'appliquer a une collection de « cinq individus. En effet, on ne pourrait imaginer deux « noms dont l'un signifiât l'une des deux collections, et « l'autre la seconde; car on ne pourrait concevoir aucune « diversité de matière, ni de forme, ni même d'effets; et « les deux mots ne produiraient qu'une seule et même « conception , comme glaive et épée. On peut nous dire

calegoreumata quod slgnificantia, idem erit prœdlcari quod signifiearl principaUter, quani solam significafionem reeepit Aristoleles *, juxta illud : « album nil signifient, nisi qualitatcm. » Cum enim album subjectuni albedinis nominando significet, illam solam signiDcationcm nolavit Aristoleles, in qua intellectus constituitur per vocem. Revertamur ergo et videamus an illud constitufum tantum quinque essentiis, pradicetnr in quid de pluribus, ut diclum est. Cum enim dicitur : Socrates est homo non praedicatur nisi qnod ex singulis humanitatis essentiis eonsliluitur. Neque enim principaliter aliud significatur per hoc nomen homo quod est homo, quani tota multilndo, née aliqua una essenlia nec aliquid constitutum ex pluribus essentiis illius multitlidinis, juxta illud Boethii quod dictum est « bumanitas, etc., » utique actualiter signilieatur. Nec ita

*Aristot. Categ., P. -*S0.

« aussi : Cette collection de cinq individus est en état d'être « affirmée de plusieurs choses; demain peut-être elle le « sera sous le nom d'homme : car il peut arriver que l'hu- « inanité, qui est formée aujourd'hui de dix individus, le « soit demain de cinq seulement. Il n'en est rien. Celte « collection de cinq individus, si elle fait partie de l'en- « semble d'une humanité constituée par un nombre d'iu- « dividus plus considérable, n'est pas en état de former « une conception unique , quoiqu'elle doive en former « une dès que l'humanité sera réduite au nombre de cinq « individus. Comme un mot, avant d'avoir reçu son ap- « plication, a la puissance de signifier, mais n'est pas pour « cela en état de le faire; et comme une plume a la puis- « sauce d'écrire avant d'être taillée, et n'est cependant « pas encore en état de le faire, de même la collection de « cinq individus, tant qu'elle fait partie d'une humanité

accipiendum est in difunitione speciei pra-dicari actualiter; alioquin omnibus tacentibus nulla species esset; nain nil significaretur; sed aptum ad prœdicandum , id est ad prineipaliter signilieandum per voccru prœdicatuni, qraod convenit collecto ex quinque essentiis. Possent enim duo nomina poni quorum alterum daret intelleetum de uno collecto, et alterum de altero; hoc falsum est , per nullum enim nomen talis haberetur intellectus de illo conjuncto discernens ab alio conjuncto. Non enim conciperct vel diversam materiam vcl diversam formam vel rcs diversorum effectuum , quod quale sit post dicetur, sed sicut ensis et gladius eumdem générant intelleetum, ita iUa duo nomina faccrent. Item opponi potest: illud constitutum ex quinque essentiis aptum est preedicari de plurilus; quarc cras forsan prœdicabitur per hoc nomen homo. Contingere enim potest ut humanitas quas bodie ex decem essentiis constat, ex quinque tantum essentiis cras constituatur ; falsum est. illud constitutum ex quinquo essentiis , dum sit in constitutione humanitatis constitutae ex amplioribus, non est aptum ut de ea habeatur intellectus, quamvis paulo post habebitur, cum ad nuinerum quinque essentiarum bumanitas redigetur. Sicut enim vox aliqua ante imposilionein potest quidem signilicare , sed tamen non est apta ad signilicanduiu , licet post inipositionein signiflcet,

196 PHILOSOPHIE SCIIOLASTIQUE.

« constituée par un plus grand nombre, a la puissance, « il est vrai , d'être signifiée par le mot humanité, mais « n'est pas encore en état de l'être. Que si l'on prend être v affirmé d'une chose pour être en cette chose, ce que « nous admettons, car nous ne voulons pas abolir un bon « usage, il faut s'exprimer ainsi : Toute nature qui est « matériellement en plusieurs individus est une espèce. » « Si l'on vous oppose ' que la collection de cinq indi- « vidus est une espèce, puisqu'elle est matériellement en « plusieurs individus, répondez seulement : cela ne fait « rien à l'affaire, parce que ce n'est pas une nature; or « il ne s'agit ici que de natures. Vous me demanderez ce « que j'entends par nature; écoutez : j'appelle nature toute « chose essentiellement différente de tout ce qui n'est pas « cette chose ou ne se rapporte pas a cette chose, qu'elle « soit du reste un seul individu ou plusieurs; ainsi, So- « crate est une chose essentiellement différente de tout ce « qui n'est pas Socrate. De même l'espèce homme est une « chose essentiellement différente de toutes les choses qui « ne sont pas cette espèce ou quelque individu de celte

et sicut penna potens est ut per eam scribatur ante ineisionem , nec tamen apta est, sic illud conslitutum ex quinque essentiis, dum manet pars humanitatis ex pluribus constitua, potens quidem est signiûcari per vocem , sed non est aptum , dum sit pars humanitatis ex pluribus eonstitutae. Quod si prfedicari quidem pro inhœrere accipiatur, quod et nos concedinms, neque enim bonum usum abolerc volumus , sic dicendum est: omnis natura qusc pluribus inhœret individuis matcrialiter, species est. » 1. Fol. 4G recto. Ouvr. irtéd., p. 533. « Quod si quis opponat : ergo constitiitum ex quinque essentiis species est; Ipsum enim pluribus inhaeret matcrialiter; respondc modo : nil ad rem, quia non est natura; hic autem tantum agitur de naturis. Si autem quœras quid appellem naturam, exaudi : naluram dico quidquid dissimilis creationis est ab omnibus qua? non sunt vel illud vel de illo, sive una essentia sit sive plures, ut Socrates dissimilis creationis ah omnibus quœ non sunt Socrates. Similiter et homo spe-

