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Napoléon Bonaparte, dans le moment de disgrâce qui suivit pour lui le siège de Toulon, passant à Mootélimar avec son frère Joseph, s'y arrêta, retenu par le site. Son esprit était alors tout à fait tourné au repos. A ses élans de guerre oyaient succédé des projets d'horticulture ; le soldat voulait se faire laboureur. Il demanda s'il n'y avait pas dans les environs quelque propriété à vendre. Il fut adressé à M. Grasson , qui le conduisit à une campagne nommée Beauserret, ce qui dans le patois du pays correspond à Beauséjour. C'était une ferme-château qui rapportait deux mille francs de
40G DEUX kNECDOTES SUR NAPOLEON.
revenu a peu près, el qu'on voulait vendre quarante mille francs. Comme c'était évidemment un bon marché, Bonaparte saisit vivement l'occasion, et, se faisan! conduire chez le notaire chargé de la vente, il en offrit de prime abord trente-cinq mille francs.
— Ce n'est pas raisonnable de marchander ainsi, dit le notaire; car c'est pour rien; et sans une circonstance <pii l'a lait baisser de prix, vous ne l'auriez pas à moins de soixante ;i soixante et dix mille francs.
— El quelle est cette circonstance? dit Bonaparte; il faut que je le sache avant de traiter ; car enfin elle pourrait être une cause rédhibitoirc.
— Oh! non, monsieur, dit le notaire , il n\ ;i pas de danger; et à vous, qui n'êtes pas du pays, elle doit vous être bien indifférente.
— Mais enfin, peut-on la connaître?
— Sans doute : elle a été le théâtre d'un assassinat.
— Et qui a commis cet assassinai?
— Un nommé Barthélémy.
— Sur qui?
— Sur Bon père.
— Un parricide! murmura Bonaparte en pâlissant ; jamais . jamais ! Partons, Joseph, partons.
Quelques instances que lit le notaire pour le retenir, les deux jeunes gens retournèrent à l'hôtel, et le même soir se remirent en roule pour Paris.