LA CHOUCROUTE
— Ah! oui.
El elle me rapporta la choucroute.
Je pensai que, si je n'en faisais pas justice, elle me poursuh rail jusqu'au jour du jugement dernier. J'appelai donc un chien de la race de ceux du Saint* Bernard, qui se rôtissait obstinément le museau et les pattes devant un foyer à faire cuire un bœuf. A la première idée qu'il eut de mes bonnes intentions pour lui, il quitta la cheminée, vint à moi, et en trois coups de langue lapa le comestible qui faisait contestation.
— Bien, la bête! fis-je en le caressant lorsqu'il eut fini.
Et je rendis l'assiette vide à l'hôtesse.
— Et vous? me dit-elle.
— Moi, je mangerai autre ebosc.
— Mais je n'ai pas autre chose, répondit-elle.
— Comment! m'écriai-je du fond de l'estomac, vous n'avez pas des œufs?
— Non.
— Des côtelettes?
— Non.
— Des pommes de terre?
— Non.
— Des...
Une idée lumineuse me traversa l'esprit : je me rappelai qu'on m'avait recommandé de ne point passer dans la principauté de Licbtcnslcin sans manger de ses champignons, qui sont renommés à vingt lieues à la ronde; seulement, lorsque
LA CHOUCUOITE. 417
je voulus mettre à profit ce bienheureux souvenir, il n'y eut qu'une difficulté, c'est que je ne me rappelai pas plus en allemand qu'en italien le nom que j'avais si grand besoin de prononcer si je ne voulais pas aller coucher à jeun ; je restai donc la bouche ouyerte sur l'article indéfini.
— Des... des... Comment appelez-vous donc en allemand des... ?
— Des, répéta machinalement l'hôtesse.
— Eh! oui, des...
En ce moment mes yeux tombèrent sur mon album.
— Attendez, dis-je, attendez.
Je pris alors mon crayon, et, sur une belle feuille blanche, je dessinai, avec tout le soin dont j'étais capable, le précieux végétal qui formait, pour le moment, le but de mes désirs ; aussi je puis dire que mon dessin approchait de la ressemblance autant qu'il est permis à l'œuvre de l'homme de reproduire l'œuvre de Dieu. Pendant ce temps, l'hôtesse me suivait des yeux avec une curiosité intelligente qui me paraissait du meilleur augure.
— Ah ! ia, ia, ia, dit-elle au moment où je donnais le dernier coup de crayon au dessin.
Elle avait compris, l'honnête femme !... Si bien compris, que cinq minutes après elle rentra avec un parapluie tout ouvert.
— Voilà, dit-elle.
Je jetai les yeux sur mon malheureux dessin, la ressemblance était parfaite.
418 I V CIIOUCROUTR.
— Allons, dis-je, vaincu comme Turnus, ad-
œrSO Marie, rendez-nn>i In choucroute.
— La choucroute !
— Oui.
— Il n'y en ;t plus, de choucroute; Dragon a mangé le reste.
Je trempai mon pain dans mon vin, et j'allai me coucher.
DiFFÉREKTES ^lAMKLKS E VOYAGER KM SICILE.
J] n'y a en Sicile que trois modes de locomotion: la voiture, le mulet ou la litière.
La voiture est dans la vieille Trinacrie ce qu'elle est partout, si ce n'est qu'elle a conservé une forme de carrosse qui réjouirait on ne peut plus les yeux de ce bon due de Saint-Simon, si, pour punir les péchés de notre époque, Dieu permettait qu'il revint en ce monde. Les carrosses sont faits pour les rues où l'on peut passer en carrosse et pour les
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routes où l'on peut voyager en voiture; il y ■ plus ou moins de rues praticables dans chaque ville, el je D'en pourrais dire le nombre. Quaol aux routes, elles sont pins faciles à compter : il y en a une qui se pend de Messine à Païenne, et VÛX versa. 11 en résulte que, quand on voyage partout ailleurs que sur cette ligne, il Tant aller à mulet ou en litière.
Tout le monde sait ec que c'est que d'aller à mulet, je n'ai donc pas besoin de m'étendre sur ce mode de voyage ; mais on ignore Bssêi généralement ce que c'est que d'aller en litière, du moins comme on l'entend en Sicile.
La litière est une grande chaise à porteurs, construite généralement pour deux personnes, qui, au lieu d'être assises côte à côte, comme dans nos coupés modernes, sont placées face à face, comme dans nos anciens vixù-ris. Cette litière est posée sur un double brancard, qui s'adapte au dos de deux mulets : un serviteur conduit le premier, et le second n'a qu'à suivre. Il en résulte que le mouvement de la litière, surtout dans un pays aussi accidenté que l'est la Sicile, correspond assez exactement au mouvement de tangage d'un vaisseau, et donne de même le mal <le mer. Aussi prend-on généralement en exécration les personnes avec lesquelles on voyage de cette manière. Au bout d'une heure de celte locomotion, on se dispute avec son meilleur ami. et. ;i la fin de la première journée, on est brouillé à mort. Damon et P\ thias, ces antiques