« espèce; ce qui n'est pas vrai d'une collection quelcon- « que, d'un nombre quelconque d'individus de l'huma- « nité. Mais celte collection partielle n'est pas une chose « essentiellement différente des autres individus compris « dans l'espèce.

« On demande ' encore si cette propriété de s'affirmer « de plusieurs choses , selon leur caractère fondamen- « lai, s'applique à toute espèce. Si nous répondons affir- « malivement, on objecte que cela s'applique pourtant « au phénix, qui n'est pas le résultat de la collection de « plusieurs individus, mais bien un seul et unique indi- « vidu, et qui ne peut être en plusieurs choses, ni être « une signification principale comme matière de plusieurs o sujets, puisque étant une seule essence indivisible, il ne « peut se trouver dans le même temps en plusieurs in- « dividus. Nous répondons avec Boêce (a) : « il y a beau- « coup de choses qui sont en essence sans être en acte : » « ainsi, quoique le phénix ne s'affirme pas actuellement « de plusieurs individus, cependant il est en état d'eu « être affirmé; ce que je n'entends pas, à moins que l'on

cies est dissimilis creationis al> omnibus reluis quso non sunt illa species vel aliqua essentia illius specici ; quod non eonvenit cuilibet collecto ex aliiiuot essentiis humanitotis. Nam illud non est dissimilis creationis a reliquiis essentiis quai In illa specie sunt. »

1. Ihid. « Amplius trmerltur utruin omni spceiei conveniat pradicari in quid, etc. Quod si coneedatur, dicunt quod eonvenit phœnici qu;e ex pluribus essentiis collecta non est, sed una taiilum est essentia, sed ista nec pluribus est apta inluererc nec priiuipaliter gigniflcarl, pluribus cxislentibus subjectis quorum sit materia, quia, cum una indivisibilis essentia sit, pluribus codem temiiore esse non polest. nespondemus : Boctbins Lanc facit oppositionem , et sohit quia illa difQnitio non eonvenit omni

(fl)lioc(h. in Prœdicam.] p. 71.

« ne dise : cette matière qui est le sujet de la forme de ce « phénix peut la perdre, et, eu prenant une autre forme, « constituer un autre individu ; et de la sorte, la même « matière, qui n'est autre chose que l'espèce, peut, mais « dans différents temps et non pas dans le même temps, « être en plusieurs individus. Voici donc comment il faut « prendre la définition en question : l'espèce est cette na- « ture qui peut être affirmée de plusieurs individus, etc., « soit dans le même temps, soit en des temps différents. « On dira peut-être : puisque la matière du phénix est « une seule et unique essence, ce phénix pourrait être « considéré avec raison comme sa matière à lui-même ; « ce qui ne peut se dire des individus humains et de l'es- « pèce, c'est-à-dire de l'homme; Socrate n'est pas ces « différents individus qui sont l'espèce. Mais je le nie; « autrement nous tomberions dans cette contradiction « que le singulier serait l'universel, par le raisonnement « que voici : ce phénix est sa matière même ; or, cette « matière est un universel, donc ce phénix est un uni- « versel. Au contraire, nous disons d'une manière géné-

specici, sed a majori parte data est. Sed aliter solvit. Multa dicuntur secundum naturam quœ non sunt secundum actum, itaphœnix, quanivis actualHer non prœdicetur guident de pluribus, apta est tanien prœdicari, quod qualiter veruni sit non video, nisi dicatur : i lia materia quœ sustinet formant hujns phœnicis, potest illani amillcre et , alia accepta forma, aliud individuum constituera ; et sic eadeni materia quœ species est, diversis temporibus et non codem pluribus potest inhœrere. Ita ergo intelligenda est difflnitio : species est illa natura quœ de pluribus apta est prœdicari, etc., sive codem temporc sive diverso. Forsitan dicciur : ciini una tantuin essentia sit phœnicis materia, poterit vere dici ba'c phœnil sua materia, quod non poterit dici inter individua homiuis et speciem, llomlnem scilicet ; neque Socrates est illœ multa; essenliœ quœ sunt species. Hoc negamusj alioquin haberemus inconveniens, quod siugulare est

« raie que toute matière est opposée à ce dont elle est la « matière, de sorte que l'une u'est pas l'autre. »

