‹ Fragments des œuvres d'Alexandre DumasChapitre 48 sur 100 · I.E COL nr. BALMB · texte numérisé non relu

I.E COL nr. BALMB

dant j'aurai tant à parler dans la suite de passages escarpés et dangereux, que je ne cite celui-ci que pour mémoire. Nous commençâmes à côtoyer la pente rapide du col, ayant à notre droite un précipice de cinq à six cents pieds de profondeur, et au delà de ce précipice une montagne à pic (pie les gens du pays appellent l'Aiguille d'Illiers, et qui venait d'acquérir une célébrité récente, par l.i chute mortelle qu'y avait faite, en 1851, un Anglais qui avait voulu parvenir à soi! sommet. .Mon guide me lit Aoir. aux deux tiers de la hauteur de l'Aiguille, l'endroit où le pied avail manqué à ce malheureux, l'espace effrayant qu'il avait parcouru, hondissant de rocher en rocher comme une avalanche vivante ; puis enfin, au fond du précipice, la place où il s'était arrêté, masse de chair informe et hideuse à laquelle il ne restait aucune apparence humaine.

Ces sortes d'histoires, peu gracieuses par ellesmêmes, le sont encore moins, racontées sur le terrain où elles sont arrivées; il esl peu [•('•confortant pour un voyageur, si flegmatique qu'il soit, d'apprendre qu'à l'endroit même où il est, le pied glissa à un autre, et que cet autre s'es! tué. Au reste les guides ne sont guère avares de tels récits : c'est un avis indirect qu'ils donnent aux voyageurs de ne point se hasarder sans eux.

Cependant, là où cet Anglais s'était tué, un pâtre, suivi de son troupeau de chèvres, courait à toutes jamhes, sautant de rocher en rocher, ébran-

221 l I i m. DE RM Ml .

huit m chaque bond quelque pierre qui dans sa chute en entraînait d'autres. Celles-ci détachaient eu roulant de petits rochers, qui à leur tour eu déracinaient de plus gros; enfin toute cette avalanche descendait avec mu' vitesse croissante sur le talus de la montagne, cliquetant comme la grêle sur un luil; puis, après nu intervalle de silence, elle allait se précipiter avec un bruil sourd dans l'eau (|ui coulait au fond du ravin coupé à pif qui séparait les deux montagnes. Il nous accompagna ainsi sur if versant opposé à celui que nous >uivions, redoublant d'adresse et de vélocité pendant l'espace d'une demi-lieue, sans autre motif apparent que celui de prolonger le plaisir qu'il voyait bien que me donnaient son adresse et, sa témérité montagnardes.

Depuis quelque temps l'air se rafraîchissait ; nous montions toujours, et déjà nous ('lions arrivés à sept mille pieds à peu près au dessus du niveau de la mer; eà et là de grandes plaques de neige annonçaient que nous approchions des ré* gions glacées où elle ne fond plus. >'ous avions laissé au-dessous de nous, dans la montée (\\i bois Magncn^ les hêtres et les sapins : les pâturages seuls poussaient à l'endroit où nous ('lions parvenus. Une bise froide passait de temps en temps , cl glaçait tout à coup sur mon front la sueur que la fatigue y rappelait bientôt. Celui avec une véritable joie (pie j'appris de mon guide que nous allions apercevoir l'auberge du Col de Balme; quelques

Page 1