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metteur en scène qui ne voulait raconter sa légende qu'en présence même du puits du miracle, que sous l'invocation de saint Dominique.
— Venez . me répondit-il, dans le vieux cloître des fonderies de Vaucluse, et là je vous ferai mon récit auprès du pilier du pape Clément V. sur la dalle où il reçut la confession du prince Jean de Habsbourg, du meurtrier de l'empereur Albert, son oncle.
Entendre un homme du peuple parler d'un pape des premières années du xiv1' siècle, contemporain de Dante et de Philippe le Bel , entendre cet homme nommer l'empereur Albert , le tyran des Suisses, le maître du bailli Gessler, c'est là un de ces faits qui se reproduisent souvent dans le Midi. Je ne manifestai donc aucune surprise, et nous partîmes tout de suite pour nous rendre aux fonderies de Vaucluse.
Mon cicérone, bien connu du concierge de l'établissement , m'épargna l'embarras d'une présentation officielle au directeur; il dit quelques mots en patois, et la barrière s'ouvrit. Sans nous occuper des ateliers, du laminoir, delà clouterie, de l'usine industrielle, nous nous dirigeâmes à droite vers une galerie ogivale quadrangulairc qui avait jadis formé le cloître du couvent des Frères Prêcheurs où le pape Clément V résidait en 1 31 1 .
Au centre s'élevaient de larges pierres tumulaires chargées d'inscriptions latines, et disparaissant sous le luxe d'une végétation puissante.
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Je me promis d'amener Jadin au milieu de ces ruines pour demander au pinceau du peintre la reproduction d'un de ces spectacles devant lesquels la parole et la plume sont impuissantes.
Mon guide s'arrêta au fond du cloître, et, la tête découverte, i! fléchit pieusement le genou en me montrant un puits dont le mur de revêtement. rongé de mousse et de vétusté, répondait bien à la date de la légende, à Tan 1215.
— Voilà ce puits, me dit-il, dont la source jaillit à la voix de saint Dominique quelque temps après la croisade contre les Albigeois, dont le sombre Simon de Montfort fut le ebef.
Nous fûmes interrompus par l'arrivée d'une jeune femme humblement mise, d'une mère qui venait, avec son enfant âgé de quelques mois et atteint d'une opbtbalmie . chercher quelques gouttes de l'eau miraculeuse.
La foi de cette humble et pauvre mère m'émut profondément. Pendant qu'elle humectait avec soin les yeux rouges et enflammés de son enfant, je sentis du fond de mon cœur une prière fervente monter vers Dieu pour lui demander un miracle.
Nous nous étions un peu écartés; au moment où la pauvre mère s'éloignait avec un sourire brillant d'espoir, je m'approchai de son enfant, et je lui mis dans les mains ma bourse qu'il serra machinalement. La pauvre femme fit un mouvement de surprise, elle voulut me rendre la bourse; un geste et
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un regard de mon guide l'en empêchèrent. Elle s'éloigna.
Mais parvenue à l'angle de la galerie, elle s'agenouilla (l»'\;inl une statue de la madone, et pria à voix basse, en élevant vers l'image de la Vierge les petites mains jointes de son enfant.
— Bon courage ! me dit mon guide, cette femme prie pour son bienfaiteur inconnu, pour que saint Dominique vous exauce, et (pie l'eau miraculeuse vous rende la santé.
Ainsi j'é-tais l'objet des prières d'une mère. Vous l'avouerai-je ? il me sembla que les vceu\ tic cette pauvre femme seraient exaucés à mon égard, comme ceux tpie j'avais faits pour son enfant. J'envoyai
ii guide auprès d'elle, pour qu'il lui demandât
son nom. son adresse; et pendant ce temps je trempai mon mouchoir dans l'eau miraculeuse. Depuis lors, je n'ai plus éprouvé de vertiges, et d^ux jours après les veux de l'enfant étaient guéris.
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Du Musée, nous allâmes à la cathédrale en Iraversant la rue Saint-Ferdinand . J'appelai virement Jadin ; il se retourna.
— Retenez Milord, lui dis-je.
— Pourquoi?
— Retenez-le d'abord , je vous dirai pourquoi ensuite.
Jadin appela Milord, et lui passa sou mouchoir dans son collier.
Maintenant, lui dis-jc, regardez sur la fenêtre de cet opticien.
Sur la fenêtre de l'opticien . il y avait un chat
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dressé à regarder les passants à travers une paire de lunettes, qu'il portait fort gravement sur sou nez.
— Peste! dit Jadîn, vous avez eu là une bonne idée ; celui-là rentre dans la classe des chais savants, et nous aurait coûte plus de deux pauls.
Milord, en sa qualité de bouledogue, était en effet un si grand élrangleur de chats, que nous avions jugé utile de prendre des mesures à ce sujet. En conséquence, à partir de Gènes, ville dans laquelle Milord avait commencé à exploiter en Italie la race féline, nous avions débattu le prix d'un chat bien conditionné, et il avait été arrêté avec les propriétaires des deux premiers étranglés qu'on chai de race ordinaire, gris pommelé, gris blanc, ou moucheté de feu, valait deux pauls, au maximum; étaient exceptés de ce tarif, bien entendu, les angoras, les chats savants, enfin les chats à deux tètes ou à six pattes. Nous nous étions fait donner un reçu en règle des deux chats génois; nous avions fait ajouter successivement à ce reçu les reçus subséquents, de manière à nous faire un titre indiscutable. Toutes les fois que Milord commettait un assassinat nouveau, et qu'on nous demandait pour la victime plus de deux punis, nous tirions notre titre de notre poche, nous prouvions que deux pauls étaient le dédommagement que nous ('lions habitués à donner en pareil cas, et il était bien rare alors que le propriétaire ne se contentât point de l'indemnité dont s'étaient contentées la plupart des