« Ou dira encore ' : cette essence d'homme qui est en a moi est quelque chose ou rien ; si elle est quelque chose, « elle est substance ou accident ; si elle est substance, elle « est substance première ou seconde; substance pre- « inière, elle est individu; substance seconde, elle est « genre ou espèce. Nous répondons que cette sorte d'es- « sence n'a pas reçu de nom ni d'une manière directe, ni « par métaphore. Car les autreurs n'ont donné de uoms « qu'aux natures véritables ; or, nous avons montré que « cette essence n'est pas une nature. On ne peut donc « dire proprement que ce soit quelque chose ni que ce « soit une substance. Si cela semble absurde, nous accor- « derons que ce soit quelque chose, une substance, mais <i nous n'accordons pas que, si elle est une substance, elle « est une substance première ou une substance seconde ; « car cette division n'a été faite que pour les natures vé- « ritables. Et si en effet nous nous y soumettions ici, nous « tomberions dans cette difûculté de faire de l'essence « dont nous parlons, on bien un individu, ou bien un

univcrsaie, hoc modo; base phœnix est phœnix sua niateria ; secl il la est univcrsalc ; ergo ha?c phœnix est nniversalis. Generalitcr autem dicimus omneni materiam oppositam esse suo materiato, ita scilicet ut hoc non sit illud. »

1. Fol. 40 recto, c. I, c. 2. Ouvr. inêd , p. 33 i. « Amplius opponetur : iii.i essenlia hominis quœ in me est, aliquid est aut nihil ; si aliquid est, iiut sul)6tantia aut acoidens; si substanlia, aut prima aut secunda; si prima, indivlduum est; si secunda, aut genus aut species. Respondemus tali essenlia' niiiiiim aomen esse datum, nec per impositionem nec per translationem. Nequc ciiim auctorcs dederunt nomiua nisi naturls ; liane autem ostensura est non esse naturam. ltaque nce aliiiuid nec substanlia potest appellari proprie. Quod si absurdum Yideatur, coacedimus aliquid

« genre ou une espèce; car les secondes substances sont « les espèces et leurs genres, comme dit Aristote (a). Et « que Ton ne s'étonne pas de nous voir avancer que « toute substance n'est pas nécessairement première ou « seconde; d'autres font de même, lorsqu'ils disent « qu'homme blanc est une substance et n'est pourtant ni « une substance première ni une substance seconde. »

Après avoir ainsi parcouru les objections de ses adversaires et opposé à ces objections les réponses que nous venons de rapporter, Abélard passe a l'autre partie de la discussion, l'examen des autorités. Comme il y a un peu de tout dans Boëce, les adversaires d'Ahélard avaient essayé de tourner contre lui plusieurs passages de Boëce, qu'il s'attache a expliquer ici dans un sens favorable à sa doctrine. Nous traduirons encore ce morceau, parce qu'il est court et que cette partie de la discussion avait, au xnc siècle, une importance égale ou supérieure même a la première.

« Boëce ' dit dans son second commentaire sur Por- « pbyre (b) : « Quelque nombreuses que soient les es- « pèces, il y a en toutes un seul et unique genre : non

vel substantiaru esse. Sed hoc non conecdinius : si est substantia vel prima vel seeuuda, haec divislo non est faeta nisi de naturis. Qnam si concederemus, duccremur in arctuni, scilicet ut vel individuum esset vel genus vel species. Secundae eniin substantia; sunt species et earum gênera, ut ait Aristoteles. Nec cui mirum videalur nos concedere non esse omnem substantiani vel primamvel secundani ; hoc idem alii faciunt; concedunt enim homincm album esse substantiam, nec tamen primant vel secundam. »

1. Fol. 46 recto, c. 2 ; 46 verso, c. I , c. 2. Ouvr. illéd., p. *635-o37.

(n) Catcg., p. 45).

(b) Boeth. in Porph., p. 54.

ABELABD.

« pas que chaque espèce eu prenne une partie, mais de « telle sorte que chacune le contient tout entier dans le « môme temps. » Ici il semble nier formellement ce que « nous disons. Car dans notre opinion une partie des « individus qui constituent le genre animal , prend la a forme de la rationalité pour constituer l'homme; une « autre partie prend celle de l'irrationalité pour consti- « tuer l'âne, et jamais la quantité totale n'est dans quel- « qu'une des espèces. Or, Boëce dit tout au contraire que o ce n'est jamais la partie, mais le tout qui est en eba- « cune. Voici notre solution: Boëce s'exprime ainsi dans « le traité où il prouve que les genres et les espèces ne « sont pas; ce qui ne pouvait se prouver que par un « sophisme. Nous soutenons donc que ce qu'il dit est « faux ; et il n'y a rien d'impossible à ce qu'en faisant un « sophisme il glisse une proposition fausse; car on ne « peut prouver l'absurde que par le faux. On peut dire « encore : lorsque Boëce nie que les espèces prennent des « parties du genre, il ne parle pas des individus qui com- « posent la collection, mais des parties de la définition. « Par exemple, l'animal, qui est un genre, est composé « d'un corps qui en est la matière et delà sensibilité qui

« Boethius in secundo eommentario super rorphyrium dieit : « quanta1cumi|uc enini sint species, in omnilms genus unum est; non quod de co ■...i ■ ui.r species quasi partes aliquas carpant, sed quod singulx uno teraporc totiim gênas hahent. » Mie plane videtur negare quod dicimus; hoc enim hahet nostra sentciilia quod pars essentiarum aninialis quœ illud genus faciant, infornratur rationalitate ad faciendum Imminent ; pars vero Irrationalitate ad faciendum asinum, et nunquam î 11 a tota quantitas in aliqua specierum est. Boethius autein c contra dicli nuniquani parlent, sed totum esse in singulis. Hoc sohimus. Boethius dieit hoc in eo tractilu obi proli.it gênera et species non esse ; quod si non sophismate prohari non poterat. Dicimus ergo illud esse falsuni quod dieit; nec est

