MILORD A CATANE
personnes à qui nous avions eu affaire. Mais, comme nous l'avons dit, il y avait des exceptions à notre tarif, et un chat qui portait des lunettes d'une façon si majestueuse devait naturellement rentrer dans les exceptions. Jadin avait donc dit une chose pleine de sens, lorsqu'il ayait dit qu'on nous ferait payer le chat de l'opticien plus de deux pauls, et il avait agi avec une louable prudence lorsqu'il avait fait une laisse de son mouchoir.
Grâce à celle précaution, nous traversâmes la rue Saint-Ferdinand sans encombre , et sans que Milord eût paru s'apercevoir autrement que par sa captivité d'un instant de notre inquiétude momentanée. En entrant dans l'église, nous le lâchâmes. Il n'y avait plus rien à craindre.
Nous revenions à l'hôtel, où nous comptions manger un morceau avant de visiter le couvent des Bénédictins, la seule chose qui nous restât à voir, lorsqu'en regardant autour de moi , je m'aperçus que Milord était devenu invisible. Chaque fois que pareille chose nous arrivait, nous connaissions d'avance les suites de celle disparition. Au bout d'un instant nous le voyions ressortir par quelque porte ou quelque fenêtre , se léchant le museau, et suivi d'un indigène mâle ou femelle tenant son chat par la queue et venant réclamer ses deux pauls. Mon premier regard m'apprit que nous étions dans la rue Saint-Ferdinand, et le second, que nous étions en face de la boutique de l'opticien 5 en même temps j'entendis un sabbat de possédés , derrière
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un tonneau qui se trouvait à la porto. Je saisis le bras de Jadin et lui montrai la fenêtre où le chai manquait. 11 comprit tout à l'instant même, courut au tonneau, ramassa une paire de lunettes qu'il mit à l'instant sur son nez comme si c'étaient les siennes qu'il eût égarées, et revint suivi de Milord. Quant au malheureux chat, il était trépassé obscurément dans le coin où il était imprudemment descendu et où Jadin laissa prudemment son cadavre. Or, nous étions à cette heure du jour où, comme le disent dédaigneusement les italiens, il n'y a dans les rues que les chiens et les Français. Personne ne lut donc témoin de l'assassinat, pas même les grues du poëto Ibicus; non-seulement l'assassinat resta parfaitement impuni, mais Jadin même hérita des lunettes du défunt.
Ces lunettes sont dans l'atelier de Jadin, où il les montre comme étant celles du fameux abbé Meli , l'Anaeréon de la Sicile. Il eu a déjà refusé cent ccus qu'un Anglais lui a offerts; il ne les donnera, à ce qu'il assure, que pour vingt-cinq louis.
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