a en est la forme. Lors donc qu'il passe dans les espèces, « une des espèces ne prend pas la matière sans la forme, « et l'autre la forme sans la matière; mais dans chacune « des espèces est la forme et la matière du genre. De a même dans le traité de la différence, à propos de ce « passage : « La différence (a) est ce par quoi L'espèce « surpasse le genre. » Boëce dit (6) : « En effet, il n'en « est pas du genre comme d'un corps, où une partie est « blanche et une autre noire; car le genre, considéré en « lui-même, n'a point de parties, si ou ne le rapporte « aux espèces. Ainsi tout ce qu'il possède , il le possède « en toute sa graudeur, c'est-à-dire en toute sa quan- « tité. » Cela semble contre nous; car, selon nous, L'a n b- « mal, qui est le genre, prend en une partie de lui-même « la rationalité et en une autre l'irrationalité, et il est « impossible que la partie affectée de la rationalité prenne

ineonveniens si , dum sophisma facit, falsum interserit. Inconveniens enim nisi per falsum probari non potest. Potest et aliter dici : cura negat Boethius species partes generis carpere, non de essentiis illnm multitudihem conjungentibus agebat, sed de partibus diffinilhis. Verbi gratia, animal genus ex corpore constat materia , ex sensibilitate forma. Cum ergo per partes sua- quantitatis transit in species, non arripit una de speciebus materiam et non formant, et alia materiam et non formant, sed in singulis speciebus materia et forma generis est. Item in tractalu differentiae super hune locum : « Differentia est quae abundat species a génère » sic ait Boethius : « neque enim sicut in corpore solet esse alia pars alba, alia nigra, ita fieri in génère potest. Genus enim per se considération partes non habet, nisi ad species referatur. Quicquid igitur habet , non partibus sed tota sui magnitudine » quantitatc « relinebit. » Et hoc esse contra nos videtur. Hoc enim habet nostra sententia, quod animal illud genus in parle sui suscipit rationalitatem et in parte irrationalitatem. Kcc aliquo modo pars illa quœ rationalitate tangitur,

(a) Porphyr. Jsag., p. 391.

(b) Boeth. in Porph., p. 87.

ft l'irrationalité; car c'est par la que nous échappons a « l'absurdité d'admettre des opposés en une même chose; « absurdité que ne peuvent éviter ceux qui tiennent pour « la doctrine que nous combattons. Voici notre solution : « Bocce dit cela dans un passage où il prouve que les dif- « férénces ne sont rien , ou bien que deux opposés se « rencontrent en une même chose ; ce qui est faux et ne « peut être prouvé que par un sophisme. Il a donc glissé « dans son argumentation cette proposition fausse, et il « n'est pas pour cela dans l'erreur; car il voyait bien la « fausseté de sa proposition, mais il ne l'en a pas moins « avancée pour mener a fin son sophisme. Vous pourriez « dire encore qu'il n'appelle pas quantité celle qui est (i formée des individus qui composent le genre, mais celle « qui est constituée par les parties de la définition ; et « sous ce rapport on pourrait dire : chaque individu de « ce genre a la quantité du genre. Quant à celle proposi- « lion, que le genre et l'espèce ne sont pas composés « de parties intégrantes, nous la déclarons absolument « fausse ; à moins que l'on ne veuille admettre que les « auteurs n'ont appelé parties intégrantes que celles qui « sont de nature différente : et dans ce cas ils n'auraient « pu appeler parties les individus dont se composent les

irrnl'omlifale cfficilur , vel c converse Hoc enim per quod vitamos tin o opposita non esse in eodeni , quod scilicet inconveniens effugerc non possunt qui grandis asini sentenfiam tenent. Solvlmus hoc : hoc fflcil Bocfhlns in eo loco in quo probat aut ditfercnlias nil esse an t duo opposita esse in eodeon, quod utique falsttm est, nec si non sophtsmatc prohari potest. In bac ergo probatione falsurn hoc intersoril, et tamen non fallitnr. Sciebaf enim falsum esse, inter serait tanien, ut ad finem suum sophisma perdneeret. Vel dicas eum qnantitatem appellera non illam qu;u essenliis genus illud eonjungeutibus conficitur, sed illaiu

« genres ou les espèces; car ces individus sont de nature « tout à fait semblable. Boëce dit encore dans le même « commentaire (a) : « De môme que la même ligne est « convexe et concave, de même c'est une même chose « qui est le sujet de l'universalité et de la particularité. » « Boëce semble vouloir dire que le singulier est univcr- « sel. Mais au fond nous ne sommes pas en contradiction « avec lui; il suffit de se rendre compte de ses paroles. « 11 n'a pas pris particulier pour singulier, comme on se « l'imagine, mais pour espèce; car il a dit : Les genres « et les espèces, c'est-à-dire l'universalité et la parlicu- « larité, ont même sujet. Il a donc entendu par univer- « salité le genre, et par particularité l'espèce de genre. « Voici donc quel est le sens de ce passage : de même « qu'une seule et même ligne est le sujet de lu concavité « et de la convexité, considérées comme ses accidents, de « même Socrate est le sujet du genre et de l'espèce, de

qu» ex difflnitivis partlbus. L't secunduin hoc dici possit : unaqua?quc cssentia illius gcneris quantitatem generis habet. Quod autcm dicitur genus et species ex partibus iutegralibus non constare, plane falsum esse dieimus, nisi hoc concedanuis quia auctores partes intégrales non appellaverunt, nisi essent dissimilis creationis ; unde essenlias genus vel species confleientes recte partes appellare non potuerunt; ipsa? enim sont similis prorsus creationis. Item in eodem conimentario dicit 13oethius : « queraadniodum eadem linca curva et cava est, ita et univcrsalitati et particularitati idem subjeelum est. » Hoc videtur Boctbius voluisse, singulare esse universale. Sed nulla est oppositio; tantum vide quod dixerit. Non enira accepit particulare pro singulari, ut œstimant, sed pro specic ; dixit enim : « generibus et speciebus , id est universalitati et particularitati, idem subjectum est; » per universalitatem genus et parlicularilatem speciem generis. Sic ergo intelligendum est : quemadmodum cavitati et eurvitati eadem linea subjecta est , ut accidentibus, sic idem Sociales generi et speciei, scilicet homini et animali, subjeetum est ut prœdicatis.

(a) Boeth., p. 56.

u l'homme el de l'animal, considérés comme ses prédi- (i dicats. Ou Lien autrement : la matière de ce phénix et « l'individu sont même chose, c'est-à-dire ne diffèrent « pas substantiellement. Mais la matière est le sujet de « l'universalité, et l'individu de la singularité; et cepen- <i dant le singulier n'est pas l'universel ; quoique l'un « soit identique avec l'autre, ainsi qu'il a été dit plus haut. « Voila les autorités qui semblent le plus contraires a « notre opinion. Mais il serait fastidieux d'énumérer « toutes celles qui l'appuient. Citons-en seulement quel- « ques-unes. Porphyre dit(a) : L'espèce estee qui exprime « la collection de plusieurs choses en une même nature, « et le genre encore davantage. » Boëce dit dans son se- « cond commentaire sur Porphyre {b) : « Lorsque l'on « pense aux genres et aux espèces, on en recueille la res- « semblance dans les individus où ils se trouvent, et ainsi « d'hommes dissemblables entre eux se forme la ressem- « blance de l'humanité. Celte ressemblance, envisagée et « achevée par l'esprit, devient l'espèce. De la ressem- « blance de ces espèces, qui ne peut se trouver que dans « les espèces elles-mêmes ou dans leurs individus, résulte

Vol aliter : materia hujus pbœnic's et ipsum individuum idem sunt , id est non sulistantialiter differunt. Materia vero suhjecta est universalitati, individuum singularitati sul'jcctum est. Nec tamen singulare est universale, quamvis hoc sit idem enm illo, sicut supra dictum est.

« Et ha; guidera sunt aoctoritates cruœ maxime huic sententiœ videntur contraria, nias autem omnes enumerare qua> ipsi firmamentum conferunt, gravaremur. liicamus modo aliquas de multis quaj hanc confirmant. Videamus : Porphyrius dicit : « collectivum in unam naturam species est et niagis id quod genns. » Collectionem vero in alia sentenlia non reperies. Iioelbins in secundo commentario super Porphyriuin : ic Cum gc-

(a) Porph. lsag.,p. 382.

[b) Boeth. in Porph., p. 56.

o a son tour le genre. Il ne faut voir dans l'espèce autre « chose qu'une conception qui résulte, en vertu d'une « ressemblance substantielle, d'une multitude d'individus « dissemblables. » De même dans le commentaire sur les « Catégories (a) : « Les genres et les espèces ne résultent « pas de la considération d'un seul individu ; l'intelligence « les tire de la collection de tous. » Cela est évidemment « contre la doctrine de la non- différence. Nous lisons « encore dans le même ouvrage : « Celui (b) qui le pre- « mier dit homme n'avait pas en pensée l'homme géné- « rai, qui se forme de tous les individus, mais tel ou tel « individu particulier auquel il voulait donner ce nom « d'homme. » Ainsi dans le second commentaire sur le « traité de l'Interprétation (c) : « Le nom d'homme ne « promène pas notre pensée sur chaque homme en par- « ticulier, mais sur tous ceux en général qui participent « a la définition de l'humanité. » Et dans le même com- « mentaire [d) : « L'humanité, recueillie dans les natures « différentes des différents hommes, est résumée en quel-

ncra et species cogitandtr, tune ex singulis in quibus sunt, eorum similitude- colligitur, ut ex singulis hominibus inter se dissiruilibus liumanitatis similitude-. Qua3 similitude- cogitata anime- veraciterque perfecta lit species. Quarum specierum diversarum rursus simililudo considerata, qua; nisi in speciebus aut earum individuis esse non polest, eiQcit genus. Kilnlque aliud species esse putanda est, nisi cogitatio collecta ex individuornm dissimilium numéro, similitudine subslanliali. Genus vero collecta cogitatio ex specierum similitudine. » Item in commentario super categorias : « gênera et species non ex uno singulo intellects sunt, sed ex omnibus singulis mentis ratione coneepta. » Hoc plane est contra senten-

(rt) Boetb. in Prœdicam.,p. 123.

(fc) Ibid.

(t) lioeth. in Prœdicam., pag. 539.

[cl) Ibid., pag, 3-50.

« que sorte en une même conception, en une même na- « tare. » On pourrait a peine compter toutes les autori- « tes que l'on trouverait à l'appui de notre opinion en « feuilletant attentivement les traités de logique. »

Il semble que la discussion pourrait être considérée comme épuisée, mais Abélard a réservé pour la un l'objection la plus épineuse, qui transforme eu quelque sorte la question des universaux, et lui donne une face nouvelle. La doctrine d'Abélard repose sur ce principe qu'il n'existe que des individus et dans l'individu rien que d'individuel. Dans l'individu Socrate il n'y a pas autre chose que la forme qui le fait être Socrate, la socratité ; et le sujet de cette forme, n'est pas l'humanité en soi, mais ce quelque chose de la nature humaine qui est la nature de Socrate. La matière dans l'individu Socrate est donc tout aussi individuelle que sa forme. Or, cette conséquence soulève l'objection suivante : mais est-il possible que dans ce composé qu'on appelle l'individu il n'y ait rien que d'individuel, et ne reste-t-il pas à chercher d'où viennent et cette forme et cette matière tout individuelles auxquelles l'analyse s'est arrêtée? 11 y a dans tout composé des éléments antérieurs à ce composé; par exemple le feu, la

tiam de indifferentia. Itom in eodcm : « qui primus hominem dixit , non illuni qui ex singulis conficitur in mente tiabuit, sed hune individuuni atquc singularem cui nomen hominis imponeret. » Aliquem voluit confici ex singulis. Item in secundo comnientario super Péri ermenias : « Cum taie aliquid animo speculamnr, non in unam quamquo personam mentis cogitatione deducimur per lioc nomen quia" est homo , sed in oiunes quicuniqtie huraanitatis diffinitionc participant. » Item in comnientario eodcm : « Humanitas ex singulorum hominum collecta naluris in unam quodam modo reducitur intelligentiam atque naturam. « Vix numéro comprehendi poterunl lirmamenta sententirc hujus qua? diligens logicorum scriptorum inquisilor inveniet. »

terre, l'eau, l'air, ou bien le sec, l'humide, elc. Ces éléraenls eux-mêmes supposent un sujet, un sujet corporel ou incorporel. Et si, au terme de l'analyse, on est forcé de supposer quelque chose de simple au delà de quoi il n'y a plus rien a chercher, ce quelque chose de simple, cette substance, cette essence pure est alors le fondement de tout le reste, le substratum de tous les accidents ultérieurs et de toutes les formes, le sujet véritable dans lequel s'opérera plus tard la merveille de l'individualité; or, ce sujet dans cet état n'est-ce pas l'universel ? Ainsi la doctrine des éléments appliquée à la question des universaux, conduit Abélard a la question de l'origine et de la formation des individus.

« C'est là ', dit-il, une dure question dont aucun de « nos maîtres (a), a mon sens, n'a donné une solution « raisonnable. Voici cependant ce qui me semble le plus « vrai. Los physiciens, faisant de la nature l'objet de leurs « recherches, s'occupèrent primitivement des objets visi- « blés qui tombaient sous leurs sens. Mais il leur élait « impossible de connaître la nature de ces composés sans « connaître les propriétés des parties. Ils s'attachèrent a donc a subdiviser les parties composantes, jusqu'à ce

\. Fol. 4G verso, c. 2; 47 recto, c. 1,2. Onu. im'd., p. 538-b-il. « Dura est hœc provincia, nec ab ullo magistromm nostrorum anfchac, ut intellexi, dissoltita rationabiliter. Tamen quod mihi venus videtur hoc est. Physici, rerum naturas investiganles, visibiles res quas subjeclas sensil)iis babcbant, primitus inquisicrunt. Eornm vero naturani ntpotc intcgraliler cniiipositorum cognoscere non poterant plane , nisi ipsoruin componentium proprietatem cognovissent. lnsliterunt ergo ipsas partes componentes subdividendo, usque dum ad illam parleni niinutissimam intelleclu veni-

(a) Ici Abélard reconnaît qu'il a eu plusieurs maîtres.

« qu'ils fussent parvenus a la partie la plus petite qu'il fût « possible de concevoir, et qui ne fût plus divisible en « parties intégrantes. Le terme de la division des parties s intégrantes une fois atteint, ils se mirent à cherclier si « un pareil petit être était composé de forme et de ma- « tière, ou s'il était absolument simple. Le raisonnement « trouva que c'était un corps chaud ou froid, ou de toute « autre forme; car c'est là, je pense, ce que Platon a « nommé les éléments. Laissant donc la forme, il se de- « manda si la matière du moins était simple. 11 trouva « que c'était un corps, et que par conséquent elle était « constituée par la corporéité et par la substance. Pour « la substance, il la trouva encore constituée par une « forme, la faculté de recevoir les contraires, et par une « matière , l'essence pure. En considérant celle matière « de tous les côtés, on la trouva absolument simple, et « non plus constituée par une forme et une matière « Celle essence pure, avec tous les autres sujets essentiels « des formes sensibles, on l'appela universel, c'est-à-dire a sans forme, non qu'elle ne soit pas le sujet des formes,

rent, quai in partes intégrales dividi non poferat. Integralium vero partiuni déficiente divisione, investigare cœperunt an talis essentiola es materia cunstarct et forma, an oninino simplex esset. Invenit itaque ratio illa corpus esse calidumvel frigidum vel altérais formée. Hujus modi enini pnto a PI atone appellata esse pura éléments, r.elicta itaque forma, considérant materiam, an et illa simples esset. Invenit cam corpus, et il a constarc ex corporeitatc et substaulia. Relicta Harpie forma consideravit materiam , sed et ipsam invenit constarc ex susceptibilitate contrariera m forma, malcria autem mera essentia. Quani item materiam undique spéculantes simpliciter omnino invenerunt, nec omnino ex aliqua matei'ia vel forma constantem. liane itaque nieram essentiam cura aliis qute esseutialitcr rcrum sensiliuni formas sustinebant , univcrsalc appellavit, id est informe, non sciliect quod formas non sustinet , sed cruod ex forniis

£40 PHILOSOPHIE S CHOL ASTIQUE.

« mais parce qu'elle n'est pas constituée par des formes. « Vous direz peut-être : l'âme est doue constituée par un « universel ; si en effet elle est constituée par une sub- « stance, constituée elle-même par l'essence pure que l'on « appelle universel, il faut bien qu'elle soit constituée « par un universel.

« Si vous voulez savoir comment se fait la constitution « des choses corporelles, faites attention... Prenons pour « exemple Socrate, afin que ce que le raisonnement nous « fera découvrir en lui, nous n'hésitions pas a l'appliquer « a d'autres. Il y a dans Socrate une pure essence que « l'on appelle universelle... Il faut de plus la faculté de « recevoir les contraires, qui donne la forme, et il en « résulte alors une essence réelle. Mais la faculté de re- « ceYoir les contraires, qui advient à toute l'essence, « advient aussi à chacune de ses parties. Ensuite ce ré- « sullat de l'essence pure qui est en Socrate et de la fa- « culte de recevoir les contraires, prenant la forme de la « corporéité, il s'en fait une certaine essence de corps.

non constaret. Sed dices : constatât itaque anima ex universali. Si enim materialiter constat ex substantia, quae niaterialiter constaret ex ruera essentia, quai universale appellatur, ex universali constare necesse est. Quicquid enim materialiter constat, ex materiato et ex ejus inateria, ut animal, quia materialiter constat ex corpore et ex substantia. At contra, qui sic opponit, non intellexit quod dixeram. Neque enim universale appellata est tota illa collcctio essentiarum omnium quœ, susceptibilitate contrariorum informata, parlim distribuitur in corpus, partial in spiritum, sed illud tantum de illa multitudine quod susceptibilitate contrariorum informante csscntialiter sustinet corporeitatom ; in quo essentia non communicat spiritus.

« Nec adhuc cessât opposilio. Dicetur enim : impossibile est parti illius multitudinis imposituin esse nonien et nonalii parti quœ ei indifférons est. sicui supra in speciem diclum est ; sed contra verum quidem est nullum

« Mais dès l'instant où le tout est affecté de la corporéité, « toutes les différentes parties de ce tout sont affectées « de corporéités particulières, et forment des êtres cor- « porcls. L'animation advient à ce tout de la môme ma- « nière, et donne une essence de corps animé. Mais l'ani- « mation n'advient pas pour cela a toutes les parties de « ce tout, mais bien son contraire, l'inanimation ; car, « tandis que le tout est animé, ses parties sont animées. « De môme advient au tout la sensibilité, qui donne une « essence d'animal, et aux parties d'autres formes qui « donnent des essencee d'espèces, dont les noms ne me

dari illi nomen dans intcllectum rem dissimilis creationis concipientem ab illa quac illi est indifférons ; hoc autem dietnm est in tractatu specici. Ilhid vero nemo poterit cogère hujus vocabuli irupositionem œque in animo habuisse essentias çpiffi informanlur in spiritum , ut illas çpaœ infornianda) erant in corpus; neque enim ab insensibilibus ascendit ad intellectualia, sed ab sensibilihus tantuui. Illi ergo materis tantum, quam essentialiter offendit cogitatio nieans a sensibilibus ad intellectualia, physicus nomen imposuil, et non cuilibet quod erat indifferens cum illa, quod forsan vel non cogitavitvcl non curavit. Neque enim officium ejus est simulare vel dissimulare, ut dialectici; unde et Plato de hac ante teinpus suum nullum egisse dicit. Ut igitur clare appareat qualiter incorporalium reruin constitulione suboriantur elementa, quanivis omnia ex generali et speciali constent materia vel forma, sic attende. TJnumquodque individuuni corporis quantum est, tantum in se habet fructum ; habiles formée enim supervenientes quantitates non auxerunt, sed aliam naturam fecerunt. Ponamus ergo Socratem nobis in excmplum , ut quod in eo ratio inveniet , in aliis quoque idem esse non dubitet. Kst igitur in Socrate quaedam pars merœ essentia! quœ universale appellatur, quai integraliter ex essentia constat cfuœ in se quoque partes habet; sed hffiC non est substantia, sed susccptibilitas contrariorum ; eain informant, et ex bis consliluilur quadam essentia substantiœ. iioc autem Bciendum quod , sicut illi toti advenit susceptibilitas contrariorum, tta singulls partieiilis illius essenliœ; sed et illuil (imstitutum ex niera essentia quœ in socrate est, et Busceptibilitafe contraiiorum et corimieitate eflicitur, et ex bis quœdam essentia corporis ellicitui'. Sed quam statim corporeitas illud totum aflicit , tain statim suai corporcitates singulas illius totius particulas afticiunt, et faciunt corporeas

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« viennent pas maintenant a l'esprit. De. même encore « advient an tout la faculté d'apprendre, qui constitue « l'homme, et aux différentes parties d'autres formes « qui donnent d'autres essences animées. Enfin la socra- « tité donne sa forme a toute celle essence d'humanité, « et il en résulte Socrale. Mais au même instant d'autres « atomes de celle essence de l'humanité sont affectés des « couleurs et des formes du feu, d'où résulte le feu; « d'autres des formes de l'eau, d'où résulte l'eau ; d'au- « 1res des formes de l'air, d'où résulte l'air; d'autres des « formes de la terre, d'où résulte la terre; et de la sorte « toutes les différentes particules sont feu, eau, air ou « terre. Ainsi il n'est pas plus impossible que Socrate soit « formé de quatre éléments, qu'il ne l'est qu'il soit formé

essentias. Ita illa toti advenit animatio, et facit quamdam essenliam animafi corpoiis. Sed non jarn aliquilms partibus illius totius advenit animatio, sed contiarium illius , inanimatio; cum enim totum animatum sit, singula? particules illius inanimala? sunt. Item loti advenit sensibilitas, et facit essentiam quamdam animalis, partibus vero ejus alia? forma? quaj faeiunt aliquas essentias speeicrum in animalis, quarum nomina in promplu non babeo. Item toli advenit perceptibilitas disciplina?, et facit homincm; singulis vero particulis adveniunt forma? qua?dam , et faeiunt alias essentias in animatis Tandem socratitas totani illam essentiam humanitalis informât, et Socratcm facit. Tam statim vero alios atomos illius essentia? bumanitatis afficiunt colores et forma? ignis et ignem faeiunt, alias forma? aeris cl aéra faeiunt, alias terra? et terrain faeiunt, et sic singula? particula? vel ignis sunt vcl aqua vel aer vel terra. Ita non plus est impossibile Socratcm constare ex quatuor elemenlis, quam constare ex manibus et pedibus; sicut enim sunt parles componentes, ita et illa. Nota quia hic ortum clementorum resignavimus et ortum individuorum , ne absurdum videatur générales et spéciales essentias ex •lementis constare. Quod tamen si diceretur, quam statim animatio aflicit corpus, tam statim singulas essentias illius corporis informari formis clementorum, v cl saltem quam cito sensibilitas aflicit animatum corpus, tam cito singulas partes illius effici elcmenta , non niultum maie diceretur, cum dicit Aristoteles ignis, animal, et aqua, et alia hujus modi, ex quilms ipsum animal constat, ante sunt quam animal omuino. Et nota quod dicit Tlato ex hylc prius fieri ele-

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(i de pieds et de mains; car ces éléments sont aussi des « parties composantes. Nous avons expliqué l'origine des « éléments et l'origine des individus... »

Nous doutons fort que ces explications satisfassent lo lecteur et éclaircissent a ses yeux le mystère de l'individualisation. Du moins faut-il convenir que cette discussion est l'anlécédent de celle qu'instituèrent sur ce profond sujet les maîtres les plus célèbres du siècle suivant. La question de principio individuationis, tant agitée au treizième siècle, n'est pas autre chose que le point de vue métaphysique et ontologique du problème général de Porphyre ; point de vue qui remplit toute la seconde époque de la pbilosophie scholastique, de même que le côté logique de ce problème remplit la première. L'histoire a marché comme la raison. La raison, la méthode, veulent qu'on gravisse successivement les hauteurs de l'ontologie et de la métaphysique, par les degrés de la psychologie et de la logique. Aussi la première époque delà philosophie scholastique a-t-elle été toute dialectique; et c'est dans la seconde que sont arrivées toutes les grandes questions et les grandes solutions, sous la double inspiration delà physique et de la métaphysique d'Aristote, euDn connues, et de la théologie chrétienne, interrogée avec une indépendance suffisante et une admirable intelligence. Le problème de Porphyre s'est développé régulièrement a travers ces deux époques ; mais dans la première même, où il se

nicnla cl e\ démentis calera. Nos aufem e converse, videmnr fecisse. Alia via incedil quod dicit Plato : generatis est régula simplicia priora esse compositis ; undc Plato prius considera\it coinpositioneni sinipliciuni, quilms conjnnctisrescorporeas suiijcctas sensibus constantes dixit. Et ha;c hactenus. »

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réduit en général au point de vue dialectique, on peut dire qu'il a eu aussi son progrès. Les écoles carlovingiennes l'exhument pour ainsi dire. On commence par répéter en bégayant les solutions équivoques qu'en avait laissées Boëce. Roscelin le soumet a une critique indépendante; mais il est évident qu'il ne l'envisagea d'abord que sous le point de vue logique, puisqu'il arriva à une solution toute grammaticale. Guillaume de Champeaux le considéra sous un point de vue plus relevé. Sa première opinion est déjà métaphysique; la seconde est presque un retour a la psychologie et à la logique. Abélard embrassa les différents points de vue de ses devanciers et les agrandit encore. La polémique que nous venons de reproduire est sans contredit le mot le plus avancé et le plus compréheusif du douzième siècle et de la première époque de la philosophie scholastique. Toutes les manières d'envisager le problème fondamental sont dans Abélard ; mais Abélard est de son siècle, et la face du problème de Porphyre qu'il a le plus considérée est sa face logique ; et la solution qu'il en a donnée, élevée à sa formule la plus générale, a reçu un nom qui témoigne assez de son caractère essentiel, un nom psychologique et dialectique en quelque sorte, le conceptualisme.

Maintenant quelle est la valeur de cette solution et de l'école intermédiaire que prétendit élever Abélard entre le réalisme et le nominalisme * ? Cette école est en effet également éloignée des deux écoles qu'elle combattait? A-t-elle un caractère qui lui soit propre? et quel service a-t-elle rendu à la philosophie et à l'esprit humain? Ce sont là

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